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26 décembre 2014 5 26 /12 /décembre /2014 11:34

Laurent Mauvignier Dans la foule

Minuit, 2006, 373 pages.

A Bruxelles, le 28 mai 1985. Geoff et ses deux frères sont partis de Liverpool, leur ville, assister au match de football qui oppose Le club de cette ville, (dits les Reds) à la Juventus de Turin.

Les personnages sont complexes, travaillés par des élans conflictuels,

C’est un récit élégiaque, surtout dans la seconde partie. Certains paragraphes s’apparentent au genre de la déploration.

Une belle œuvre.

John Galbraith ( JK Rowling) L’Appel du coucou

2013, 570 pages. ( The Cuckoo Calling)

Lula Landry, mannequin célèbre, tombe du troisième étage de son appartement et s’écrase dans la neige de ce début de janvier. Nous sommes dans le quartier de Mayfair à Londres. La police considère qu’il s’agit d’un suicide. La victime souffrait de troubles maniaco-dépressifs.

William Trevor Mourir l’été

Phébus, 1999. 234 pages. Death in Summer, 1998.

Quincunx : une grande propriété dans la campagne anglaise. Thaddeus Davenant vient de perdre sa femme victime d’un accident de vélo. Elle laisse une petite fille de quatre mois Georgina.

Le choc de l’orpheline pauvre et sans repères, reçue par un homme aimable, dans une magnifique propriété, la vision du bébé, tout cela qui exaspère sa détresse, et précipite son malheur, est bien rendu et serre le cœur. Le drame vécu par Mrs Iveson et Thaddeus prend à la gorge. William Trevor sait fort bien installer des ambiances diversifiées, et brosse des portraits de personnages attachants. Les petits rôles sont très bien aussi.

Edouard Louis En finir avec Eddy Bellegueule

Seuil, 2014, 220 pages

Lorsqu’il entre au collège à dix ans, deux garçons plus âgés qu’il ne connaît pas, le coincent dans un couloir pour lui cracher dessus, l’insulter et le persécuter physiquement, au motif qu’il s’appelle « Bellegueule et qu’il est pédé ». A peine à l’école, il a déjà une réputation. Seul contre deux plus grands, Eddy ne peut se défendre ; il ne supplie pas qu’on arrête, et n’en parle à personne. Ce serait une humiliation supplémentaire. Le scénario se répète de nombreuses fois, et Eddy aura conscience d’une sorte de complicité avec ses bourreaux. Mais comment faire autrement ?

Van Gogh / Gauguin l’Atelier du midi

J’ai acheté ce catalogue de préférence à celui consacré à l’expo Van Gogh / Artaud que je venais de voir. En effet, je n’aime guère le commentaire d’Artaud en dépit de quelques phrases bien tournées et n’avais nul envie de retrouver dans un livre cette confrontation qui n’apporte rien à l’art de Van Gogh (Artaud ne parle que de lui, dans « le suicidé de la société »). Plus intéressant était le livre sur Van Gogh et Gauguin : ceux-là ont eu vraiment quelque chose à se dire, et leur rencontre quoique éphémère fut profitable à leur art.

Erich Maria Remarque A l’ouest rien de nouveau

Paul Baümer ; Katczinsky dit « Kat » ; Albert Kropp ; Detering ; Müller; Tjaden; Kemerich; Leer ( est-ce l’homme aux rats??); Haie Westhus : de 1916 à 1918 sur le front Ouest . Engagés volontaires, ou plutôt devançant l’appel, à 18 ans, conditionnés par leur instituteur Kantorek .

Comment ils sont tous morts, Paul Baümer le dernier, dans les tranchées. Kropp a seulement été amputé mais rien ne dit qu’il ne s’est pas suicidé. Wetering a été fusillé pour désertion. Peut-être que Tjaden n’est pas mort, je ne m’en souviens pas. Le narrateur parle du quotidien des soldats, chronologiquement, avec des réflexions. Un certain nombre de propos sont heureux. L’ensemble est plutôt banal dans son horreur quotidienne.

