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5 octobre 2014 7 05 /10 /octobre /2014 14:30

POL, 630 pages.

Il y a un an et demi de cela, en visitant l’église St Eustache, à Paris, je me suis surprise à écrire dans un gros livre, où des gens avaient exprimé des souhaits. J’ai demandé à dieu que nos filles nous donnent un petit enfant… je ne me suis pas adressé au Saint, dont j’ignore s’il était qualifié pour cela, car dans la religion protestante où l’on m’a élevée, il n’y a pas de saint, on ne s’adresse qu’à Dieu. Puis j’ai allumé un cierge. Et pendant un certain temps, j’ai demandé à dieu ( mais plus par écrit) dans les églises qui me plaisaient, des trucs genre que mes enfants me donnent des nouvelles toutes les quinzaines, voire m’écrivent, et d’autres choses encore, sans oublier le cierge … en même temps je m’inquiétais, ayant l’impression qu’une tumeur divine proliférait sournoisement dans ma pauvre cervelle. En effet, je ne m’adressais plus à dieu depuis l’âge de 14 ans, et il me semblait bien avoir cessé d’être croayante , au premier degré en tout cas. Je crois être tirée d’affaire à présent, mais j’étais impatiente de lire le témoignage d’Emmanuel Carrère, certes plus atteint que moi…

Je ne l’ai pas lu depuis longtemps. J’avais aimé des récits déjà anciens, tels que la Moustache, et la Classe de neige, un peu moins l’Adversaire, et le Roman russe m’était tombé des mains…

A la fois autobiographie, documentaire historique romancé, et essai, c’est là un objet hybride en quatre parties dont la première est justement autobiographique. L’auteur y raconte trois ans de son existence pendant lesquelles, atteint de dépression, ne pouvant plus écrire, il s’investit dans la foi chrétienne version catholique romaine, de façon très poussée, allant prier et communier tous les jours et commentant des textes sacrés. Cette ferveur décline alors que la dépression le quitte et qu’il se remet à l’écriture. Cette partie pourrait être ennuyeuse, mais Carrère la commente avec ironie et une certaine légèreté. Certaines péripéties intéressent comme celle de la baby-sitter personnage qui dégage un mélange de tristesse et de loufoquerie. En revanche, je n’ai pas aimé sa marraine, ni même son ami Hervé, tels qu’il les présente…

Actuellement agnostique, Carrère rouvre le dossier « christianisme » dans un esprit critique : il se veut historien et romancier : pour nous, il va relire les Actes des apôtres et les lettres de Paul. Et même les Evangiles …

Paul est le véritable inventeur du christianisme. En suivant son parcours, Carrère fait œuvre d’historien vulgarisateur ( parfois trop : lorsqu’il fait des transpositions comparant Paul à des figures de dictateurs modernes, on sourit , parfois on s’amuse, mais on n’est pas très convaincu ). Néanmoins il compose un personnage ambigu intéressant avec Paul, et il va récidiver avec Luc l’Evangéliste, épisodique compagnon du prédicateur. Je n’aurais jamais cru pouvoir m’intéresser à cette partie de la Bible : beaucoup de récit de l’Ancien Testament ont toujours retenu mon attention, ainsi que les Evangiles, même sans avoir, en temps normal, de goût spécial pour ma religion. Cependant le Nouveau Testament m’a toujours ennuyée, bien que j’ai suivi les émissions de Jérôme Prieur et Gérard Mordillat qui ont interrogé un certain nombre d’ecclésiastiques et théologiens … et je ne me souvenais de rien, ou presque !

Cette partie de la Bible ( les origines du christianisme) est souvent considérée comme austère. L’auteur note avec juste raison que l’iconographie religieuse ne représente que rarement cette époque riche en événements. Il espère y remédier en relatant les faits de façon vivante : dialogues, et monologues des protagonistes, scènes de cinéma, théâtralité, présent de narration, toutes les ficelles classiques…

Avec moi, ça a fonctionné ! j’ai appris pas mal de choses, qui sont bonnes à savoir, quand on veut se cultiver un peu, et pourquoi pas avec Emmanuel Carrère ? Son enquête est sérieuse, ses sources me semblent fiables. Il ne se saisit pas de l’affaire en tant que théologien ou philosophe (pas d’interrogation sur le sens de certains concepts comme « résurrection ») mais il compose des personnages : Luc et Paul, avec il est vrai une certaine redondance, pose des questions concrètes parfois originales( qui a réellement fait condamner Jésus ? Quant sont apparu certains mythes, tels que la virginité de Marie ? Paul et Luc ont-il lu les récits d’Homère, et qu’en ont-il tiré ?...) et fait œuvre d’historien ; Les récits concernant Rome, les personnages de Néron et Sénèque, par exemple, sont très bons.

L’auteur veut être honnête : il ne va pas forcer sur le romanesque facile « on aimerait croire les romans selon lesquels il couchait avec Marie de Magdala ou avec son disciple bien aimé, malheureusement on n’y croit pas. Il ne couchait avec personne. On peut même dire qu’il n’aimait personne au sens où aimer quelqu’un c’est le préférer, et donc être injuste avec les autres ». Même constat en ce qui concerne Luc et Paul. Carrère les ressent incurablement vertueux ; il en est désespéré au point de faire figurer dans son livre des scènes érotiques le concernant !

Même si elles ne sont pas forcément bien venues, je n’ai pas sauté les digressions nombreuses de l’auteur, qui raconte sa vie, entre deux tronçons d’enquêtes.

L’épilogue nous montre un auteur resté tout de même très proche du fait religieux, au point de se livrer à la cérémonie du lavement de pieds… je n’aime guère cet épilogue. Pourtant, mon ressenti du livre est globalement positif.

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