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26 septembre 2018 3 26 /09 /septembre /2018 23:38

Verticales, 2018, 285 pages.

Roman d’apprentissage : Paula Karst, jeune étudiante de 19 ans, trouve sa voie : l’école de peinture de décor  à Bruxelles, où elle apprend le trompe-l’œil en une année de travail intensif.

Après ses études, pendant les quelles elle se lie avec Kate, très farfelue, et Jonas, très doué, elle débute comme créatrice de décors : un ciel dans la chambre d’un enfant, des palais au nord de l’Italie, des décors de cinéma à Cinecitta, puis le chantier de Lascaux 4 où l’on recrée en fac-similé les peintures de la fameuse grotte, abîmée dont on ne peut plus faire visiter l’original au public.

le roman débute de façon classique par un portrait de Paula de pied en cap, et en situation: nous la visualisons : grande,  dynamique, pleine d'énergie, vacillant sur des talons hauts, aimant le froid et le vent sur sa peau. De ce qui est un apprentissage plutôt aride, l'auteur réussit à faire une conquête exaltante, un parcours exceptionnel, comme si Paula et ses amis escaladaient l'Everest.  C'est d'autant plus étonnant qu'elle nous détaille toutes les phases de l'initiation, les différents types de matériaux à reproduire sur une surface et les façons de les colorer pour créer l'illusion. Car ces patients artisans seront des illusionnistes, des magiciens!  Des artistes... 

Nous retournons sur terre lorsque subitement vers la fin du récit, le père de Paula (  jusqu'alors une silhouette sans épaisseur, en toile de fond) prend la parole pour raconter son après-midi en famille à la grotte de Lascaux ( " la vraie" ) lorsqu'il était enfant . Ce bref récit,  unique dans tout le roman par sa banalité, sa facture de petit drame familial (un gamin tente de faire un graffiti sur le mur, se fait gronder, tout le monde est privé de glace!) fait apparaître les parcours de Paula et ses amis nimbé de sublime, jusque dans leur vie quotidienne.

les phrases sont longues, mais n'en ont pas l'air, tant les virgules nombreuses et la syntaxe simple, les assouplissent, les font couler  sans heurt. Bien sûr, il y a tellement de vocabulaire savant qu'il faudrait se faire un répertoire. En ces temps où le roman est majoritairement centré sur la vie sentimentale du personnage principal, et les malheurs que lui infligent ses ascendants et des cendants, on ne peut que saluer un récit comme celui-là où l'on se tourne vers l'extérieur, le monde, les découvertes qu'on peut y faire.

a

 

 

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commentaires

Mapero 07/10/2018 08:09

Oui, M. de Kerangal nous change de l'habituelle littérature introvertie et des larmes familiales.

Dominique Poursin 08/10/2018 11:23

Ceci dit, son livre n'a pas que le mérite d'exister. Il est très bon !

choup 27/09/2018 14:12

pas tentée, je n'avais pas du tout accroché à son style dans Réparer les vivants...

Dominique Poursin 28/09/2018 11:19

Un style très particulier, en effet, difficile à caractériser :avec elle, on n'a que des temps forts, une sorte d'ivresse perpétuelle, bien que très lucide.

keisha 27/09/2018 13:50

Oui, d'accord avec ton dernier paragraphe, ça fait du bien! ^_^

Dominique Poursin 28/09/2018 11:15

En fait, son grand mérite est bien d'éviter le nombrilisme! Ce choix contraint l'écrivain à soigner sa plume. Avec les histoires qui sont censées vous prendre tout de suite aux tripes, celui qui signe le roman compte avant tout sur le pathos, et oublie parfois l'écriture...

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