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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 11:24
Poulets grillés; Le crime de Julian Wells; La Rigole du diable

Sophie Hénaff Poulets grillés ****+

Albin Michel, 2015, 340 pages.

Lauréate du prix du polar de Montigny 2015.

(Ce sera hélas le dernier salon du polar pour Montigny, la mairie ne veut plus le reconduire !)

Le directeur du quai des Orfèvres Buron a constitué une brigade de flics spéciaux ayant fait l’objet d’une commission disciplinaire, et mis au rancart. Dorénavant ils vont retravailler tous ensemble. Il leur a affecté un appartement grand mais décati avec des pièces pouvant servir de bureau, de vieux meubles, un antique téléphone en bakélite…

S’y retrouvent d’abord la commissaire Anne Capestan, coupable d’avoir tué un criminel sans la légitime défense. Elle dirigera le groupe. Ensuite viennent Lebreton écarté pour homosexualité, une autre jeune femme qui écrit une série policière à succès, le lieutenant Torres, accusé de porter malheur… et une dizaine d’autres tout aussi marginaux et bien typés.

Ces flics héritent d’affaires classées trop vite notamment l’assassinat d’une vieille dame, soi-disant un cambriolage qui a mal tourné, et celui d’un marin ayant fait signer une pétition pour indemniser les victimes du naufrage d’un ferry venant de Floride…

Les nouveaux enquêteurs, Capestan en tête ne tardent pas à s’apercevoir que les deux affaires sont liées.

Ce roman est fort agréable à lire, humoristique, et non dépourvu d’émotion, avec des formules amusantes, de l’action, du suspens, tout cela tiré d’une idée de départ originale, et dont l’auteur a su tirer tout le parti possible. Un premier roman très réussi !

Le crime de Julian Wells ****Thomas H. Cook

Seuil Policiers, 289 pages, 2015 édition originale en 2012

Après le suicide de son ami Julian, Philip cherche à comprendre ce geste car Julian n’a laissé aucune explication.

Philip est critique de livres ; Julian après des études de science politique, a failli devenir diplomate comme le père de Philip auquel il était attaché ayant perdu le sien trop tôt.

Finalement, il s’est consacré à l’écriture de livres dans lesquels il reprenait certaines affaires criminelles parmi les plus abominables que l’on puisse trouver, surtout en ce qui concerne la torture: ainsi reprit-t-il le massacre d’Oradour sur Glane, les exactions de Gilles de Rais, celles de la comtesse Bathory et d’autres affaires moins connues… décrivant par le menu ce qu’endurèrent les victimes. A chaque fois il se rendait sur place et prenait des foules de notes interviewait des gens.

Pourquoi cette fixation malsaine, se demandèrent souvent ses proches ? Qu’apportait-il de plus que quelques détails macabres et des réflexions un peu fumeuses sur le mal ? Puisque des passages des livres de Julian sont abondamment cités, le lecteur réfléchit à la portée du travail de Julian…de son obsession pour la torture il veut tirer quelque chose : un autre regard sur des affaires criminelles, une réflexion sérieuse.

Il semble que son témoignage sur un pays africain ( le Swaziland) ait une portée sociale importante ( c’est celui dont on parle le moins, dommage…) celui sur l’espion russe doit sans doute apporter aussi des informations intéressantes ; les autres semblent plus limités …

Philip se met à enquêter sur un secret que Julian lui aurait celé ; en effet, Julian a tout de même laissé un mot bizarre en dédicace de son premier livre : « A Philip, en souvenir de mon crime dont il fut témoin ». Il semble donc que cette pratique (écrire des livres sur les tortures criminelles) soit une sorte de pénitence que Julian s’était imposée. Et qui n’a pas suffi puisqu’il a fallu qu’il se tue ! Mais quel est son crime ? Qu’est ce qui a empoisonné sa vie ? Philip ne se souvient pas qu’il ait commis la moindre mauvaise action en sa présence !

