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18 juillet 2007 3 18 /07 /juillet /2007 14:22
LES-BELLES-ANNEES-DE-MISS-BRODIE.jpgCe roman a été publié sous le titre «  The Prime Of Miss Jean Brodie » en 1961.
La traduction est parue chez Fayard en 1992.
Il se peut qu’il soit disponible en livre de poche.
 

Il représente la quintessence de ce que l’on peut lire en terme de « roman de collège » un genre surtout anglais qui met en scène des enseignants et des élèves, les drames et les jeux de pouvoir entre eux.    

 

Le roman se déroule à Edinburgh de 1930 à 1950 environ. A l’école de filles Maria Blaine, miss Brodie  est une prof « pas comme les autres », féministe à sa manière, terriblement naïve, pas le genre de Simone de Beauvoir…


  Elle  a la charge de deux classes de  filles de 10-12 ans, en tant qu’institutrice.   Très ambitieuse elle veut  susciter «  le plein épanouissement et une vocation parmi ses élèves ».


 Les  six fillettes, pendant les deux années où elle va s’occuper d’elles, vont constituer le clan Brodie lequel restera plus ou moins soudé toutes leurs vies.


A cette époque, elles avaient été reconnaissables au premier coup d'oeil en tant qu'élèves de Mlle Brodie étant largement informées sur quantité de sujets sans rien à voir avec le programme d'études réglementaire, ainsi que disait la directrice, et inutiles à l'école en tant que telle. On constata que ces fillettes avaient entendu parler des buchmanites et de Mussolini, des peintres de la Renaissance italienne, des avantages pour la peau de la crème démaquillante et de l'hamamélis de préférence à l'eau et au savon tout simples, et du mot menarche (Premières règles); la décoration intérieur de la maison londonienne de l'auteur de Winnie l'ourson leur avait été décrite, ainsi que les vies amoureuses de Charlotte Brontë et de Mlle Brodie en personne. Ces fillettes connaissaient l'existence d'Einstein et les arguments de ceux qui considéraient la Bible comme inexacte. Elles connaissaient les rudiments de l'astrologie, mais non point la date de la bataille de Flodden ou le nom de la capitale de la Finlande."


Le style de Muriel Spark est ici très pince-sans-rire, ce n'est pas le moindre de ses charmes.

Les enfants apprennent à ressembler à Miss Brodie qui veut exercer son pouvoir sur elles, et non les instruire.

Sandy est l’élément le plus important du clan, celle à qui est destinée la «  philosophie «  de miss brodie, et qui devrait lui succéder.

Marie est une débile légère qui sert de souffre-douleur, Jenny est jolie, Eunice fait du sport, Rose est séduisante, Joyce-Emily est ardente et combative. ..elles croient toutes avoir été choisies par miss Brodie,  pour leur personnalité…

Mlle Brodie avait déjà choisi ses préférées, ou plutôt celles à qui elle pouvait se fier ; ou plutôt celles aux parents de qui elle pouvait se fier en ceci qu’ils ne porteraient pas plainte à propos des aspects les plus progressistes et les plus séditieux de sa politique éducative, ces parents étant soit trop peu éclairés pour se plaindre, soit trop pénétrés de respect par leur chance de faire éduquer leur fille aux tarifs de la fondation, soit trop confiants pour mettre en doute la valeur de ce qu’apprenait leur fille dans cette école qui jouissait d’une réputation solide.


Pour elle, éducation signifie «  hors de » (ex et duco) extraire ce qui se trouve dans l’âme des élèves et non «  y fourrer quelque chose qui ne s’y trouve pas ». Avec ces belles paroles, elle mène son petit monde… en outre, elle est détestée de la directrice,et des autres professeurs, et cela lui donne du prestige auprès des élèves. Elle se pose en victime et les gamines doivent la défendre…

Les autres enseignantes sont croquées avec autant de férocité que miss Brodie ; la prof de physique, Miss Lockhart possède un baril de poudre, parle de faire sauter toute l’école et s’en vante. Pourtant, elle se marie sagement, et abandonne son métier pour les joies du foyer. 

 En ces années là, l’on n’est pas très regardant sur le sérieux des  institutrices, toutefois l’on se méfie de miss Brodie, qui ne fait jamais de cours mais «  raconte sa vie » comme on dit parfois d’un enseignant. Ici, le terme est parfaitement choisi !  

 Le   discours de miss brodie est un fatras paradoxal de prescriptions psychologisantes à la fois hédoniques et  moralement rigides. Politiquement, elle s’est prise de passion pour le fascisme de Mussolini, puis pour le nazisme et toutes sortes de régimes totalitaires qui la séduisent et qu’elle fait partager à ses élèves.
Méprisant les connaissances théoriques dont elle manque elle-même, elle n’en recommande pas moins aux élèves d’apprendre par cœur ce qui se trouve dans leurs manuels pour «  l’examen de passage ».

Mais la grande affaire de miss Brodie, reste les aventures amoureuses avec deux professeurs de sexe masculin Teddy Lloyd, professeur d’art et Mr Lowther qui enseigne le chant.

Les fillettes du clan Brodie se sentent très importantes d’être mêlées aux intrigues sentimentales de leur prof, car  une fois scolarisées chez les grandes, elles continuent à voir miss brodie et   la demoiselle cherche à provoquer une liaison entre sa favorite la plus délurée et l’enseignant qui lui résiste. 

  Le récit est achronologique,  le narrateur  nous renseigne sur les destins des «  favorites » et ce que leurs vies futures devront  à miss Brodie et à ses discours. Joyce-Emily, victime directe de miss brodie, s’engage dans la lutte armée pour la cause de Franco.  la plus intelligente, Sandy Stranger, la seule qui l’ai véritablement prise au sérieux, perd ses illusions à son sujet et  s’estimant souillée et privée d’idéal après que miss brodie ait chuté de son piédestal, se fait religieuse et écrit un traité de psychologie «  de la transfiguration des lieux communs ».  Cependant, elle reconnaît très vite échouer à se mettre à l’écart de l’influence de miss Brodie,  et de son  prof d’art qui a fâcheusement conditionné sa vie.

 

C’est là un petit roman cruel, et ironique, brillamment écrit, sur la bêtise et l’ignorance dans l’éducation des filles,

sur une interprétation naïve du féminisme mais aussi sur les méfaits de ceux qui ne cherchent, dans l'exercice de leurs fonctions, qu'à manipuler les autres.   

 

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Published by Dominique Poursin - dans Lectures romans, nouvelles
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commentaires

Manu 05/01/2014 10:26

Tu fais là une brillante analyse d'un roman à côté duquel je suis complètement passée.

dominique 05/01/2014 19:47

J'avais adoré ce roman! d'elle, j'ai lu aussi Memento Mori qui se passe dans une maison de retraite. Mais depuis j'ai tenté d'en lire un autre auquel je n'ai rien compris! la traduction était bizarre... il faudrait que j'essaie un autre titre.

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