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5 octobre 2009 1 05 /10 /octobre /2009 17:56

 Charles, Emma, Léon : remarques sur Madame Bovary :
 

Charles Bovary, en retard sur ses condisciples intègre une classe de cinquième, complètement inadapté. Il se fait moquer de lui même par le maître. La description de sa casquette ( un objet extraordinaire jamais vu, et difficile à visualiser est un des morceau de bravoure de ce livre qui n’en manque pas).


Charles devient officier de santé : il est mauvais élève ne comprend rien, ne va pas aux cours, et échoue à l’examen, mais sa mère lui achète le diplôme.


Il  va quitter  cette  maman si utile pour épouser une femme sèche et maigre  Héloïse ( 45 ans et  1200 livres de rentes) qui va mourir assez vite . Cette femme que sa mère lui a trouvée...


Enfin! Emma Rouault, fille d’un « riche » paysan, fait son apparition  page 71 (le roman en comprend 500).


Charles a connu le père Rouault en le soignant d’une fracture « simple, la plus facile qu’il eût pu rêver. » Pendant ses visites à son malade, il remarque Emma, sa fille, à peine sortie du couvent, qui vit seule avec ce veuf.

Il s’en éprend et a  le temps de faire sa connaissance.  Il croit le  père Rouault riche,à l’apparence de la ferme et à la présence de quelques vaches, et de troupeaux de volailles variées.   En vrai, Rouault a beaucoup de dettes, est avare,  et  se  réjouit de l’attachement de Charles pour sa fille dont il ne sait que faire, car elle ne sert à rien dans une  ferme. La dot qu’il concède est maigre ; mais Charles, qui est  complètement dans  les vapes, ne va pas s’en apercevoir, et ne réclamera rien. Le père Rouault  fait une bonne affaire .

Pour la noce, on relève le deuxième objet extravagant du roman, tout aussi célèbre que la casquette de Charles : la pièce montée du repas de mariage.


Emma est une  très jeune fille, jolie et ignorante,  à première vue,elle fait le bonheur de Charles mais  ne tarde pas à s’ennuyer avec lui. Une éducation brève et nourrie de romans sentimentaux (la Bibliothèque Bleue, mais aussi Paul et Virginie et sans doute Manon Lescaut... Emma sait lire!)l'ont fait rêver. Elle sort peu, et un seul bal au château de Vaubyessard suffit à l’éblouir : belle vaisselle, beaux cavaliers, tapis et tentures, valses, candélabres en argent… Charles décide de déménager.

On quitte Tostes (déjà Toste Funèbre dans le souvenir d’Emma), le petit village normand, pour Yonville, un gros bourg.

La superstar de Yonville c’est le pharmacien Homais, un homme pédant et prétentieux dont les propos stupides provoquent le fou rire chez le lecteur.J'ai beaucoup ri en lisant Flaubert.  Mais dans le pays Homais est très écouté.
Emma se lie avec Léon, un jeune clerc de notaire de vingt ans, aussi romanesque qu’elle.  Toutefois, il ne lui plaît guère, physiquement parlant.

A son arrivée à Yonville, elle était enceinte, et à la fin de l’automne, elle accouche d’une fille, Berthe, et ne cache pas sa déception. L’enfant est mise en nourrice. Emma se distrait en achetant des meubles, des articles de décoration, et de la lingerie. Elle commence à s’endetter.

 Aux fêtes du comice agricole elle rencontre Rodolphe Boulanger, petit propriétaire foncier qui s’amuse à la conquérir. Emma prends cela au sérieux, croit vivre une grande passion. Rodolphe enlève moi !
Rodolphe rompt. Désespérée, Emma reprend Berthe, va souvent à confesse, rencontre à nouveau Léon, à Rouen, un jour que Charles l’avait emmenée au théâtre.

Charles ne fait que des sottises : voulant opérer un homme d’un pied bot avec l’aide d’Homais, ils échouent, et le malade qui manque mourir, doit être amputé de la jambe entière.

Emma trouve insupportable ce nouvel échec public de Charles.

Elle se contente désormais d’ébats peu satisfaisants avec Léon, qu’elle voit tous les jeudis à Rouen, sous prétexte de leçons de piano.  Ces maigres consolations ne lui suffisent pas, et elle continue à s’endetter. Son créancier, Lheureux, lui fait vendre une propriété  appartenant à Charles, signer des billets à ordre, courir à sa ruine. Menacée de saisie, elle demande de l’argent à Léon qui  refuse, à Maître Guillaumin notaire, qui lui conseille de se prostituer, et à Rodolphe qui la repousse  avec impatience.


Justin, l’employé d’Homais, a toujours eu un béguin fou pour Emma. Hélas, ce n’est pas de l’argent qu’il détient mais la clef du capharnaüm, qu’il lui donne, et où elle trouve de l’arsenic pour s’empoisonner. S’ensuivent une longue agonie, puis la mort, et les propos cyniques du pharmacien et du curé qui veillent le corps.


Epilogue : Charles apprend qu’il est ruiné mais il aime toujours Emma par delà la mort. Il surprend Rodolphe, qui lui explique sans ménagement que sa femme le trompait, en ne manifestant ni jalousie ni ressentiment viril. Assez vite, il  suit dans  le trépas cette femme que, tout simplement, il aimait. Orpheline, Berthe est envoyée à l’usine, comme ouvrière. Homais se lance dans le journalisme, autant dire la politique, et reçoit une croix d’honneur. Aux dernières nouvelles, il a sa place réservée au Fouquet's, et on a cru l'apercevoir y entrer dans le film de Serge Halimi " Les Nouveaux chiens de garde".

