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4 juillet 2019 4 04 /07 /juillet /2019 03:14

Albin Michel, 480 pages . 2018

 

Pendant la grande famine de 1845 ( elle est tristement célèbre ) et qui va durer plusieurs années, les cultures de pommes de terre en Irlande sont gâchées par une maladie (le mildiou) .

La famille dont Grace est issue vivait déjà de façon précaire, à présent ils souffrent de la faim ; Sarah la mère est seule pour élever ses enfants trois garçons et Grace l’aînée qui va fêter ses 14 ans. On comprend que la mère a été obligée de se prostituer au propriétaire pour survivre. Elle attend un cinquième enfant. Craignant que ce Boggs ne s’en prenne à sa fille, elle lui enjoint de quitter la habillée en garçon, et, comme sa puberté est tout juste ébauchée, elle a des chances de passer pour un jeune gars qui cherche du travail.

On ressent de façon presque  physique le malheur qu’il y a à être une femme dans une telle situation…

Grace s’en va donc sur les chemins, en compagnie de son jeune frère Colly : on lui a interdit de la suivre mais ils ne peuvent se passer l’un de l’autre. Grace est attaquée par le maudit Boggs se défend, fuit avec son frère.

Après un épisode malheureux, son frère disparaît, mais il continue à parler par sa bouche, tantôt lui tantôt elle, et ce fantôme conserve la personnalité ironique, réaliste et joueuse du jeune garçon, ce qui aide Grace ( et le lecteur !) à continuer d’avancer. Car Colly est le personnage dont on a vraiment besoin.

Car la suite, est vraiment moche. Grace se terre dans des maisons abandonnées, dans des fossés, vit d’expédients mangeant tout ce qu’elle trouve sous sa main. Elle réussit à se faire embaucher dans un « chantier public » où l’on donne neuf pence la journée pour transporter des cailloux et faire semblant de construire une route… sa puberté, retardée par la malnutrition, finit par se manifester. Grace est en danger. Elle va avoir un protecteur : Bart, un homme du chantier, handicapé de naissance, la défend contre la gent masculine… Grace est contrainte de cheminer avec ce protecteur, même s’il ne plaît guère à son côté « Colly ». Un troisième larron, bien intentionné, Mc Cutt se joint à eux. Ils vivent désormais de rapines voire de braquages et cambriolages ; mais avec leur peu de moyens

Texte lyrique, ode à une nature rude et sans concession mais qui invite Grace à un certain mysticisme  «  La lune s’est levée pale mariée qui pose une gaze sur les nuages et Grace ne la contemplant pense que toute chose en ce monde est et n’est pas ce qu’elle est. « 

 

Mais aussi description réaliste des désastres causés par la famine de la vie des gens qui ont tout perdu et sont donc jetés sur les routes pour une marche interminable dormant n’importe où, mangeant n’importe quoi de pas forcément comestible.  

Les victimes sont prêtes à s’entretuer ; les nantis, ainsi que ceux qui sont simplement à l’abri du besoin, devraient s’attendre à être pillés : c’est ce qui arrive parfois. Lors d’un cambriolage, la famille de bourgeois aisés se plaint qu’ils aident les démunis, et  ont mis au point une soupe populaire, pourquoi s’en prendre à eux… mais cela est loin de suffire ! Grace et ses acolytes en ont fait l’expérience : tout le monde ne réussit pas à se faire servir de soupe et celle-ci n’est qu’un bouillon avec des herbes…

Un beau texte, parfois long, l’auteur insiste souvent sans nécessité mais l’ensemble est vraiment bouleversant.

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