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8 août 2007 3 08 /08 /août /2007 11:01
Persona.jpgPersona ( Ingar Bergmann, 1966) trente cinq ans après.
 

Lorsque je l’ai vu pour la première fois( mai 1971) , j’ai été fort impressionnée par le prologue : un tourbillon de visions de cauchemars, une bobine de film qui brûle, un squelette dans un film muet qui se précipite sur une femme alitée, un insecte bourdonnant, le dépeçage en gros plan partiels d’un animal ( ?), un clou que l’on enfonce dans une paume de main, un garçonnet aux lèvres pleines avec de grandes lunettes qui promène ses mains sur un écran où se dessine un visage de femme ( celui de la mère) flou, et en suit les contours…

 J’osais à peine regarder et dans le même temps je prenais cela tellement au sérieux, j’avais tellement l’impression d’assister à des moments sacrés rares et qui devaient magnifier ma médiocre existence, que chaque image était un cadeau que l’on observe à peine comme si l’on n’avait pas le droit à la vue pleine et entière. Et je croyais aussi qu’Elisabeth, la comédienne , qui, un jour en scène jouant Electre, est prise d’un fou rire et demeure silencieuse, s’était trouvée littéralement sans voix, et que si, par la suite, elle ne reparlait pas ou presque jamais, c’ait que, matériellement, elle en était devenue incapable. Que les sons ne sortaient plus de sa bouche.

 On peut penser qu’ Elisabeth Vogler cesse de parler délibérément : elle s’est vue en train de jouer la comédie, s’est vue d’un peu trop loin et n’a pu réinvestir ce rôle. Ni les autres, ceux qu’elle jouait sans conviction dans la vie. Persona, c’est le masque endossé pour la comédie sociale.

Une amie « psychologue » lui dit je vous comprends Elisabeth mais, refuser de parler et de jouer réagir par l’inertie et l’apathie, c’est une façon de jouer un autre rôle. Vous ne ferez impression à personne de cette manière. «  Personne, à part vous, ne se demande si vous êtes vraie ou fausse »

Cette femme a raison, à tel point que le film pourrait s’arrêter là.

 

Et pourtant, c’est là qu’il commence. Elisabeth se voit attribuer une infirmière Alma, l’âme, en attendant qu’elle guérisse. Dès sa prise de contact, Alma est impressionnée par sa patiente et la décrit : visage doux et enfantin mais regard dur. Elle déborde d’admiration pour cette grande artiste avec qui elle a l’honneur de se trouver en tête à tête.

Ses dispositions vis à vis d’Elisabeth confortent l’artiste dans sa position de mutisme.,.

Elle partent au bord de mer dans l’île de Farö,  magnifiquement photographiée, se baignent, chantent ensemble, épluchent des champignons, se caressent.

Alma fait la lecture à Elisabeth, et, autant pour remplir le vide de la non parole, que parce qu’elle perçoit de l’intérêt dans les mimiques de sa malade, commence à raconter sa vie, confiante, et se prenant au jeu avec des détails que l’on ne confie qu’à une intime. Elle  croit  

Entretenir avec elle une relation privilégiée

La pluie arrive, et Alma, postant les lettres de sa compagne ne peut résister à en lire une, adressée à l’amie psychologue. C’est Psyché (l’âme)  qui cherche à voir Amour.

Alma lit  une suite de commentaires ironiques à propos de ses confessions, apprend  qu’Elisabeth se moque d’elle.

 La période suivante est celle du conflit ouvert.

Trouver des défauts physiques à son amie qu’elle regarde dormir (comme Psyché regarde Amour),  lui faire mal physiquement, lui raconter son histoire, qui semble correspondre trop exactement à ce qu’Elisabeth aurait pu dire elle-même (A propos de la maternité mal vécue, de l’enfant qu’elle repousse) prendre sa place auprès de l’époux aveugle d’Elisabeth...
il la prend pour elle, ne saisit pas que c’est la voix d’une autre : un aveugle ne devrait pas s’y tromper…

Mais peut-être joue t’il aussi la comédie ?

Les propos tenus sont inutilement sentimentaux : que penser d’un conjoint qui dit «  nous sommes des enfants tourmentés ; pleins de bonne volonté, portés par des forces qui nous dépassent » ils ont plus de trente ans, voire quarante !

Elisabeth ne reparlera pas, mais un jour,  l’amour et la haine auront pris fin, Alma aura obtenu d’Elisabeth qu’elle recolle la photographie déchirée de son fils. Elles cesseront de se dédoubler et de se prendre l’une pour l’autre.

Nous auront été gratifiés du visage en gros plan d’Elisabeth muette, mimant la surprise, l’étonnement, la peur, la frayeur, la joie, dans l’espoir d’y croire à nouveau. Et des deux visages superposés.

J’avoue qu’à présent je suis gênée, voire irritée  par l’usage du gros plan des visages et de leur utilisation à des fins dramatiques et immédiatement émotionnelles. Ainsi qu’à cette avalanche d’effets …

Je ne  suis plus sous le charme !

 
 
 .

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Published by Dominique Poursin - dans Cinéma
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commentaires

Leunamme 08/08/2007 20:46

Je n'ai pas vu celui là. Je me souviens surtout de Monika, un de ses tout premiers films (1953). Ce qu'il y dit sur l'adolescence, les premiers émois amoureux, et surtout sur la misére sociale des mileux populaires est magnifique de vérité.

Dominique Poursin 09/08/2007 12:05

Le film dont vous parlez  est sûrement meilleur  plus vrai.Maintenant, je trouve Persona un peu surfait. Jen'ai rien éprouvé non plus sinon un peu d'agacement à voir Saraband...

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