Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
14 février 2008 4 14 /02 /février /2008 00:00
Un film de Ethan et Joel Coen, d'après le roman de Cormac Mc Carthy.
 

 A la frontière mexicaine, côté Texas, Llewyn Moss, qui  vit chichement dans une caravane, découvre, lors d’une sortie de chasse à la biche, une brochette de dix à douze malheureux cadavres, copieusement ensanglantés,  à l’air stupide de ceux qui se sont  figés pour l’éternité sans avoir eu le temps de prendre une petite pose.

Sur la scène macabre, il recueille, dans une camionnette, les ultimes borborygmes d’un pas tout à fait mort,  détrousse les défunts, et, outre de la drogue,  tombe sur une  valise bourrée de billets de banque, de quoi faire nettement mieux qu’arrondir ses fins de mois. C’est son jour de chance, mais il risque de le payer plus cher que tout l’argent contenu dans la valise si l’on considère que rien ne vaut la vie… il se saisit du magot en dépit du danger.


En effet le mec à qui appartient la valise a embauché un tueur à gage d’un genre particulier : un  mexicain énigmatique qui assassine tous les gens qu’il trouve sur sa route avec une arme à air comprimé, destinée à estourbir les bœufs dans les abattoirs. Il l’utilise  également pour casser toutes les serrures.


Llewyn envoie sa femme au loin, dans sa famille, et quitte la caravane. Une course-poursuite de grande qualité s’ensuit,  au travers d’un parcours  constellé d’émotions fortes, d’hémoglobine. Les savants effets de clair-obscur  font rayonner ces scènes d'action.
undefined

Le tueur porte un nom étrange non mémorisable. Llewyn l’appelle «  Sugar », par dérision.  C’est le genre de type qui, si vous le croisez,  à priori  ne vous effraie pas,  mais vous intrigue. Il n’a pas l’air d’être avec vous, ni l’air plongé dans ses pensées: sa présence est évidente, mais nimbée d’une sorte de vide  dans l’expression,  dans le  sourire neutre, sur la face : vous avez le temps de penser ça : « tiens, il y a un petit truc qui cloche chez lui… »  avant de passer ad patres…


 Cependant, il fait grâce au  tenancier du comptoir,  chez qui il est venu prendre de l’essence : il lui propose de jouer sa vie à pile ou face. L’homme qui n’a rien à perdre, accepte.


Le visage de Sugar est figé comme un masque. On peut penser qu’il est là pour venger la population mexicaine,  mais il tue aussi des gens du pays.  Il m’apparaît comme la représentation de la mort en personne. Il est indestructible. Sérieusement blessé, il revient sans trop d’efforts à la vie.   

Le shérif (Tommy Lee Jones),le " vieil homme" du titre,  flic sexagénaire usé,  suit l’affaire sans pouvoir réellement enquêter. Ce problème dépasse les compétences des autorités légales.  Il fait de la philosophie, et raconte sesTommy-Lee-Jone-No-Country.jpg souvenirs,  en voix off et en personne.  Où sont passées les vraies valeurs ? Est-ce que Dieu pense à lui, dans ses moments perdus, et croit-Il encore en l’Amérique ? Il ressemble au personnage qu’il jouait dans « les Trois enterrements de Melquiadès » mais n’a plus envie de donner des leçons et se plaît dans une mélancolie désabusée, petite musique triste et douce qui vient en contrepoint des scènes de feu et de sang, les ponctuant.

 

J’aime bien la séquence ou Moss, blessé, les vêtements maculés de sang, rencontre deux jeunes gens et paie l’un d’entre eux pour un blouson qui masquera sa misère.  La séquence se répète, plus tard  avec Sugar, lui-même ensanglanté, qui va  croiser  deux gamins, et l’un deux lui donnera sa chemise, avec élan.   Ces scènes sont de bons sketches  pour parodier la charité chrétienne. La façon dont les passants réagissent face à l’homme en sang (d’abord faire comme si de rien n’était, puis tout de même proposer timidement de l’aide) et le fait que l’on donne sa chemise au tueur, mais que l’on vend un blouson au brave type…

 

Dans l’ensemble, on prend plaisir à ce film. Les frères Coen se servent avec habileté des ficelles du road-movie et du western.   

 

Partager cet article

Repost0

commentaires

Shin 12/04/2008 15:21

Bonjour, Le film des frères Coen se suit avec grand plaisir la première heure.
Dommage quel la dernière partie soit aussi elliptique et brumeuse.
Dommage aussi que le personnage Tommy Lee Jones ne soit pas plus
présent à l'écran (son personnage étant le héros du livre). En tout
cas, Javier Bardem est génial ! Amicalement, Shin.

Dominique Poursin 12/04/2008 16:12


Oui dans l'ensemble ce film m'avait bien plu. C'est mon troisième des frères Coen. Le premier " O'Brother" m'avait plutôt ennuyé( mais c'était un DVD); le second " Lady Killer" je l'ai trouvé
amusant sans plus. Celui-là est nettement meilleur. je me demande ce que je devrais choisir pour un autre " Coen".


Pintoux 19/02/2008 06:51

but many countries for young men (ils n'ont même que l'embarras du choix)

leunamme 15/02/2008 14:46

Excellent film des frères Coen (mais en ont ils fait de mauvais ?), avec des acteurs formidables. Seul petit bémol, il y a quelques zones d'ombres dans le scénario. On ne comprend pas toujours comment le tueur fait pour retrouver sa proie.Autrement, billet à venir chez moi, probablement dans les prochains jours.

Dominique Poursin 15/02/2008 17:51

Non je n'ai pas compris comment il s'y prend pour le trouver. Ni comment il réussit à soigner lui-même ses blessures... de même que l'on ne saisit pas très bien ce que deviennent tous ler personnages  la fin.Je crois que c'est voulu. Le personnage de Chigurh-Sugar a un côté irrationnel. Les frères Coen ont voulu moquer le personnage du supertueur des films noirs.

dasola 14/02/2008 11:51

Très intéressant billet qui j'espère donnera de voir et revoir ce film violent, noir mais tellement bien fait. Pour moi aussi, Javier Bardem, c'est la mort incarnée.

Dominique Poursin 14/02/2008 13:44

Vous avez été la première à en parler Dasola,avant même la nouvelle année si je ne me trompe ! Et c'était là un excellent choix de votre part...

Présentation

  • : Nuagesetvent
  • : Comptes rendus de mes lectures avec des aspects critiques + quelques films de fiction Récits de journées et d'expériences particulières Récits de fiction : nouvelles ; roman à épisodes ; parodies. mail de l'auteur : dominique-jeanne@neuf.fr
  • Contact

Rechercher