Remarque a été au front mais moins longtemps que son personnage ; il n’a pas eu le temps de mourir. Ancien instituteur, il a rapidement mis les bouts pour faire un peu tous les métiers. Exilé en Suisse puis aux USA liaison avec des actrices : Marlène Dietrich par exemple. Mariage avec Paulette Goddard ; sur Wikipaedia on dit qu’il était impuissant (est-ce à cause de blessures de guerre, ou de traumatisme lié à la guerre ???).

Nous avons ce livre depuis longtemps. Il me semble que Thibault l’avait eu à lire en classe ; je n’avais aucune envie de le lire. Erreur !

Claudia Pineiro Les Veuves du jeudi

Actes sud 2009, 317 pages

(Las Viudas de los Jueves, 2005 )

Les environs de Buenos Aires : un lotissement nommé « le Country » banlieue verte réservées à des familles de la bourgeoisie aisée. Ce ne sont pas des « bobos » car ils ne sont porteur d’aucun potentiel culturel. Les hommes sont ingénieurs, gérants de grosse société, les femmes au foyer, à l’exception de Virginia.

Une bonne étude de mœurs, très détaillée. Une belle réussite !

Sandrine Collette « Un vent de cendres »

Denoël Noir, 265 pages.

Les vendanges dans le domaine de Vaux où l’on fabrique le Champagne. Camille et Malo, deux étudiants frère et sœur, vont cueillir le raisin pendant huit jours de septembre en compagnie d’autres jeunes et de quelques paysans de la région.

L’auteur a bien su mettre en valeur l’opposition entre la joyeuse animation des vendanges et l’atmosphère de désespoir et de folie qui règne dans la demeure des propriétaires. La nature elle-même est tantôt bonne et généreuse dans les vignes, inquiétante et sinistre, là où Malo s’aventure, dans les bois près d’un étang. La tension dramatique est fort bien étudiée, l’angoisse, la frayeur, sont au rendez-vous, ainsi qu’une terrible ironie.

Pierre Bayard Enquête sur Hamlet, un dialogue de sourds

Minuit (Double) 2002, 205 pages

Dans la veine de Qui a tué Roger Ackroyd ? et L’Affaire du chien des Baskerville , Pierre Bayard avait aussi mené ses investigations à propos d’Hamlet.

Si, pour les deux autres il s’agissait de revenir à une affaire classée, il n’en est pas de même pour Hamlet. Son langage métaphorique, fourmillant d’expressions colorées, ses formules à sens multiples suscitent des débats toujours renouvelés.

Pourtant, l’on admet généralement que le meurtrier d’Hamlet-père dans la pièce de Shakespeare est Claudius, son frère, qui l’aurait assassiné pour épouser Gertrude et s’emparer de la couronne.

Pas si simple…

En 1917 un enseignant John Dover Wilson lit un article d’un confrère spécialiste d’Hamlet, Walter Greg, qui relève une bizarrerie, un élément illogique : lorsque la troupe de comédiens ambulants joue sur la demande d’Hamlet, « Le meurtre de Gonzague », une pièce dont l’intrigue est similaire au meurtre de son père, Claudius tarde à réagir à cette représentation. Il ne réagit même pas du tout à la pantomime qui précède la pièce laquelle reprend l’intrigue de façon très semblable et fort directe.

Doris Lessing Vaincue par la brousse

The Grass is Singing, 1950.

Années 40 Rhodésie. Dans une ferme en pleine brousse, Mary, la quarantaine, épouse du fermier Dick Turner, vient d’être assassinée par son serviteur noir Moïse.

Les Turner allaient quitter leur ferme, criblés de dettes, et en faillite depuis longtemps. Leur riche voisin Slatter venait de leur racheter leur bien, et de nommer un régisseur ( Tony Marston jeune britannique de 20 ans, fraîchement débarqué dans ce pays).

Tony a quelques idées sur les raisons de cet assassinat, mais il ne va pas pouvoir les dire.

Zygmunt Miloszewski les Impliqués

Mirobole Editions, 3013, 442 pages.

Le docteur Rudszki a organisé une thérapie de groupe dans la crypte d’une église de Varsovie. Cette crypte est aménagée pour l’hébergement, comporte des chambres-cellules, une salle d’eau, une cuisine.

