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27 avril 2006 4 27 /04 /avril /2006 23:58

"Je ne veux pas- cesse de me chatouiller- œuvrer pour une quelconque révolution. Bellum est Le premier mot de latin que j'ai appris ; ce n'est pas beau."

Le second, Noli,  on devait comprendre, supposait-elle que la beauté y avait sa part. 

Nelly  tenait ouvert un livre grand format, tout en se livrant à des attouchements polissons. Ils étaient revenus chez Guillaume et s’y trouvaient à l’aise. Contre le mur qui avait supporté des sentences rimbaldiennes se trouvaient à présent punaisé le jeté de lit aux teintes vives.

 "Les peuples ne progressent pas sans guerre. Ils ont à se frotter l'un contre l'autre. Pas d'art sans cela.

- J'ai froid.

Guillaume s'enfouit sous le couvre-lit et progressa, sans être oppressé, jusqu'à se mettre en conjonction avec la partie inférieure du buste de sa compagne. Nelly posa le livre sur la petite table de chevet où il écrasa sous son poids un paquet de pommes chips dont ils s'étaient précédemment restaurés.  Elle ébouriffa une toison de poils folâtres à reflets roux, se fit câline et flatteuse : " Toi qui ne dit rien, toi qui ne mens pas, toi qui n'a pas de passé".

- Que dis-tu? Mais si, elle a un lourd passé!

-Ca n'a pas de cervelle, voyons! Est-ce qu'elle a un nom?

-Elle est orpheline.

- Dis-moi son nom. A moi seulement.

- Attention, mon livre est plein de miettes de chips qui vont poisser les pages".

Le paquet fit un vol plané à travers la pièce pour achever sa chute près du bureau  de Guillaume, Nelly reprit  l'ouvrage : tous deux s'employèrent à balayer les minuscules morceaux  dorés,  chacun gardant une main libre pour émouvoir le corps de l'autre. Guillaume s'imprégnait de l'odeur de son amie largement masquée par"Opium" ou "Spiritual Spy » . Elle achetait les flacons dans une boutique indienne en même temps que les sacs en laine rêche tressée qu’elle portait en bandoulière  et dont la durée de vie n’excédaient pas trois mois 

 Relevant la tête, elle éclata soudain de rire  et désigna la page qu'elle venait d'astiquer : " Ceci n'est pas une pipe". Veux-tu savoir ce que c'est? Puisque le maître ne le dit pas".

Sa gaieté ne rencontra aucun écho. Guillaume tourna vers elle un regard agacé, ses lèvres se resserrèrent  en une moue indulgente.

«  Cette blague a trop servi. Et l’image n’est pas innocente. Je ne veux pas que l’on me dicte mon comportement sexuel. »

Nelly referme le volume qu’elle pose à terre, se sent prise en flagrant délit de naïveté devant le gamin de seize ans, qui n’a pas fini de grandir si ça se trouve…ses deux longues jambes blanches et poilées, son membre à demi tendu, l’épaule étroite et le bras qui la touche les petits muscles allongés, durs contre sa peau, et cette intransigeance, il veut que ses désirs lui soient propres, que ce grand pipeur de Magritte n’y soit pour rien. Elle pose un pied sur le sol.

«  Où va-tu ? «

  Inquiet, le jeune homme la saisit par les épaules, arrête son mouvement de recul,  Je ne voulais pas  te blesser.

Un peu plus tard, Guillaume se prépara à sombrer délicieusement dans le sommeil, dont l’insomnie  le privait souvent. Il s'emmêla avec elle et ferma les yeux.

" Ne t'endors pas, Guillaume, tu ne m'as pas dit son nom"

-Cosette.

-Tu veux dire : la petite Cosette? La voilà toute petite, à présent.

- Elle a été malmenée, expliqua Guillaume, étouffant un bâillement. Elle a dû coucher sous un méchant escalier à raidir de froid, ou à suffoquer dans de mauvais draps. On lui a souvent préféré de méchantes filles. Elle s'est rendue au puits, la nuit, seule, morte de peur. Mais elle a eu raison de persévérer".

Nelly moucha Cosette aux larmes épaisses.

 Guillaume partait le lendemain pour les Alpes en colonie de vacances. Ils avaient échangé leurs adresses. Dans sa somnolence, Guillaume l'entendait murmurer des mots qu'il ne comprenait pas. Elle éleva un peu  la voix  pour lui demander s'il l'aimait.

Zut !

Il s'endormit tout à fait.

 Ses yeux s’ouvrirent pour apercevoir les ombres obliques qui assombrissaient la chambre. L'après-midi touchait à sa fin. Il était seul. Ses vêtements reposaient  sur le dossier de la chaise en face du bureau, jetés à la va-vite. Ne subsistait de la présence de Nelly, que le parfum lourd de son eau de toilette.  Une feuille de papier quadrillée pliée en deux était plantée au sol à l'aide d'une punaise. Il n'était "qu'un crétin, un sale petit bourgeois, avec sa gentille petite gueule d’hypocrite",  elle avait "perdu son temps avec lui, on ne l'y reprendrait pas".




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