Le mouvement est très lent : Charles a quinze ans lors de la scène inaugurale, au collège, et une longue éclipse suit, pendant laquelle il trouve un métier, et une première femme qui meurt. Lorsqu’il débute sa cour à Emma, elle a 16 ans. L’action proprement dite commence, qui va durer dix à douze ans et 500 pages.  L’impression de lenteur subsiste jusqu’à la fin. Le temps ne passe pas. C'est sans doute ce qui insupporte nombre de lycéens et même des étudiants. Je n'ai, pour ma part, lu Bovary( et tout  Flaubert à la suite) qu'à 28 ans, pendant des vacances ensoleillées sous la tente à Foix( Ariège).

En dehors de tout contexte scolaire!!  J'ai été émerveillée. Je reprends ces textes assez fréquemment.

 

Que penser de la première scène du roman ? En quoi constitue-elle  un incipit pour un roman qui s’intitule «  Madame Bovary » ?

le récit débute par un « nous » qui englobe les camarades d’école de Charles « Nous étions à l’étude quand le nouveau arriva » et l’on retrouve ce « nous » de temps à autre dans le roman pour parler de Charles. 

Le roman entier pourrait être écrit par  un collègue de Charles à qui il se serait confié après la mort de sa femme, et qui serait désireux de conter, non l’histoire d’Emma, mais celle de Charles, (y compris les événements auxquels il n’a pas assisté, et qu’il imaginerait) dont Emma est le personnage central. Ce « nous » implique une solidarité de l’auteur vis à vis de Charles. Ce "collègue de Charles" est très proche de Flaubert.

Il n’empêche pourtant pas que l’on ait de la difficulté, parfois, à saisir le point de vue de ce narrateur aux phrases assassines.
 

L’exercice de style : Zola dira que Flaubert change considérablement le roman après  Balzac

«  Il l’a assujetti à des règles fixes d’observation, l’a débarrassé de l’enflure fausse  des personnages, l’a changé en une œuvre d’art harmonique, impersonnelle, vivant de sa beauté propre ainsi qu’un beau marbre ».
Cela n’incite pas nécessairement à la lecture ; le marbre est froid, dur et inattaquable. Vous vous souvenez de Plus que le marbre froid me plaît l'ardoise fine? Mais dans Madame Bovary, vous trouverez les deux! 

Le lecteur se prend d’amitié pour Charles,  Emma et Léon (des « losers » comme on dit à présent) et trouve que les  autres sont bien campés.


Les émois de Charles sont les nôtres : « il prit l’habitude du cabaret, avec la passion des dominos. S’enfermer chaque soir dans un sale appartement public pour y taper sur des  tables de marbres de petits os de mouton marqués de points noirs, lui semblait un acte précieux de sa liberté  qui le rehaussait d’estime vis à vis de lui-même. C’était comme l’initiation au monde, l’accès des plaisirs défendus ; et, en entrant, il posait la main sur le bouton de la porte avec une joie presque sensuelle ».


Il est apte à s’enthousiasmer pour ce qui lui paraît défendu. Et ce sont de toutes petites choses, des joies minuscules, qui peuvent sembler banales, parce que Charles, vous l'aurez remarqué, tout lui est refusé dans la vie, et depuis toujours. Un " loser"  grande pointure. Je ne dirais pas "un pauvre type". Bien au contraire...j'aime beaucoup Charles.


Emma aussi, comme nous tous, se plaît à ce qui lui résiste, ce qui  se dérobe à elle.

Mais  elle ne trouve pas  les fruits défendus  si facilement que Charles. C'est là le noeud de l'intrigue.

 

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commentaires

keisha 08/10/2009 11:14


Mais non, ne supprime rien, je disais cela au cas où!!!


keisha 06/10/2009 15:32


Toi tu le lis pour le plaisir, mais sache que des lycéens ont l'habitude de fouiner avec des recherches du genre : " résumé de telle oeuvre, etc..." en tout cas cela arrive à des blogueurs!


Dominique Poursin 08/10/2009 10:25


Dans ce cas, je vais le supprimer assez vite, le temps que tous les blogueurs amis l'aient lu. Dix jours suffiront.


rose 06/10/2009 10:16


Je l'ai relu le printemps dernier, en riant beaucoup, comme toi ; et moi aussi j'aime bien Charles, il n'est pas très glamour mais il est attendrissant.


Dominique Poursin 06/10/2009 14:53


Ce n'est pas très drôle mais c'est si bien vu, si bien rendu!


keisha 06/10/2009 07:03


Tu as fait tout le travail du lycéen paresseux! Attends toi à des visites... intéressées, non?
J'ai lu deux fois ce livre, une au lycée, forcément, et l'autre pour voir, une fois adulte. Ainsi que L'éducation sentimentale, Bouvard et Pécuchet. Il faut redonner une chance aux classiques
étudiés au lycée (mais je ne dis pas qu'on ne doit pas les étudier, attention!)


Dominique Poursin 06/10/2009 14:54


Ah je ne voyais pas cela comme un travail scolaire! J'ai juste eu envie d'en parler un peu.


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