Le ton du récit est plutôt ironique, et humoristique à ses heures… il ne se limite pas à l’énigme, mais brosse un aperçu, rapide mais attachant, de la société varsovienne en 2005. On se plaît dans la compagnie de Teo , heureusement , l’auteur ne le prend pas trop au sérieux.

Elisabeth Badinter Le Conflit : la femme et la mère.

LP, 220 pages ( 2010)

L’auteur nous renseigne là sur l’étonnant parcours de la Leche League, parti américain né en 1956, à priori pour inciter les femmes à allaiter leurs bébé. En fait, cela va beaucoup plus loin, c’est une véritable idéologie conservatrice, qu’elle appelle « l’offensive naturaliste ».

Il a donc nécessairement conflit entre femme et mère : c’est inévitable, le conflit est humain. Mais il faut combattre les politiques aliénatrices qui cherchent à endoctriner les femmes pour leur faire abandonner ce que des décennies de luttes chèrement menées leur ont fait acquérir. Un livre indispensable !

Violette Leduc La Bâtarde

LP, 1970, 610 pages

1ere publication en 1964

C’est un roman autobiographique car si Violette écrit à la première personne et se désigne par ses prénoms et patronyme authentiques, elle change les noms de certaines des personnes qu’elle met en scène. Elle écrit ce livre en 1963 dans un village du Vaucluse où elle s’est retirée et relate sa vie de la naissance en 1907 jusqu’en 1944, à la Libération, avec de fréquents retour à son quotidien de femme seule écrivant et vivant en milieu rural.

La narration est souple vivante, les dialogues, les descriptions nous plongent immédiatement dans le monde de l’auteur. Tout en maintenant le registre de la confidence au lecteur, elle n’est pas pour autant sentimentale, et se tient dans une familiarité humoristique. Elle nous fait aimer aussi bien la ville que la campagne, les cheminements sous la pluie, les querelles d’amoureux déçus, les comptes d’apothicaire. .. Un véritable écrivain.

Thomas H. Cook Les rues de feu

Folio-policier 1992 (1er publication 1989)

Birmingham, Alabama, avril 1963.

Le pasteur King organise des manifestations non-violentes et antiracistes dans cette ville qui est un bastion du ségrégationnisme. La population noire y est pauvre et maltraitée. Les manifestants sont sévèrement réprimées.la police est intégralement blanche.

L’inspecteur Ben Wellmann est envoyé dans les églises pour écouter et noter les discours de King, ainsi que dans les rues, bastonner les manifestants. Il commence à détester son job.

Je ne suis pas loin de penser que cet opus de Thomas Cook, bien qu’assez ancien, est son meilleur…

Maylis de Kerangal Réparer les vivants

Gallimard Verticales, 281 pages

Tout en pratiquant une prose exigeante et sans concession, l’auteur ne s’adresse pas à un petit groupe d’initiés. On sent qu’elle écrit pour toucher le plus grand nombre de lecteurs possibles avec beaucoup de générosité.

De longues phases bien charpentées, de belles métaphores, une ponctuation généreuse, un vocabulaire juste et précis, pas si technique qu’on l’a dit ( le minimum pour que l’on comprenne la situation) et d’une grande beauté esthétique.

Patrick Modiano La Petite Bijou

2001, 153 pages.

La narratrice évoque un moment de sa vie, la crise grave qu’elle traversa autrefois. C’est l’errance d’une très jeune femme, vivant dans une grande détresse morale mais aussi précarité matérielle , habitant un petite chambre près de la place Blanche, et n’ayant pour source de revenus qu’une place de baby-sitter préoccupante : en effet la petite fille qu’elle garde, vu l’abandon où elle est laissée lui fait penser à elle au même âge. Cette enfant vit prés du Bois de Boulogne, là où la narratrice, enfant, passa deux années décisives …

Mais ce ne serait rien si la jeune femme, incertaine de son identité ( cela faisait une douzaine d’années qu’on ne l’appelait plus « la Petite Bijou ») n’avait vu au métro Châtelet, une femme d’âge mur, dans un manteau jaune vieilli, une femme qui lui semble être sa mère. Elle n’en est pas absolument sûre, mais elle y croit.

Kamel Daoud Meursault contre-enquête

Actes-sud, 2014, 153 pages.

