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15 septembre 2014 1 15 /09 /septembre /2014 15:15

Gallimard Verticales, 281 pages

Je dois être la dernière à lire ce roman, abondamment commenté dans les blogs et la presse. Je n'étais pas tentée : le sujet me stressait. Vivre deux cent et quelques pages dans un hôpital ,assister à la mort d'un jeune homme,en service de réanimation, partager la détresse de ses parents survivants, puis subir sans anesthésie une transplantation cardiaque minutieusement décrite, pas facile pour une malheureuse lectrice qui passe le plus clair ( ou sombre) de son temps à sentir rôder la mort !

Je me suis laissée faire, parce que le récit commence magnifiquement, glorieusement, par l'exercice de surf hautement jouissif de Simon Limbres, et qu'on est transporté. on ne pense plus à ce qui va suivre, et de fil en aiguille, la très belle écriture de Maylis de Kerangal ne nous autorise pas à lâcher prise. L'entrée en matière donne le ton : dans ce roman, on ne sera jamais au creux de la vague, presque toujours sur la crête, ou en ascension, avec de petites phases de repos, et c'est une vraie chance!

Tout en pratiquant une prose exigeante et sans concession, l’auteur ne s’adresse pas à un petit groupe d’initiés. On sent qu’elle écrit pour toucher le plus grand nombre de lecteurs possibles, avec beaucoup de générosité.

Bien que l’auteur parle surtout de la mort, la côtoie sans cesse, et nous promène dans un centre de réanimation et une salle d’opération pour nous relater avec le plus de précision possible une transplantation cardiaque, c’est un récit très vivant qu’elle nous livre là.

Il y a aussi cette ode non au progrès de la médecine, ce qui serait un peu plat, mais à la transgression des tabous, qui court à travers le texte, rappel des tableaux qui montrent l’anatomie humaine ( le Rembrandt bien sûr), des premiers savants qui osent ouvrir les corps les observer, manipuler les organes, décrire la circulation du sang. Parler du sang et de la circulation de celui-ci c’est rappeler que le corps est périssable, mortel, que sa substance est en perpétuelle transformation.

Pourtant le récit ne manque pas non plus du sens du sacré ; le personnage-clé de Thomas Rémige et son action ( infirmier coordinateur des dons d’organe, mais aussi réalisant une sorte de thanatopraxie sur le corps, et des rites funéraires incluant le chant »l’ode à la belle mort ») en témoigne ; certaines comparaisons du corps mort avec celui du Christ, aussi.

Le récit distille des pointes d’humour noir ( la receveuse Claire se demandant ce que l’on va faire de son cœur mal en point une fois qu’on le lui aura retiré , va-t-on le recycler ? Deviendra –t-il de la pâté pour chien ?) et il est aussi bien réaliste que semblable à une sorte de geste héroïque ; un héroïsme pourtant humble, et tous les jours recommencé. Les personnages sont en état de tension extrême, assoiffés de perfection dans ce qu’ils font, et éprouvent aussi souvent la jouissance que la crainte ( qui va avec, d’ailleurs).

De longues phases bien charpentées,la syntaxe est à la fois savante et simple à suivre, de belles métaphores, une ponctuation généreuse, un vocabulaire juste et précis, pas si technique qu’on l’a dit ( le minimum pour que l’on comprenne la situation) et d’une grande beauté. le mélange de réalisme cru et de sublime fait merveille. Sans doute y-a-t-il quelques petites choses en trop : le personnage de Juliette et celui de Rose ne s'imposaient pas, et l'on passe vite les pages les concernant.

L'ensemble demeure excellent.

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commentaires

dasola 17/09/2014 17:11

Bonjour Dominique, et bien non, tu n'es pas la dernière à avoir lu ce livre. Je ne l'ai pas encore lu et même si c'est très écrit et intéressant, je passe mon tour et tant pis pour moi. Bonne après-midi.

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