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1 septembre 2008 1 01 /09 /septembre /2008 23:33

 Folio, 2008.440 pages.Titre et parution d'origine" Never Let Me Go", 2005.

 


C'est l'article de Rose qui m'a donné envie de lire ce roman et je ne le regrette pas!

A l'âge de trente ans, Kath, qui est à un tournant crucial de son existence, réfléchit sur son jeune passé. Elle a été élevée au pensionnat de Hailsham, jusqu'à 18 ans environ, qu'elle a quitté pour devenir « accompagnante »auprès de « donneurs »,  fonctions qui nous semblent énigmatiques au premier abord,   mais ne tarderont pas à s'éclairer, même si la narratrice s'adresse à des lecteurs  qui ont vécu à peu près comme elle, et connaîtront le même destin :

«  Je ne sais pas quelle était la règle là où vous étiez, mais à Hailsham nous étions tenus de passer un genre de visite médicale presque toutes les semaines... sous l'égide de la sévère infirmière Trisha, ou tête de Corbeau, comme on l'appelait... »

 

Hailsham paraît être un de ces internats anglais où sont éduqués des enfants de la bonne bourgeoisie, d'autant que Kath insiste sur le fait qu'elle et ses acolytes ont été des privilégiés. Sports, études, promenades, encouragement à la créativité, organisation de journées d'Echanges où les enfants exposent et vendent aux autres leurs travaux personnels et sont payés en « jetons ».

Les élèves vivaient en huis-clos, protégés et instruits par des «  gardiens » (cela vous a un air platonicien)   communiquant avec le monde  grâce à un camion venu de l'extérieur, qui leur permet d'acquérir des objets personnels.

On murmure parmi les élèves que les plus beaux objets sont choisis par une certaine «  Madame » qui vient en choisir de temps à autre pour sa «  Galerie ».

Mais Tommy, le meilleur ami de Kath ne joue pas le jeu. Il ne créé rien, et pique des colères folles. Il ne sait pas pourquoi.

Mus par la curiosité, Kath et Ruth, son amie intime vont chercher à rencontrer cette Madame.

Cette expérience les  consterne :

Elle ne cria pas et ne laissa même pas échapper un souffle. Mais nous étions tous concentrés pour capter sa réaction, ce qui explique sans doute l'effet qu'elle produisit sur nous. Lorsqu'elle se pétrifia sur place, je jetai un bref coup d'œil à son visage

aujourd'hui encore je vois son expression, le frisson qu'elle semblait réprimer, la réelle terreur d'être frôlée accidentellement par l'une d'entre nous »

 

Kath et ses amis savent qu'ils sont différents des gardiens et des gens du dehors, on leur a dit en quoi, mais ils n'en ont pas pris la mesure.

 

Rien ne sera plus comme avant :

«  la première fois que vous vous apercevez à travers les yeux d'une personne comme celle-là, c'est un instant terrifiant. C'est comme vous entrevoir dans un miroir devant lequel vous passez chaque jour de votre vie, et soudain il vous renvoie autre chose, une image troublante et étrange »

La narratrice et ses amis  vont  progresser en interprétant de petits détails de leur vie. Elle nous laisse découvrir l'absurdité, puis l'indigence réelle de leur situation, comme  eux-mêmes ont pris conscience...

 

 

Le roman est passionnant de bout en bout. Et cependant, il me déçoit : j'attendais de Kathe et ses amis une rébellion, une révolte, même désespérée, un suicide peut-être,  pour témoigner de leur noblesse d'êtres humains, comme on peut en constater dans des livres tels que «  le Meilleur des mondes » ou «  1984 », romans auxquels, en dépit de différences de style et de structure, ce livre s'apparente.

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Dominique Poursin - dans Lectures romans, nouvelles
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commentaires

La librivore 12/05/2010 21:45



Il ne faut pas oublier que ce sont des clones. J'ai écouté une interview en anglais où il dit que ce qu'il veut montrer, c'est tout ce qu'on admet, supporte parce qu'on pose qu'on doit le faire,
où que c'est notre rôle ou notre place dans la société; C'est un thème récurrent dans beaucoup de ses romans et notamment dans les vestiges du jour. 'J'ai mis cette interview sur mon blog, pour
le livre nocturnes, qui est un recueil de nouvelles et qui est passionnant.



Dominique Poursin 13/05/2010 10:36



Oui,c'est exact, il y a une ressemblance entre les clones et le majordome. Ils sont l'un et l'autre entièrement déterminés par des tâches  imposées dès le départ, tâches qui font d'eux de
simples instruments ; et les uns et les autres luttent pour garder leur humanité.


Cette interview doit être bien intéressante, merci!


 



Lilly 16/05/2009 14:14

Dans 1984, les deux personnages ne s'enfuient pas, ils sont attrapés et convertis. Et on ne sait même pas si les deux étaient vraiment des rebelles...

Dominique Poursin 16/05/2009 22:22


Ah? je devrais me faire un programme de relecture!  En fait j'ai oublié pas mal de choses...


Lilly 16/05/2009 11:19

Je trouve que cette résignation est ce qui fait la force du livre. Le lecteur est bouleversé à cause d'elle. De plus, j'ai lu "Auprès de moi toujours" après "Les vestiges du jour", alors je savais que l'auteur ne créait pas forcément des personnages rebelles.Pour "1984", je l'ai lu en début d'année, et je trouve que la rébellion ne va pas bien loin, je le trouve même encore plus glaçant. 

Dominique Poursin 16/05/2009 11:49


Non, ce n'est pas son genre, le personnage rebelle! mais réfléchi, investigatif, oui! c'est ma subjectivité qui veut toujours de la rébellion...
Dans 1984, deux personnage s'enfuient, mais sans aucune illusion. Pour le principe, il me semble. Mais je n'ai pas lu ce roman depuis très lontgemps! Mes souvenirs peuvent être faussés.


rose 02/09/2008 20:54

C'est vrai, ce sont des êtres éphémères, et ils n'ont de liens qu'avec ceux qui disparaissent comme eux...Sinon, attention, je t'envoie officiellement le tag du "jamais sans" !

Dominique Poursin 02/09/2008 20:59


Ah je vais réfléchir à ce tag d'ici demain ou après demain...


rose 02/09/2008 13:00

Je suis contente que le roman t'ait plu ; c'est vrai que les gardiens évoquent la cité idéale de Platon (elle-même bien autoritaire), d'autant que les élèves sont maintenus dans une sorte de caverne, à l'écart de la réalité... et la question de la rébellion est centrale. L'attitude finale de Tommy est une sorte de suicide, mais résigné. Leur éducation n'est-elle pas en partie responsable de cette résignation ? difficile de comprendre, d'expliquer...

Dominique Poursin 02/09/2008 17:51


Oui, leur éducation les détermine de telle manière qu'ils ne se considèrent pas comme des humains à part entière.
Et ce qui est important : ils n'ont pas de descendance, pas d'ancêtres non plus... donc ce peut être logique qu'ils ne se révoltent pas...


keisha 02/09/2008 07:21

J'avais bien aimé Les vestiges du jour" (et quel film aussi !) et un peu moins "Quand nous étions enfants", alors celui là ne me disait trop rien.

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