Le narrateur se présente comme étant le frère de cet « Arabe » que le Meursault de Camus, plus connu sous son célébrissime titre « l’Etranger », a tué sur une plage d’Oran à l’été 1942. Il semble d’abord prendre la parole pour dire qui était son frère, présenter sa famille, et dénoncer le scandale d’un livre qui oublie que Meursault est d’abord un Français meurtrier d’un Arabe.

C’est un livre singulier, à la fois réquisitoire contre la colonisation, critique de la société dans l’Algérie d’aujourd’hui, méditation sur la mort et le sens de la vie, exercice de style parodique, l’ensemble ne laisse pas indifférent.

Natsuo Kirino L’Ile de Tokyo

Seuil, 2013, 382 pages

Un couple d’âge mûr, Takashi et Kiyoko ont fait naufrage sur une île dans la mer des Philippines. Fini le tour du monde entrepris et même le retour à la civilisation, car l’île est déserte et aucun bateau ne passe à proximité, bien qu’ils y aient remarqué des bidons abandonnés sur une des plages, probablement des déchets.

Quelques temps plus tard, c’est un autre bateau qui s’échoue et une vingtaine de jeunes gens vont partager l’infortune des deux premiers. Des jeunes peu recommandables, des voyous, qui ont fui une autre ile où ils étaient en camp de travail.

Le récit témoigne d’une lutte pour la survie, du combats de pulsions opposées incarnées par les différents personnages, tantôt pour garder la civilisation et faire société tant bien que mal, tantôt pour se laisser aller à la folie ou à la destruction. Ce qui est bien observé aussi, c’est la lutte pour le pouvoir de chacun : un objet, un discours, un événement pouvant renverser les rôles et changer le meneur. Chacun craint de devenir l’exclu le bouc émissaire. Mais il y aura des renversements spectaculaires.

Jorge-Luis Borges Le Livre des êtres imaginaires

Avec la collaboration de Margarita Guerrero

Gallimard l’imaginaire1987 (1ere publication 1967) 235 pages.

Catalogue des images mythiques dont se nourrissent les hommes. Du Cerbère à l'Unicorne, en passant par le Dragon, qu'il soit chinois ou d'Occident, et le Golem, le Lièvre lunaire et la Salamandre, plus de cent-vingt créations hybrides se rassemblent en un bestiaire fabuleux

certaines de ces créatures ( licornes sirènes…) sont déjà célèbre et le commentaire ne vous apprendra peut-être rien mais vous serez heureux de penser à eux. D’autres sont totalement inconnues de vous et sont peut-être inventées par l’auteur…l’ensemble est tiré du Manuel de zoologie fantastique du même auteur, avec ajout de créatures supplémentaires pour nostre plus grand bonheur !

Silvia Avallone Marina Bellezza

Liana Levi, 2014, 540 pages.

Dans un petit village des Alpes piémontaises, en 2012, la crise économique frappe de plein fouets des jeunes gens qui ne discernent aucun avenir digne de ce nom.

Conflits, antagonismes, rivalités, sont les maîtres mots de ce roman violent , écrit d’une plume énergique, vigoureuse, pleine de sève, hommage à la combativité de ces jeunes gens, et aux magnifiques et rudes paysages du pays qui vit naître cette jeune romancière de trente ans, pleine de talent.

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Published by Dominique Poursin - dans En vérité je vous le dis
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commentaires

dasola 01/01/2015 14:40

Bonjour Dominique, j'ai aussi bien apprécié L'appel du coucou. Quant aux autres, pas lus, j'ai noté le Kerangal et la petite Bijou de Modiano ainsi que Meursault contre enquête. En tout cas, le choix est large. Je profite pour vous souhaiter une très bonne année 2015 et une bonne santé.

dominique 28/12/2014 10:19

Je me souviendrai longtemps de Vaincue par la brousse ! Toi aussi, amuse-toi bien pour la nouvelle année! Et même toute l'année prochaine, pourquoi pas?

Karine:) 28/12/2014 03:38

ON en a un en commun (le Lessing)... et je n'ai absolument rien lu du reste! Shame on me! Passe de belles fêtes!

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