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6 novembre 2007 2 06 /11 /novembre /2007 00:02
Nelly l’observe et  reprend le récit de ses tourments.
 

Lorsqu’elle a acheté un poulet à la ferme, pour étrenner le four de la cuisinière, cette ferme où l’on vend des volailles avec la tête, le cou, les pattes et les tripes, prouvant leurs qualités nutritives, un incident  s’est produit.

Elle était déjà assez nerveuse à l’idée de faire rôtir sa première volaille… Melk s’adressa sans façon à l’oiseau reposant sur une assiette dans le réfrigérateur, pour lui souhaiter le bonjour et demander des nouvelles de sa santé. Elle a regretté cette intonation joyeuse, amicale, qu’il réserve à peu de gens, assez peu à elle justement. Pas jalouse, non, mais elle en a eu la chair de poule, et n’a pu éviter de lui dire que ce poulet étant mort, il ne lui répondrait pas.

Elle s’est repentie de  son  intervention intempestive et sûrement prématurée.

Trop tard : maintenant il ne parle que de ça. Oh, oui, elle exagère.

 Mais qu’est-ce qui est mort, qu’est-ce qui est vivant ? Il lui arrive de ne plus savoir.

 

Elle n’a pas aimé non plus-elle n’aime toujours pas-le laisser chez une nourrice, à la crèche, ou même à l’école. Non qu’elle s’afflige de s’en séparer. Socialiser l’enfant lui tient à cœur. Mais quelques soient les compétences de ces… femmes, elles font  subir à Melk une régression culturelle grave en le plongeant pendant des heures dans la bêtise et le vide absolu ceci dès son âge le plus tendre. Il a tout enduré : la télé à deux mois, la viande à trois, le pot à six ,les siestes indûment prolongées, le langage bébé des adultes …et pourtant,si  elle devait  le garder tout le temps, soyons justes, elle n’aimerait pas.

 

 Elle se chagrine de le laisser à la halte-garderie, certains jours de vacances scolaires ou à des heures que les gardiennes jugent insolites rapport à sa profession. Elle n’aime pas se justifier auprès d’elles, en inventant qu’elle rend visite à sa vieille mère handicapée dans une maison de retraite au nord de Paris, sa vieille qui l’attend, ou plutôt ne l’attend plus, ayant perdu la notion de tout et de rien, ce n’est pas un spectacle pour l’enfant, vous comprenez… elle se plait à rajouter à chaque fois des détails épouvantables, se prend au jeu. Son fils casé, elle se rend à quelque spectacle, ou réintégre son logis pour lire et écrire. Pourquoi avoir un enfant, alors ? lui diront  sa mère, les gardiennes, les autre jeunes mamans de son âge à la sortie des écoles. Elle perd du temps à chercher une justification, rongée de n’avoir pas fait les lectures adéquates pour savoir répondre à cette future objection.   Lorsqu’elle retourne chercher son fils, elle a trop souvent gaspillé les heures à de vains auto reproches et n’éprouve pas le plaisir escompté à le revoir. D’ailleurs, comme elle en dit trop sur l’état supposé critique de sa mère, l’enfant lui pose des questions, car après tout sa grand-mère se porte bien et il le sait. La situation reste assez confuse, de ce point de vue.

 

Le problème aussi c'est les hommes.
Pierre, si tu veux savoir!
Anne grimaçe son drôle de sourire et fait un geste en levant un bras assez haut : un geste affable voulant dire je comprends et j’approuve auquel Nelly trouve un petit quelque chose de papal qui l’agaçe. Pierre, elle ne l’a pas cherché, s’étant trouvé son collègue, puisque l’art dramatique ne le menant pas loin, il avait dû entrer dans l’enseignement comme tant de gens talentueux et déçus pour y jouer un autre type de comédie moins applaudie.  

Parfois, le week-end, ils s’amusent ensemble… explorent une exposition, un parc, un monument, s’explorent eux-mêmes, rien de plus.

Rien de plus : heureusement ! car il énonce des sottises :
tu te poses trop de questions, être mère c’est évident, instinctif, il a vécu en toi cette proximité émouvante, tu ne devrais pas hésiter un instant sur la conduite à tenir envers lui.

Pauvre Pierre !
 

Elle n’a pas aimé non plus que Melk lui demande un jour, s’il avait deux quéquettes. Maladroite Elle a répondu : « Non, tu n’en a qu’une », comme si on ne savait pas. Elle a été gênée qu’il renchérisse : «  Est-ce que ça sert à faire pipi ? ». Car il le savait bien et la question en cachait une autre. Ainsi, s’est-elle lancée, anxieuse et presque vaincue d’avance par l’énormité de la tâche, dans une exégèse sur les actions, autres que la miction, qu’il incombe, un jour ou l’autre, au membre viril, et surtout à celui qui en est pourvu ( lequel en principe le commande), d’accomplir. Plus tard, lorsqu’il achève sa croissance.

 Elle n’a pas aimé sa propre façon d’éclaircir le processus en voulant l’expliciter:ni sa description de l’acte, qui  en excluait forcément la dynamique, ni celle des organes génitaux, qui lui ont semblé bizarres, à s’entendre dire, ni  la formation de l’embryon, qu’elle a appelé bien trop vite le bébé, ni la mention du plaisir sexuel, parce que, c’est délicat d’en parler, mais  a-t’elle  pas droit d’occulter la question ?

