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15 mai 2008 4 15 /05 /mai /2008 23:24

Gallimard (l'Imaginaire) traduction Roger Caillois et René Durand, 1977

1) L'Immortel

Cette nouvelle est précédée d'un aphorisme de francis bacon «  Salomon said there is no new thing upon earth »

d'un extrait de Platon «  All knowlodge was but remembrance »
"J'ai été Homère, bientôt je serais Personne, comme Ulysse ; bientôt je serais tout le monde, je serais mort ».

 

 


Ainsi se termine le  fascicule indiqué comme étant la narration de Joseph Cartophile, que la princesse de Lucinges trouve à Londres dans un volume de  l'Iliade traduction de Pope, qui lui a été donné par le libraire, ce même Joseph qui a dissimulé son histoire dans l'Iliade.

 Le récit c'est sa lecture de ces feuillets :

A l' origine, écrit  Cartaphile, à la première personne du singulier,  il s'appelle Marcus, et il  est soldat de l'empereur Dioclétien.  Il a participé à des  conflits armés en Egypte notamment,  mais la guerre en tant que soldat romain ne lui  a pas permis  d'être un héros. Dans les jardins de Thèbes, un cavalier vient lui révéler l'existence d'un fleuve donnant l'immortalité et d'une cité «  des Immortels ».

Il part avec ses hommes (dont il se débarrasse en route) vers la cité en question,  se lance dans cette  aventure qu'il espère enfin héroïque.

Les philosophes romains disaient «  allonger la vie, c'est allonger l'agonie »  Cette pensée le fait hésiter.  Pourtant la vie avec la mort au bout est elle-même une agonie. Atteint dès le départ par le processus de vieillissement, le corps est  tout entier tendu vers la mort.

 Toutefois, il s'introduit dans le labyrinthe, une pièce donnant sur une autre toute semblable.... Tout en faisant des rêves prémonitoires, il atteint la cité en question.

Il rencontre les Troglodytes (ici cela a le sens de « barbare ») qui sont immortels  ils sont devenus muets et illettrés ; l'oubli a fondu sur eux.

Comme les Lotophages dans l'Odyssée.

Cette cité, raconte l'ex-soldat, n'est pas comme le labyrinthe conçu pour y parvenir et qui  plonge l'homme dans la confusion.

 La cité est seulement absurde, sans invention dans son architecture, un complet « non-sens »

Elle est insupportable et elle rend fou. Pas de description possible. Elle résiste à toute synthèse.

«  Etre immortels est insignifiant ; à part l'homme, il n'est rien qui ne le soit, puisque tout ignore la mort. Le divin, l'incompréhensible, c'est le savoir immortel ».

La roue des indiens : chaque vie est la conséquence d'une vie intérieure et détermine la suivante. Aucune ne détermine l'ensemble.

Les Immortels voulurent vivre (après la cité) dans la pensée et la pure spéculation ;  la vanité de toute entreprise leur est apparue.


Le héros boit à un ruisseau devant la cité  pour ne pas mourir de soif.

Devenu lui-même immortel, il  espère  « un autre fleuve » dont les eaux effacent l'immortalité. Car le mode de vie des Immortels c'est d'être invulnérable à la pitié, le destin personnel ne les intéresse plus. Corps dociles, animal domestique. Plaisir de la pensée. Parfois restitution du monde physique, grâce à une excitation particulière produite par ce phénomène naturel qu'est la pluie.


Mais l'aventure en est absente : ce qui fait l'intérêt de la vie, cette urgence qui donne du poids à ce que l'on fait, même les menues activités, c'est la pensée que l'on va mourir...
Si cette pensée vient à manquer, l'on sombre dans un cauchemar  qui n' ren de commun avec ceux des vivants.

Comme disait Franz Kafka " l'éternité c'est bien long, surtout vers la fin". Le héros du conte n'en peut plus...


En 1921, il se trouve à boire dans un ruisseau d'eau claire. Un arbuste le déchire et il sent la douleur et voit son sang : il est redevenu mortel tels qu'autrefois, ayant bu dans un fleuve qui entourait Thèbes. Il retrouve son état antérieur en buvant à une source un peu semblable à celle qui le fit muter.


Le héros évoque ensuite ses vies diverses dont il se souvient pour chaque d'un fait saillant : traducteur, joueur d'échec, astrologue lecteur d'Homère, assistant de Giambattista Vico qui conçut l'histoire «  circulaire » en opposition  à linéaire.

Commentaires sur ses vies : « mots déplacés et mutilés, mots empruntés à d'autres, telle fut la pauvre aumône que lui laissèrent les hommes et les siècles".

Lorsque s'approche la fin, il ne reste plus que des mots. «  Il n'est pas étrange que le temps ait confondu ceux qui  furent symboles du sort de l'homme qui m'accompagna tant de siècles. »

J.Cartaphile dit qu'il  lui semble parler un peu toutes les langues. Il est libraire en 1929.

 Meurt peu après.


Ce héros ressemble à Borges lui-même, pour qui l'héroïsme est un thème central. Il  veut, comme chez Hegel, mettre sa vie en jeu, et non travailler comme l'esclave.

L'autre thème est l'éternel retour (histoire circulaire, répétition des mêmes schémas toutefois dans des existences diverses).


Un conte philosophique  auquel on peut encore réfléchir.


 






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commentaires

Sourifleur 19/07/2009 16:21

J'aime bien la construction particulière et fort intelligente de Borgès, mais je le trouve un peu sec. Je préfère les récits de Casarès, son ami.

Arturo 03/08/2008 17:58

Pour ceux a qui ça interresse :Art numérique et contemporain autour de l'oeuvre de l'écrivain Argentin Jorge Luis Borgeshttp://arturo.over-blog.com

Dominique Poursin 05/08/2008 15:18


Oui, ça m'intéresse, j'irai sur votre blog. Je n'ai pas fini de chroniquer " L'Aleph" je n'en suis encore qu'au deuxième conte. Pour moi, c'est plus difficile que Cortazar...


Georges F. 26/05/2008 11:02

Enfin un blog où l'on parle de Borges ! Et où l'on en parle bien ! Je suis de bonne humeur pour toute la semaine !

Dominique Poursin 26/05/2008 17:36


Merci de votre  intérêt.
Je n'ai encore parlé que de la première nouvelle...


leunamme 24/05/2008 17:26

Cela fait des années que j'ai envie de lire Borges. Vous m'avez donc décidé, je commencerai probablement par celui-là.

Dominique Poursin 25/05/2008 14:41


Ce n'est pas le plus  abordable ; d'ailleurs je n'ai parlé que de la première nouvelle.
Je crois que ce serait mieux de commencer par Le Livre des sables.


Jerome 16/05/2008 19:44

je ne l'ai pas lu, en revanche j'ai lu son manuel de zoologie fantastique

Dominique Poursin 16/05/2008 22:00


Je l'emprunterai à l'occasion.


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