Avec l’aide de Loretta la sœur de Julian, ils passent au peigne fin la vie de Julian, ce qu’ils en connaissaient, ce qu’ils peuvent en apprendre. Il semblerait que tout se soit joué en Argentine : Julian et Philip s’y rendirent encore jeunes, et visitèrent la ville à l’aide d’une jeune guide jolie et cultivée Marisol.

Marisol disparut soudainement à la fin de leur séjour, probablement victime de la Junte ( nous étions au début des années 80). Mais elle ne semblait pas devoir subir un tel sort, ne faisait pas de politique. A moins qu’elle ne soit différente de ce qu’elle paraissait ? Et si c’était Julian qui était autre que ce qu’il montrait ??

.

C’est un roman sur la culpabilité et les ravages qu’elle peut occasionner ; ce serait un bon livre si le narrateur Philip n’était pas aussi rasoir ! Il raconte en dix pages ce qu’il pourrait dire en trois et son délayage présente peu d’intérêt. Les nombreuses citations dont il truffe son récit font penser à Ken Bruen ( pour moi ce n’est pas un compliment…). On s’ennuie souvent, et c’est bien dommage, car l’idée de départ était excellente, le parcours de Julian intéressant…

Sylvie Granotier La Rigole du diable ****

Albin Michel suspense

Catherine Monsigny, jeune avocate, va plaider pour la première fois : Elle défens Myriam, accusée d’avoir empoisonné son mari Gaston. Myriam est une jeune femme noire émigrée du Gabon ; elle avait épousé un célibataire de 60 ans qui venait de perdre sa maman. Ça se passe dans la Creuse. Autrefois Catherine, à présent parisienne, a vécu aussi dans cette campagne lointaine : au cours d’une promenade, sa mère a perdu la vie battue à mort par un individu que la petite fille de 4 ans aurait pu voir sans en avoir conservé le souvenir.

Catherine vient de faire la connaissance de Cédric, petite quarantaine et entame une liaison qui n’est pas de tout repos. Elle s’en fait aussi pour son père, veuf depuis longtemps, seul et inquiet…

Le roman vaut par la psychologie d’au moins trois personnages : Myriam, accusée d’avoir empoisonné Gaston, une femme difficile d’approche, qui semble cacher pas mal de secrets ; Cédric l’amant tour à tour aimant, possessif, inquiétant, ironique, dont on ne sait quoi penser ; et le père de Catherine qui n’a jamais voulu révéler à sa fille quoi que ce soit sur le meurtre de sa mère.

Que sait-il au juste et que n’a-t-il pas voulu savoir ?

Poulets grillés; Le crime de Julian Wells; La Rigole du diable
Poulets grillés; Le crime de Julian Wells; La Rigole du diable

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commentaires

dasola 24/04/2016 07:55

Bonjour Dominique, je suis contente que tu aies apprécié Poulets grillés: un roman plaisant http://dasola.canalblog.com/archives/2015/10/15/32728344.html Le suivant que je viens de terminer n'est pas mal non plus et Mme Henaff est une personne gaie et sympathique croisée au Quai du polar. Bon dimanche.

Dominique Poursin 18/05/2016 19:00

Je la lirai encore, bien sûr!

keisha 18/04/2016 09:31

C'est bien ce que je pense, tout le monde n'a pas du temps, tout le monde ne peut se rendre facilement à la (petite) ville mais quand même... une fois la personne a mis deux mois pour un livre (léger, le livre, en plus)

keisha 14/04/2016 08:44

Je guette le premier depuis des mois dans ma bibli, empruntée, mis de côté, etc. Il semble mériter plus d'un mois de lecture à chaque lecteur, bref je l'aurai un jour! ^_^ Sache qu'une suite est parue récemment.
Mauvaise nouvelle, ces salons annulés ou supprimés. Et ce n'est pas le seul!

Dominique Poursin 14/04/2016 09:22

Un mois de lecture! non, il se lit en deux heures de temps, peut-être trois, au pire! les emprunteurs font de la rétention...

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