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28 août 2014 4 28 /08 /août /2014 22:46

LP, 1970, 610 pages

1ere publication en 1964

C’est un roman autobiographique car si Violette écrit à la première personne et se désigne par ses prénoms et patronyme authentiques, elle change les noms de certaines des personnes qu’elle met en scène. Elle écrit ce livre en 1963 dans un village du Vaucluse où elle s’est retirée et relate sa vie de la naissance en 1907 jusqu’en 1944, à la Libération, avec de fréquents retour à son quotidien de femme seule écrivant et vivant en milieu rural.

Elle est donc née d’une très jeune fille, servante dans une maison bourgeoise, et du fils de famille, qui ne la reconnut pas. La mère de Violette, femme débrouillarde et pleine de ressources, obtient une pension de la part de la famille du garçon pour l’éducation de l’enfant illégitime. Plus tard elle se mariera et réussira dans le domaine de la couture et du prêt-à -porter. Violette ne connut pas son père, mais elle put fantasmer sur son compte, voire l’imiter, tant sa mère en était amoureuse. Outre ces deux personnages, c’est sa grand-mère « Fidéline » qui lui a laissé, dans son enfance, un souvenir impérissable. Evoquer cette femme sous diverses appellations « l’ange Fidéline » ; « ma vieille pomme ratatinée » est un soutien pour Violette dans les heures sombres.

Après l’enfance, nous avons les années de pensionnat, où elle connut des amours homosexuelles, une longue liaison avec une femme, un mariage raté, une alliance longue et conflictuelle avec Maurice Sachs écrivain et organisateur de trafics en tout genres. Les personnages sont mis en scène sous un angle qui les rend ambigus, insaisissables, attachants et détestables, toujours singuliers.

A Paris, Violette a de multiples occupations professionnelles toutes en rapport avec l’édition, la littérature, le journalisme. Elle fréquente des écrivains et des artistes. Pendant la guerre, elle se révèle très douée pour le marché noir.

Si ce récit nous intéresse, c’est que l’auteur a une écriture très personnelle, où l’on reconnaît d’emblée un écrivain. Ce qui frappe, c’est son talent inépuisable pour inventer des métaphores originales.

Je cite au hasard :

« Toute une saison d’ouragan et de tempêtes voulait naître dans ma gorge. Je soulevai mon rideau de percale, la soirée par la fenêtre était un défi de douceur. »

« Elle s’est levée, elle s’est occupée de son bébé ; il dormait de ce sommeil idéal : celui d’une pâquerette en plein champ dans la fraîcheur de sept heures du soir »

Ce ne sont pas les meilleures, mais elles sont plaisantes et justes malgré leur excentricité. Et dans le roman, il n’y en a pas qui sonnent faux, en dépit de leur abondance.

La narration est souple vivante, les dialogues, les descriptions nous plongent immédiatement dans le monde de l’auteur. Tout en maintenant le registre de la confidence au lecteur, elle n’est pas pour autant sentimentale, et se tient dans une familiarité humoristique. Elle nous fait aimer aussi bien la ville que la campagne, les cheminements sous la pluie, les querelles d’amoureux déçus, les comptes d’apothicaire. .. Un véritable écrivain.

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commentaires

dasola 03/09/2014 15:58

Rebonjour Dominique, malgré ce que tu en écris, pas tentée du tout par ce livre. Désolé. Bonne après-midi.

dominique 04/09/2014 10:39

Cette auteure cultive un style particulier, c'est pourquoi j'ai cité deux trois phrases. peut-être y-a-t-il une certaine préciosité dans l'écriture.

Sibylline 29/08/2014 20:52

Une écrivaine qui mérite d'être redécouverte. Une petite réédition ne serait pas du luxe...
Merci pour ton billet ;-)

dominique 04/09/2014 10:40

J'en lirai un ou deux autres, si j'en ai l'occasion!

Carnets du sous-sol 29/08/2014 20:15

Un bon billet ! J'ai vu il y a quelque temps le film adapté de la vie de l'auteure ; cette histoire ne m'a pas marqué sur le moment, mais sur la durée... Je vous le conseille si vous ne l'avez pas encore vu (cela s'appelle Violette, il me semble)

dominique 04/09/2014 10:43

Oui, j'ai entendu parler ( en bien) du film de Martin Provost, dont j'avais vu " Séraphine" avec intérêt. J'ai envie de le voir, bien que je n'arrive pas à imaginer Emmanuelle Devos dans le rôle de Violette.

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