Et puis Melk  n’a rien demandé de plus, quoi qu’ayant eu tout l’air d’écouter. Nelly avait pensé qu’il dirait vouloir faire avec elle « ces choses », et que la tâche de signifier l’interdit lui aurait incombé.

Mais ce  fut pire : Il  parla de faire ça avec une petite fille de la Maternelle. Véronique. Elle vient d’un milieu très défavorisé, souffre d’un fort strabisme, d’une corpulence indue,  d’un  retard pour le langage et - Nelly la  présume  atteinte de débilité légère. Elle n’a pas hésité  à désapprouver fortement le choix de son fils, lui en donnant les raisons. Maintenant, elle rôde du côté de l’école, observe les évolutions des enfants en récréation, en vue de savoir si Véronique recherche son fils réellement, s’il la souffre…sa vie est gâchée, elle craint que Melk n’ait des prédispositions autopunitives. Parfois, une image stavroguigne se forme en elle, un sombre jeune homme qui épouse en secret une boiteuse obtuse avant que de se pendre.

 

Ici, Anne se sent obligée de rappeler qu’il n’a que trois ans, c’est une aventure sans lendemain, une de ces toquades de jeune garçon novice. Qu’en dit l’institutrice ?

 Inutile de requérir l’avis de l’institutrice qui est favorable à. ces rapprochements. Son rôle  consiste à favoriser l’intégration des handicapés.

Elle a raison.

Mais quel profit Melk pourra t-il retirer d’une telle accointance ?

Silencieusement, Anne se tord de rire.

 Nelly ne le remarque pas  et  poursuit : son gamin a   commencé à dire «  je serais un papa ». Elle ne sait trop quoi en penser. Pour tout dire, elle n’aime pas vraiment…. Elle lui a expliqué qu’il devait être un homme tout d’abord. Elle s’est rendue ridicule, elle le sait, elle l’a tout de suite senti, de lui faire le coup de Tu-seras-un-homme- mon-fils.

Il sait pour son père, elle lui a montré des photos, donné l’explication officielle qui n’est pas fausse : ils se sont disputés, les parents, lui vit avec une autre.

 

«  Ce n’est pas comme s’il était mort », observe l’amie.

 

 Melk a écouté  une fois encore les microsillons donnés par sa grand-mère. les «  Trois jeunes tambours ».

  Echauffée par les soucis qu’elle ravive en les racontant  Nelly ne peut plus tenir, et comme Anne appelle l’enfant  le chocolat étant prêt et qu’il s’approche et grimpe sur la chaise, elle se met à chanter,: «  Three young dreamers / were coming back from war… »

Elle répéte trois fois le vers  comme le veut la chanson sur un air apparenté à celui qu’elle tente de reproduire. Melk est loin d’être enchanté .Il  s’agite, et fait non de la tête.

« N’est-ce pas mieux comme cela, commente Nelly avant de continuer «  The youngest one/ had a rose in his teeth… » ; elle prend l’enfant sur ses genoux, et voilà la suite : «  The King’s daughter/was leaning by her window… »

-Non, non ! proteste t-il.

-  Mais qu’est-ce que tu as ? Est-ce que je chante faux ? », maintenant exaspérée, elle s’adresse à son amie

- Pas exactement, estime Anne.

- Pourquoi cela lui déplaît-il ? »dit encore Nelly ; dans sa voix perçe un accent de détresse, et Anne se rend compte qu’elle a un besoin impératif de continuer, elle vient à son secours, sans s’interroger sur ce qui attache mystérieusement Nelly à cette conversion anglo-saxonne de la chansonnette.

Après un petit temps de réflexion, elle lui donna la réplique : » Lovely drummer, will you give me your flower ?… », Tandis que Nelly avec un enthousiasme étonnant : «  Nice King’s daughter, will you give me your heart ?… »

Elles se donnent la réplique jusqu’à la fin, et peut-être parce qu’elles sont deux , Melk les écoute , le duo lui convenait, même s’il n’apprécie pas beaucoup que l’une ou l’autre contrefasse sa voix pour jouer le rôle du roi. ( Oh, young dreamer, you are not rich enough...)

 Elle achèvent en riant : «  In my country, girls are much more pretty… ».


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Published by Dominique Poursin - dans Guillaume W, récit à épisodes
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commentaires

caro 06/11/2007 15:07

je suis écrivain-amateur, et je le resterai tant que je ne saurais pas ce que je vaux et que je ne serais pas éditéemerci de prendre le temps de me lire et de faire tous les commentaires imaginables, des plus critiques aux plus sympathiquescordialement

Dominique Poursin 06/11/2007 15:53

Vous me demandez  de vous lire alors que vous n'avez pas  vous-même  pris connaissance de l'article auquel vous mettez une note qui n'est pas un commentaire ! Avouez que ce n'est  pas logique...  Cependant, je peux vous dire une chose à propos de votre texte, c'est que nul ne vous lira avant que vous n'ayez  changé la couleur de votre blog. Ce rose vif éblouit et fatigue la vue.

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