Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
5 novembre 2006 7 05 /11 /novembre /2006 10:46


Publié aux éditions Gallimard ( L'un et l'autre) en 2002.

Etienne Vollard est libraire dans une petite ville des Alpes, située au pied du massif de " La Grande Chartreuse". Il tient cette boutique, à l'enseigne du " Verbe Etre", de façon indépendante, sans souci de confrères ni de concurrents éventuels, pas davantage des lois du Marché. Il a une connaissance infaillible de ses livres et se les récite volontiers. Il vit par les livres pour les livres et dans les livres. C'est un homme grand et corpulent, massif, semblable à la montagne qui surplombe la ville , et qui mène une vie ascétique comme les moines Chartreux . La nuit, pour pallier quelque effrayant souvenir, il se remémore des fragments d'oeuvres .Une trentaine de citations en italique relayent le texte, s'y insérant parfaitement.

Un soir de pluie, conduisant sa camionnette chargée de livres sur une voie à grande circulation, Vollard écrase une fillette venue littéralement se jeter sous ses roues. («3 tonnes de ferraille, 200 kilos de livres et 100 kilos de Vollard."..). Thérèse Blanchot était très en retard pour chercher sa fille à l'école : Eva s'est affolée, est partie en courant sans savoir où elle allait.

Profondément choqué, le libraire s'enfuit dans la montagne enneigée, y passe la nuit, se rend à l'hôpital. Il rencontre Thérèse Blanchot, une femme " étrange, transparente", qui lui confie rouler toute la journée en voiture ou en train, sans but, s'interrompt pour noter des phrases dans un carnet, peine à se souvenir de sa fille une fois perdue de vue, sa fille née par accident, non désirée.

Encouragé par une infirmière qui l'accueille comme le père, Vollard reste plusieurs semaines au chevet d'Eva, comateuse, s'adressant à elle par le biais de la littérature, lui contant des textes classiques qui conviennent aux enfants.

2-Le narrateur se fait connaître, à dessein d'évoquer Etienne Vollard, ancien camarade d'école qu'il jalousait et persécuta un temps avec ses amis. Il nous relate aussi les apparitions de Vollard en mai 68, au milieu des foules estudiantines, toujours debout, toujours lisant, dans les circonstances les moins appropriées à cet exercice, son intervention pour sauver un jeune mal en point. Devenu professeur, ce narrateur a été nommé dans la ville où habite Vollard, se rend régulièrement au " Verbe Etre", sans se faire connaître de Vollard, qui ne l'a pas remis. Il l'admire, mais que lui dirait-il?

3- Eva s'éveille peu avant Noël. Valide mais muette et anorexique. Dans le centre spécialisé où elle est placée, Vollard continue à s'occuper d'elle, lui conte toujours des histoires, l'emmène en promenade dans la montagne, tente de la faire jouer, lui propose des friandises.Il la baptise " La petite Chartreuse", s'attache à elle, retrouve en elle quelque chose de sa propre enfance, éprouve des satisfactions jusqu'ici ignorées au contact de l'enfance. .Vains efforts en ce qui concerne Eva. Bientôt, il doit partir à la recherche de Thérèse Blanchot, la persuader d'assister son enfant dans ses derniers moments.

Vollard a changé : il ne surveille plus assez ses livres, perd sa librairie dans un incendie " sans feu", déambule dans la montagne trop près des ravins, attiré maintenant par des jeunes gens qui se livrent il ne surveille plus assez ses livres, perd sa librairie dans un incendie " sans feu", déambule dans la montagne trop près des ravins, attiré maintenant par des jeunes gens qui se livrent avec plaisir au saut de l'élastique ( 108 mètres de vide! tentez l'aveture du vertige!), veut les imiter... Se rendent-ils seulement compte, ceux qui ont vraiment des enfants, de ce banal miracle du renouvellement du monde? Se rendent-ils compte de cette étape de l'enfance? Eprouvent-ils la force de ce "oui" discret, étonné, joueur, qui permet qu'une suite ait lieu, de ce "oui" qui flotte sur le pire comme la brindille d'une chance nouvelle

-Questions du livre:

1-La solitude et l'isolement : comment jouir de l'une sans avoir à souffrir de l'autre?

" La privation de contact, je le savais, était finalement une catastrophe, tout comme autrefois elle avait été nécessité et bonheur".

En effet , cette solitude était pour Vollard, comme sans doute pour Thérèse, un choix,une expérience, mais l'isolement qui les habite, et les coupe du monde , est un piège qui les mène à leur perte. Thérèse n'a jamais pu s'adresser à sa fille : " Nos solitudes ne communiquent pas."L'infirmière veut qu'elle lui parle : mais il n'y a pas de vrais souvenirs à évoquer.Le narrateur qui comprend si bien Vollard ne peut entrer en contact avec lui. Il n'aurait rien à lui dire. Vollard s'adresse à Eva surtout par l'intermédiaire des textes. Lorsque il devient , on le devine, plus familier, émerveillé par l'enfance, c'est déjà trop tard, et il ne peut que constater Lorsque il devient , on le devine, plus familier, émerveillé par l'enfance, c'est déjà trop tard, et il ne peut que constater chez la fillette " cette effarante capacité de ne rien attendre".

Alors, il remarque des jeunes gens qui s'exercent au saut de l'élastique, " des jeunes gens amoureux de l'instant, des amis du réel. Leurs corps étaient immédiatement à leur place dans le monde, immédiatement accordés aux autres corps."Pendant ces escapades, Le "Verbe Etre" est détruit par un faux contact, un court-circuit dans une installation électrique défaillante que le libraire ne pouvait faire réparer.

2-Que peut-on faire pour la littérature? Le livre nous montre les livres très menacés (le support "papier"), et la littérature moribonde que Vollard (nom d'un critique d'art au début du vingtième siècle, Ambroise Vollard, qui fit connaître de nombreux peintres, Cézanne en particulier.) représente, et garde en mémoire pour la faire revivre. Le renouveau incarné par la frêle Eva ne peut survivre : sa rencontre avec Vollard a été trop violente.

Thérèse, la mère, ne s'appelle pas "Blanchot "par hasard. Il y a comme une métaphore de " la mort du dernier écrivain." Si Vollard lit, et retient l'intégralité des textes, cette hypermnésie lui permettant de vivre dans un monde qui ne l'exclut pas, Thérèse, qui paraît en deçà, ou au-delà des livres, écrit " des phrases sur un carnet à spirales".

Grande sagesse  ou pur nihilisme ?

Partager cet article

Repost 0
Published by Dominique Poursin - dans Lectures romans, nouvelles
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Nuagesetvent
  • Nuagesetvent
  • : Comptes rendus de mes lectures avec des aspects critiques + quelques films de fiction Récits de journées et d'expériences particulières Récits de fiction : nouvelles ; roman à épisodes ; parodies. mail de l'auteur : dominique-jeanne@neuf.fr
  • Contact

Rechercher