Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 mai 2008 4 01 /05 /mai /2008 23:47

Titre original " The Sweet Thereafter".

Actes-sud (Babel), 1994. 327 pages.


    Un accident d'autocar a eu lieu dans le nord de l'état de New-York à Sam Dent, une petite bourgade enneigée. Les victimes sont quatorze enfants du coin que le bus ramasse tous les matins pour les emmener à l'école.


Le roman consiste en cinq monologues de personnes ayant un rapport proche ou lointain avec l'accident. D'abord la conductrice Dolorès Driscoll, qui a freiné brutalement ce matin là, ayant cru voir un chien juste devant elle. Le bus a fait un plongeon dans le ravin (sans garde-fou) et  la moitié arrière s'est abîmée en contrebas dans une sablière pleine d'eau.

Dolorès donne au lecteur les informations nécessaires à une première appréhension de la tragédie et  raconte ce trajet qui s'avéra  mortel, cherchant, sans les trouver, des pressentiments et des causes plausibles. Dans son examen (qui est aussi un examen de conscience)  elle présente les principales familles concernées, leurs enfants maintenant morts (ou non), leurs différents problèmes sociaux et personnels. Ainsi que sa vie à elle, son mari Abbott, paralytique, et parlant par borborygmes qu'elle interprète comme s'il était une pythie...

Ensuite c'est Billy Ansel, le garagiste, veuf, et maintenant privé aussi de ses deux jumeaux.  Depuis l'accident, il a renoncé à sa liaison avec Risa et tous deux ne se parlent plus. Ce monologue est une longue méditation sur la culpabilité et le deuil.

L'avocat Stephens s'exprime  à son tour : il a voulu s'occuper de l'affaire pour  accuser de négligence   la municipalité, les services sociaux et la compagnie de bus, et tenter de faire verser des indemnités aux familles. Il visite les sinistrés et nous en donne une idée différente de celle des deux précédents narrateurs.

L'avocat  a aussi des ennuis familiaux, sa fille Zoé qui se drogue et se détruit à petit feu, raison pour laquelle il se sent en phase avec les victimes.

Nicole Burnell une rescapée de quatorze ans, se retrouve désormais en chaise roulante. Avant l'accident, elle songeait au suicide, son père  la forçait à des relations incestueuses. A présent, il n'osera plus la toucher, et elle pourra toujours s'enfermer dans  sa chambre. Etant donné qu'elle est interrogée par des avocats, elle lui fait peur et tire satisfaction (amère) de sa vengeance.

Elle trouve des avantages à sa nouvelle situation. Le titre «  The Sweet Thereafter » trouve ici une justification, tout aussi ironique que pour les autres narrateurs, mais plus concrète...

Là aussi le thème de la culpabilité est à l'œuvre et l'accident a mis fin à des relations sexuelles prohibées.

Le dernier monologue est à nouveau  Dolorès Driscoll, mais je n'ai pas eu envie de le lire. Je pense qu'il n'apporte rien de plus...

Un roman réaliste, en prise avec les problèmes sociaux. Des gens qui, à l'occasion  d'un coup dur, très dur, tentent  non seulement de survivre (parfois au prix de se considérer mort) mais de  tirer de cette nouvelle situation des vérités sur eux.

Le premier monologue m'a bien plu ; Dolorès à la fois naïve et réaliste, vive et  méticuleuse dans sa restitution des événements et des sensations,  augure bien du roman. Billy Ansel paraît étonnamment lucide, mis à distance de sa vie passée et capable d'en tirer ce qui en était déconcertant, ce qui suscite des questions. Au milieu du monologue d'Ansel, j'ai commencé pourtant à me lasser, et cet ennui relatif a perduré tout le long du rapport de Stephen Mitchell.

L'intérêt s'est relancé pour Nicole Burnell : le point de vue de l'adolescente  nous fait changer de monde.

Mais je n'ai pas lu le dernier monologue.

D'où vient cet ennui relatif ?


A chaque monologue, l'auteur épouse bien le point de vue du personnage, son entourage, ses expériences personnelles sont bien décrites de sa place.

Un autre travail est de changer  de  voix et de ton pour donner à chacun son accent particulier. L'auteur s'est efforcé de faire parler l'adolescente d'une façon plus directe et plus vive, avec  du mordant. Dolorès a aussi un certain brio, tandis qu'Ansel est porté sur l'introspection, et l'avocat considère les êtres de l'extérieur avec l'objectivité particulière de celui qui ne dépend pas de cette communauté.

Cela ne suffit pas toujours à garantir l'originalité du récit. Lorsque le même événement, la même description est répétée par un personnage différent,  il ne rend pas toujours un autre son, n'apporte pas toujours de nouvelles informations. Un certain piétinement, un ressassement sont à l'œuvre.


Dans l'ensemble, c'est tout de même un livre important.

L'avis d'Amanda

Partager cet article

Repost 0
Published by Dominique Poursin - dans Lectures romans, nouvelles
commenter cet article

commentaires

eeguab 03/05/2008 18:43

Un beau livre à mon avis,méditatif et profond,qui donna un bon film.De Russell Banks j'ai moins aimé Le livre de la Jamaïque.

Dominique Poursin 03/05/2008 19:14


C'est mon premier essai pour Banks.


Présentation

  • : Nuagesetvent
  • Nuagesetvent
  • : Comptes rendus de mes lectures avec des aspects critiques + quelques films de fiction Récits de journées et d'expériences particulières Récits de fiction : nouvelles ; roman à épisodes ; parodies. mail de l'auteur : dominique-jeanne@neuf.fr
  • Contact

Rechercher