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6 février 2014 4 06 /02 /février /2014 17:47

Actes-sud, 772 pages.

Au soir de sa vie, vers 2003, à Barcelone, sa ville natale où il réside, Adria confie un manuscrit à son ami Bernat. Ce manuscrit, c’est le récit que nous lisons.

Adria Ardevol y raconte sa vie, celle de son père, et le destin d’un violon de grande valeur, depuis l’homme qui a récolté au 17 ème siècle le bois dont il fut fait, jusqu’à son ultime changement de propriétaire, en passant par les diverses transactions, souvent scélérates voire sanglantes, qui le firent passer de main en main.

Le destin du violon permet de traverser plusieurs périodes de l’histoire, un atelier de luthier, des monastères pendant l’Inquisition, les camps d’Auschwitz et leurs chefs nazis… et, bien sûr la maison familiale des Ardevol …

Adria vécut une enfance plutôt malheureuse, en dépit de son don pour les langues, et des ambitions de ses parents à son égard. Sa mère veut faire de lui un musicien violoniste, son père un érudit. Le couple ne s’entend pas, et n’aime pas l’enfant qui leur rappelle l’échec de leur mariage. Après le décès prématuré de son père, Adria va découvrir que ce tyran domestique, était aussi un délinquant notoire.

Le narrateur s’adresse à Sara, la femme qu’il a toujours aimée, ou à son ami Bernat, et puis glisse de la première à la troisième personne du singulier pour se désigner. De même, il passe sans transition apparente d’un récit à l’autre, son enfance, à la fuite de Jaschiam, bûcheron en Italie du Nord après qu’il eut vengé un acte scélérat, la vie estudiantine de son père à Rome, l’Inquisition, la barbarie nazie, d’autres époques de sa propre vie… parfois, il s’interrompt au cours d’une phrase ou d’un mot, pour revenir à un autre récit, ou , lors d’un dialogue au style direct, les interlocuteurs changent subitement d’identité et de propos, nous entrons dans un autre récit. Cependant, passant d’un récit à l’autre, le narrateur ne change ni de ton, ni de rythme, seul le langage peut changer, mais assez peu. Adria est atteint d’un Alzheimer ce qui doit expliquer qu’il manifeste un certain éparpillement dans son exposé. On doit penser qu’ayant brusquement oublié la suite de ce qu’il veut dire, il se lance dans un autre récit. Bien sûr, les alternances d’un récit à l’autre sont parfaitement orchestrées, et autorisent une lecture variée .

Les récits sont en nombre réduits, il y a pas mal de répétitions comme des leitmotivs, et l’on a tôt fait de se repérer. Si l’on hésite, l’auteur a prévu une nomenclature des personnages principaux et des personnages particuliers de chaque histoire, à la fin du roman.

On sait gré au narrateur de ne pas s’être contenté de raconter sa vie, et d’avoir évoqué plusieurs périodes sombres de l’histoire, grâce au violon qui sert de fil conducteur. Cela donne de l’ampleur au roman ; ou plutôt cela devrait en donner, mais la réussite n’est pas flagrante. Je me suis lassée assez vite, et ai passé un bon nombre de pages, à partir du milieu. Cela est dû au fait que les propos les plus intéressants sont déjà formulés au terme d’à peu près 300 pages, et qu’au-delà, Adria se répète avec monotonie, quelque soit le récit. D’autre part les dialogues au style direct sont interminables, et ne font avancer que très lentement le processus de pensée ou d’action.

Ainsi j'ai bien aimé le climat de l'enfance d'Adria, les personnages fictifs qu'il s'invente pour tenir le coup, ses discussions avec son père à propos de l'intérêt des objets , comment les apprécier sans fétichiser. Le travail du bois, la confection de l'instrument. l'Inquisiti, le Franquisme, le nazisme sont des passages obligés.

Les histoires d'amour des récits ont en revanche toutes très ennuyeuses, et toutes les hésitations d'Adria et Bernat sur dois-je ou non continuer telle discipline, suis-je ou non romancier, bon ou mauvais musicien, leurs interminables atermoiements, vraiment pénibles.

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Published by Dominique Poursin - dans Lectures romans, nouvelles
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commentaires

sous les galets 14/02/2014 10:21

Ce roman m'attend, et j'y mets énormément d'espoirs...j'espère de tout mon coeur avoir un meilleur ressenti...mais malheureusement, il y a déjà deux autres blagueuses de ma connaissance qui ont regretté ce que tu pointes....donc j'ai peur ;-)

dominique 15/02/2014 10:27

Je m'attendais à quelque chose de plus surprenant, plus philosophique peut-être... il n'empêche que le procédé de passer d'un récit à l'autre sans transition, est agréable pour la lecture.

dasola 07/02/2014 11:28

Bonjour Dominique, je sens que tu n'as pas apprécié ce roman plus que cela... Moi, je l'ai aimé dans sa globalité. Je n'ai pas trouvé les histoires d'amour ennuyeuses ni les atermoiements d'Adria et Bernat. En revanche, j'aurais aimé savoir qui a décapité le père d'Adria, car sauf oubli de ma part, on ne saura pas. Bonne journée.

dominique 07/02/2014 18:00

Non, je ne sais pas davantage qui est le meurtrier de Félix Ardevol. Il est vraisemblable qu'on reste à l'ignorer. Adria n'en sait rien ou il a oublié ( Alzheimer?).
C'est un roman ambitieux, mais inégal ; il y a de très bons passages et d'autres qui m'ont ennuyée. Dans l'ensemble,cela reste intéressant.

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