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17 octobre 2009 6 17 /10 /octobre /2009 16:24

   Escortée de deux haut de forme, inquiétants et muets, qui se sont joints à moi à l’arrêt du bus, si sérieux et si droits que je ne peux les prendre pour des dragueurs, je me dépêche vers ma destination n’osant leur demander la raison de leur présence, ni leur dire de me lâcher.


Je me cherche laborieusement une explication : à présent il y aurait des mesures sécuritaires telles que des femmes de mon genre, non je veux dire des femmes tout court, (toutes courtes) ont droit à un accompagnement dès qu’elles circulent la nuit tombée.


J’ai reçu une lettre me disant de me rendre à une curieuse adresse. Je me dirige vers une auberge ; ou un hôtel. Sur la façade est écrit en grosses lettres « Hostellerie Overnight »

Je suis invitée à l’émission « Du jour au lendemain », et je m’étonne d’être conviée dans un hôtel avec une inscription qui n’est pas la bonne : tu ne dois pas le montrer, bâillonne ta pensée ; je ne vais pas faire la difficile : on m’a désignée alors qu’aucun des mes manuscrits n’a jamais été publié, ni exploré ; ce doit être une erreur…Tu ne dois pas le montrer ; fais comme si c’était naturel.

C’est un hôtel petitement constellé.

A la réception, se trouve Alain Veinstein. A tout le moins je pense que c’est lui ; grand maigre avec une profusion de boucles couleur de feuilles mortes. Il porte un pullover à col V mangé aux mites en deux endroits et une chemise fleurie qui en dépasse. Bordeaux à fleurs jaunes. Des ajoncs.

Etonnant tout de même, ce vêtement, ça n’a pas de sens, et recevoir les débutants dans un… un quoi au juste ?

tu ne dois pas poser de questions ! C’est ta seule chance.

Personne ne l’aide à tenir l’hôtel.

L’atmosphère est gaie. A.V. écrit des mots sur une feuille de papier quadrillée, je hoche la tête en signe d’assentiment sans avoir rien pu lire tant ma fièvre est aphtreuse.

Je lui dis :« Vous êtes bien Alain Vahinénchtailln ? Vaillene chtailln« J'essaie de prononcer à l’allemande ; je m'embrouille...

Il corrige en secouant la tête : « Ven(e)stène. »

Je me dis que c’est bien lui : cette voix m’est familière que je reconnais aisément à cause du nombre incalculable de nuits magnétiques et de jouraulendemains que je me suis octroyées depuis une vingtaine d’années dans le secret de mon baladeur.

« Pourquoi ? " Dis-je, soudainement déçue. "Pourquoi Ven(e)sténe?"

- Ben, me dit-il, voyez-vous, Lustiger égale lustigé et non pas loustiguerre.

- C’est périmé, dis-je maintenant c’est Vingt-trois. Vingt-deux les flics, vingt-trois les curés"
.

Ai-je marqué un point ? Il n’y pas de réponse.

"Vous n’avez pas l’air de vous rendre compte, poursuit-il, que Einstein et Veinstein, c’est presque le même. Ne devrais-je pas me protèger contre cette influence ?"

Moi, je suis embarrassée, je me demande si c’est du lard ou du cochon. D’abord, évite de penser !

"je suis bien contente d’être invitée à votre émission, fis-je la jouant polie et insipide. Surtout que mon livre n’est pas publié.

- Oui, dit-il, c’est la trêve de noël. Vous aurez le droit d’en parler à l’antenne ; une demi heure au moins, comme les écrivains que je reçois ordinairement. Il ne reste qu’un obstacle à franchir : vous devez prononcer correctement ce nom qui est écrit sur l’ardoise :

THOREAU.

Ah me dis-je, presque soulagée Oui je sais ! Henry David … auteur de la Vie dans les bois.

Pas ça qu’on te demande ! Tout le monde sait que tu passes ton temps à tenter de montrer ta science et ça emmerde les gens surtout les hommes.

Alors je fais un bilan de tout ce que j’ai entendu comme manière de prononcer ; ça me fascine tant il y a de variantes !

D’abord le rustre « toro », avec le premier « e » ouvert et le second fermé, ou l’inverse.

« Zeuro, ou dzeuro, ou teuro, avec un « th » diversement abîmé dans l’s ou le Z, proche de Zéro le pauvre... quand ce n’est pas Zoro, tout bêtement.

Mais aussi soreuho, avec un r vaguement roulé parfois, ou sowo (prononcé sorrow) : le chagrin de Zoro !

Et le « tseurwo », qui est l’une des variantes préférées en français, une manière de petit aboiement si cocasse…

Tso houeu, et son petit parfum oriental, est prisé aussi.

Ensuite, dans le contourné, on n’hésite pas toujours devant : z/soriou ; z/sorio ; tsoriou ; s/zeuriou. Préférence pour le « sss » au démarrage.

Puis vient l’heure de faire mon choix.
J’ai une préférence pour « Seuriou ».
Ma bouche profère et mon  cœur bat.

« Où allez-vous me chercher ça ? fait mon hôte, amusé. Je dis « toro »; comme tout le monde !

Vous avez perdu... »

Al V. Stein me raccompagne jusqu’à la porte.

déjà je rumine que c'est vrai, Michel Cournot à l'émission, autrefois, avait dit " Toma Bernar" et non "tomass bernardtt" ça m'avait frappée ce " franco-français".

Je retrouve les deux messieurs chapeautés. L’un d’entre eux me souffle à l’oreille « The solution can’t be found overnight ».
-Qui êtes-vous ? fais-je , déroutée

-Baron de Carolusse, prince d'Olérone, duc de Brabannte, pô vô seuvi'...

Je ne réponds pas, et reprends le chemin qui mène à l’arrêt d’autobus, sachant que je ne pourrais pas revenir chez moi.


 

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commentaires

keisha 18/10/2009 08:17


cela se boit comme du petit lait, cette nouvelle...


Dominique Poursin 20/10/2009 10:10


J'ai bien ri en l'écrivant! je suis contente que ce soit un tant soit peu contagieux!


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