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17 juin 2015 3 17 /06 /juin /2015 12:48

Picquier, Poche, 253 pages.édition de 1994.

Le recueil contient six récits publiés en 1951. Le premier « le Crime de monsieur S. Karma » avec ses 142 pages est une longue nouvelle ou un petit roman avec un grand nombre de personnages.

L’homme en question se réveille ayant oublié son nom. Physiquement, il ressent au-dedans de lui un creux se frappe la poitrine: il sonne creux à l’intérieur. C’est en arrivant à son bureau qu’il repère la plaque de bois pour son nom « S. Karma » (l’initiale n’est pas exactement « S » mais la lettre grecque sigma que mon clavier ne peut pas reproduire).

Il voit également à sa place au bureau un sosie de lui , ou un double, qui dicte tranquillement un texte à la secrétaire Mlle Y …et son arrivée ne cause aucun trouble particulier aux employés : cette entrée en matière nous rappelle le Double de Dostoïevski ; sauf que M. Karma va tout de suite entrer en conflit avec son double, qu’il appelle « Carte-de-visite » car il ne reconnaît pas tout à fait en lui un être en chair et en os. Notre héros va ensuite consulter un médecin, pour tirer au clair son problème physiologique ( se sentir vide) ; il apparaît que non seulement il est vide à l’intérieur, mais qu’il aspire tout ce qui passe à sa portée pour se remplir !

Si le début semble s’inspirer quelque peu du Double, la suite va tourner au Procès de Kafka, car M. Karma est accusé de quelque chose, on ne saura pas très bien quoi, et un tribunal farfelu mais féroce et déterminé va se mettre en place pour juger son cas. Karma signifie « péché « en sanskrit lui reproche-t-on. Il me semble que ce mot renvoie plutôt au destin que chaque être doit endurer, rapport à ses actes dans une vie antérieure. Vouloir y échapper est une faute dans la logique des religions bouddhistes.

Ajoutez à cela que Le pauvre M. Karma doit aussi affronter son père, ses vêtements, ses souliers, tous remontés contre lui et réclamant leur droit à une existence propre… plus on avance dans le récit plus le délire s’intensifie. La crise identitaire vécue par le héros est difficilement interprétable ; l’auteur s’est abreuvé à diverses sources littéraires et philosophiques et l’on s’y perd un peu. Les références au surréalisme notamment Dali, sont nombreuses, et la fantaisie débridée de ce mouvement littéraire se retrouve dans le texte. L’ambiance est aussi à l’humour noir, mais je n’ai pas eu envie de rire….

Les autres récits, beaucoup plus courts sont du même genre. Dans le Cocon rouge, le personnage perd non seulement son nom mais sa forme et recherche sa maison : on suppose qu’il veut retourner à un état fœtal. l’Inondation met en scène une liquéfaction générale des êtres humains provoquant un déluge que même Noé ne peut gérer… La Craie magique montre un homme qui réussit à transformer ses dessins en objets réels mais vous vous en doutez cela finit mal… Le Tanuki de la tour de Babel, est une fiction et une réflexion sur le concept de métamorphose. Des digressions philosophiques, des jeux de mots ( parfois intraduisibles), des rencontres bizarres et une folle échappée voilà ce qui nous attend.

Voilà donc des récit très originaux, surréalistes, déconcertants aussi : vous n’y trouverez pas de construction ni de cohérence et de sobriété comme dans la Femme des sables par exemple, bien que les thèmes soient semblables; C’est l'occasion de découvrir une autre facette de l’écriture de l’auteur, et des sources d'influence diversifiées.

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