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11 décembre 2007 2 11 /12 /décembre /2007 00:00

La famille partit en vacances avec les grands-parents et la nouvelle institutrice, Geneviève. Celle-ci avait divisé les quelques cinquante leçons de lecture d'un manuel, utilisant la méthode Boscher, (syllabique) pour coïncider avec les trente et un jours.
Nous étions installés dans une petite station balnéaire de la Loire-Atlantique. La villa de Saint-Brévin se situait aux confins de la Vendée, à la porte de la Bretagne. Elle avait nom «La Langouste».lalangueoust. Des langoustes, je n’en vis guère sur la plage : l'activité des chantiers navals de Saint-Nazaire se déployait sur la rive d'en face : grues, cheminées, portions de ciel noir. Des ombres grise et fuyantes se nichaient dans les anfractuosités des rochers et fuyaient à l’approche des humains.

Je récitais mes leçons tous les matins et pouvais aller à la plage l'après-midi, le plus souvent avec Geneviève, Philippe et le bébé.

Je me répétais des lettres et des syllabes toute la journée, les buvais avec l'indigeste chocolat au lait concentré, les mastiquais en même temps que la viande à midi, les retrouvais dans le potage du soir. A la plage, on ramassait les pommes de pin, on cueillait de petits œillets odorants, Geneviève donnait le biberon au bébé et lui parlait d'une voix douce, de sorte qu'il ne vomissait pas.
Tout devait être su par cœur, par cœur, par cœur. Geneviève, un peu choquée par l'attitude de Maman, osait parfois prendre la défense de son élève : Elle fut congédiée, et disparut après le trente et un…

Un homme s'ennuyait, qui tournait tout autour de la villa, comme un détenu dans la cour aux heures de promenade. C'était  Grand-père. Son béret toujours plus enfoncé sur sa tête, ressemblait à une galette. Il portait un pull-over à motifs jacquard, que les femmes avaient tricoté. Il se plaignait du chandail trop fantaisiste et des occupations trop monotones : " Que peut-on faire ici? Il n'y a rien à visiter! " Maman répondait : " la plage, l'eau de mer, l'iode, la santé, on profite!".

Quelque temps plus tard, la famille terminait ses vacances à Louins dans l'Heur. J’aperçus le manuel de lecture posé sur l'herbe et l'ouvris avec crainte, persuadée d'avoir oublié mes leçons.
Je dépassai les pages maudites tant de fois récitées : il y avait un au-delà des leçons. Le premier s'intitulait : "La Petite poule rouge". Comment une poule pouvait-elle être rouge? Une volaille n’est-elle pas noire, blanche ou rousse ?
Page suivante, le loup Ysengrin se faisait attacher un seau à la queue pour pêcher, suivant les conseils de Renart. Il attendait, l'hiver venait, l'eau gelait autour du seau et de la portion de queue qui trempait. Renart riait. Je ris à mon tour.
Les adultes s'approchèrent, me firent relire tout haut ce dont je venais de prendre connaissance.

Je savais lire ! c'était un miracle. Le premier, le dernier.

 

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commentaires

Anis 28/04/2013 10:47

Génial! Je me suis régalée. Quel talent de conteuse !

Posuto 14/12/2007 08:27

La langue oust !Ben je suis sur le cul pour parler bien vulgairement de la façon dont tu racontes tout ça. C'est fort. Et on se sens à côté de toi. Et le monde autour a l'air d'une telle violence rentrée. Voilà ce qui me vient à l'esprit en te lisant, je ne sais pas trop comment expliquer mieux, mais c'est un ressenti très fort !!!J'attends la suite.Kiki :-)

Dominique Poursin 14/12/2007 17:58

Ben, la suite, ce serait un autre chapitre autobiographique; je ne sais pas si je vais le mettre maintenant. Plutôt en janvier. Le monde est violent, c'est sûr. Et ce n'est pas si rentré que ça.

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  • : Comptes rendus de mes lectures avec des aspects critiques + quelques films de fiction Récits de journées et d'expériences particulières Récits de fiction : nouvelles ; roman à épisodes ; parodies. mail de l'auteur : dominique-jeanne@neuf.fr
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