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20 mai 2007 7 20 /05 /mai /2007 22:30
Elephant.jpgElephant de Gus Van Sant. Quelques remarques.
 

Un proverbe « les aveugles et l’éléphant » dit que chaque aveugle appréhendant avec le toucher une partie différente d’un éléphant s’en fait une vision partielle. La vision globale, nul ne l’a.

 

Inspiré par l’hécatombe au Lycée Columbine en 1999, le cinéaste ne reconstitue pas les faits « exacts » dans un souci documentaire mais, pendant quelques heures d’une journée fatale suit une dizaine de personnages jeunes gens et adultes dans leurs faits et gestes ordinaires, y compris les deux tueurs que l’on voit préparer leur forfait.

Plusieurs des scènes essentielles sont répétées plusieurs fois sous des angles différents.

Le film n’est pas linéaire ; il n’est pas évident à première vue de reconstituer un début et une fin.

Le récit est en focalisation externe en principe, on a parlé de la grande objectivité du traitement du film. En fait, le film est empli de signes et de fausses pistes.

John c’est le premier à nous être présenté, un jeune garçon brun teint en blond platine, la racine brune bien visible. Nous croyons d’abord que c’est lui le tueur à cause de sa blondeur, de son air anxieux, de son allure angélique. De son tee-shirt avec un taureau noir imprimé dessus.

Mais ce sera lui qui évitera à certains d’entrer dans le lycée.

 

Son ami Elias mitraille tout et tout le monde avec son appareil photo (on pose facilement pour lui) et développe immédiatement les clichés en surveillant l’apparition des négatifs avec ferveur. Son premier geste, en voyant ses « copains »devant lui armés jusqu’aux dents et prêts à tirer sera de les

photographier ; un mitraillage d’une autre nature viendra en retour lui trouer la peau.

La caméra apparaît comme une arme pacifique, une façon de témoigner. La photo d’Elias lui survivra.

 

Michelle : la jeune fille aux épaules rentrées qui travaille à la bibliothèque pour financer ses études sera la première victime. Exécutée alors qu’elle s’apprête à poser une question inquiète « mais qu’est-ce qu… » Interrompue. Tee–shirt avec un tigre imprimé dessus.

Les plus doux des lycéens( Michelle et John) ont des animaux féroces imprimés sur leurs vêtements.

 

Alex lui a un tee-shirt où s’étale le mot « triomphe ».

Alex a un « grand frère » tout aussi sanguinaire, l’Alex d’Orange Mécanique (1971). Cet Alex-là était bruyant et vulgaire, celui d’Elephant est un esthète en comparaison. Mais tous les deux apprécient Beethoven. Alex d’Orange Mécanique avait choisi la Marche des Anges de la neuvième symphonie.

L’autre Alex joue au piano des pièces de Beethoven avec une certaine lenteur langoureuse. Ces morceaux : La Lettre à Elise et la sonate au Clair de Lune sont des déclarations d’amour alors que nous parierons plutôt sur la haine…

On entend ces musiques à intervalles réguliers.

 

Le couloir du lycée est immense, interminable, comme un couloir de la mort et revient périodiquement emprunté longuement par chacun des protagonistes.

Cette comparaison avec le couloir de la mort implique que le lycée est une prison. Selon Michel Foucault « la prison est un modèle pour toutes les autres institutions « y compris l’école. (in Surveiller et punir : naissance de la prison).

Les tueurs Alex et Eric, se font livrer les armes commandées sur Internet, le postier les salue aimablement.

Ils écoutent des émissions sur le nazisme apprécient la représentation de l’incendie du Reischtag. « Plus de culture, Hitler haïssait les intellectuels ».

Les mitraillettes sont très puissantes ; se manient facilement et font peu de bruit.

Les garçons prennent leur douche, se caressent, préparent leur plan avec minutie et de l’air le plus naturel du monde, sans fougue, mais avec plaisir, disent « on va se faire un sacré carton » et aussi « aujourd’hui, on va mourir ».

De temps à autre, on voit en plan fixe un assortiment de gros nuages gris et bleus déchiquetés, censés peut-être représenter leur paysage mental, ou le ciel d’automne ?

Lorsqu’ils arrivent aux portes de l’école avec leur sinistre équipement, John est seul à les apercevoir et les interpeller.

« Ne rentre pas, ça va chier à mort » disent-ils et John répète l’info autour de lui : plusieurs personnes dont un jeune couple et le proviseur en personne ne le croient pas, entrent tout de même.

A l’intérieur dans une salle des jeunes répètent des clichés sur l’homosexualité sous la direction d’un professeur veule. D’autres sont parqués dans un cours de physique ; là le prof est pointu et besogneux et les élèves s’envoient des boulettes.

Plusieurs adolescentes créent un réel malaise en allant aux toilettes se faire vomir le peu qu’elles viennent de manger à la cantine. Mais à la cantine aussi, Alex repère les lieux en vue du massacre.

Le couple de jeunes se cache dans la chambre froide derrière les bœufs pendus aux crochets de cuisine. Alex les y trouve et va les transformer en écorchés. Il leur chante une comptine avant de les abattre.

le couple est hors champs.

On voit peu les victimes. Des flammes ici et là, des gens fuir ou tomber comme on glisse, un seul corps à terre, peu de sang, peu de vulgarité, des cris et des bruits lointains comme désincarnés.

 

Eric exécute sommairement le proviseur dans le fameux couloir » de la mort » après a voir dit quelques banalités à priori sans rapport avec l’horreur de la situation (« tu ne nous feras plus chier Alex et moi… »)

Cet adulte est montré en état de frayeur, qui lui donne une expression stupide, s’humiliant inutilement en suppliant le garçon de lui faire grâce.

Un autre adulte, le père de John, est toujours saoul.
Les parents d’Alex sont à peine visibles.

Alex est nonchalamment assis à la cantine au milieu de corps qu’on devine à peine, tendant le bras vers un jus de fruit laissé sur un plateau ; Eric lui annonce qu’il a tué le proviseur ; aussitôt l’autre le tue, on suppose que c’était à Alex (le chef) de tuer le proviseur ? A moins que ce ne soit à lui de tuer le copain et de se faire justice ?

 
 
 
 

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Published by Dominique Poursin - dans Cinéma
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