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13 août 2008 3 13 /08 /août /2008 15:11

De retour à l'appartement, aux premières heures du jour, ils mangèrent une partie du goûter abondant que, somme toute prévoyant, il avait laissé à peine entamé.

Ils montèrent explorer la deuxième chambre, celle que Guillaume n'avait pas occupée tout à l'heure, et qui comprenait deux lits à une place. Sur une table de chevet, elle reconnut la lampe de Guillaume, celle de son petit logement parisien, dont un griffon  supportait l'ampoule. Elle coucha l'enfant dans le lit correspondant.

Là où Guillaume s'était allongé,  dans l'autre chambre, la couche était spacieuse.

 Elle fouilla tous les tiroirs à la recherche d'une image, d'un écrit, d'un objet appartenant  à la presque mythique thaïlandaise, dont elle doutait qu'elle eût quitté la vie de Guillaume. Cependant, elle ne trouva rien qui attestât de la présence de la fille, rien d'oublié, à croire que Guillaume avait prévu qu'elle chercherait. Dans un tiroir de chevet plusieurs flacon des pilules Ontalgic que prenait Guillaume et une autre variété qu'on devait servir ici seulement. Au-dessus, sur la table, l'aérosol, qui s'était révélé curieusement inefficace, lui-aussi.

 Parmi ses plus anciens souvenirs, elle déambulait dans des maisons comme celle-là, grandes maisons bourgeoises : pas la sienne. Sa mère qui faisait toujours des ménages, l'emmenait avec elle, ne pouvant ou plutôt ne voulant pas la laisser à la Maternelle. Un grande chambre comme celle-là, vide bien sûr, les patrons devaient être absents: elle manipulait  des objets extraordinaires, de petits bibelots, un thermomètre qu'elle avait cassé, le brillant filet argenté comme un un serpent. Et des comprimés bleus et ronds qu'elle avait goûtés : en raison de leur âcreté, elle les avait abandonnés sous un lit.

Le sentiment d'être en effraction, de fouiller la maison d'autrui l'irritait. Même Guillaume ne s'était peut être jamais senti   chez lui  dans une maison prêtée par la famille... fumait-il ici ? Une faible  odeur de tabac flottait alentours, les cendriers étaient vides. Hier il n'avait allumé aucune cigarette.

Elle redescendit au premier, nerveuse, lasse incapable de se coucher. A chacune des extrémités de la cheminée se trouvaient deux lampes, l'une avait pour pied une sorte d'hexagone massif en métal argenté, bosselé, doucement luisant surmonté d'un abat-jour transparent, l'autre  était aussi haute mais plus mince avec un pied triangulaire du même métal uni.

 N'importe qui aurait cherché à obtenir un effet de symétrie en posant deux objets de même volume, ou d'allure correspondante, voire se serait contenté de flanquer grossièrement les deux bords de cheminée de deux fois la même lampe. N'importe qui mais pas Guillaume.

 A son arrivée, elles rayonnaient déjà  à cause du temps maussade, mais elle n'y avait prêté aucune attention.


Un petit tableau, accroché au mur, qu'elle avait déjà remarqué sans s'y attarder. Une sorte d'escalier bordé de fleurs jaunes sur la rampe, le long d'un mur gris... mais non, ce n'était pas du tout cela : ni escalier ni mur, la toile était abstraite : elle n'aimait pas qu'il fît ce genre de chose maintenant : l'abstrait, c'était pour elle de la décoration, il n'y avait rien à comprendre, rien à interpréter, elle ne savait quoi faire en présence de ce type de réalisation. Rien à penser, pas plus que si elle voyait du papier peint, se disait-elle parfois avec une sorte d'agacement: Bien sûr elle taisait son incompétence, ne voulant point passer pour sotte. Elle avait lu des ouvrages sur la question, et répétait en cas de besoin, suivant les interlocuteurs, que la peinture avait gagné son autonomie  d'abandonner  l'illusion des  trois dimensions et de n'avoir plus besoin de représenter des objets «  dont on possède déjà les originaux », elle avait appris par cœur ce qu'il convenait de dire,  mais le cœur n'y était pas ; et l'intellect n'était pas satisfait non plus. Rien que de la décoration ? 

Non ce n‘était pas décoratif cela, des éléments noirs, neuf carrés inégalement répartis de bleu qui formaient le centre et dont le dessin se prolongeait à droite et à gauche en bandes blanches délavées: un chemin peut-être, pas un escalier, entouré d'ocre jaune et de terre de sienne et, mordant sur le motif central, une petite flamme jaune vive. Les deux bandes grises très empâtées en haut et en bas condamnaient les tons chauds.

Au premier coup d'œil, on pouvait aussi bien ne voir  que de lumineux points jaunes dans un mur gris.

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Published by Dominique Poursin - dans Guillaume W, récit à épisodes
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