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18 octobre 2008 6 18 /10 /octobre /2008 23:47

A 16h30, Noé et Caroline reprennent le chemin de la maison.

 A l'école, ils ne se disent pas grand-chose et ne se recherchent pas. Quand un rapprochement impromptu fait se croiser leurs regards, ils s'adressent de petits sourires gênés et parfois, on jurerait qu'ils ne se connaissent pas. On les dit très timides.

Passée la lourde porte cochère dans l'entrée, ils se dirigent vers la cage d'escalier, tournant le dos à celle de l'ascenseur.

Pourtant cet appareil n'est  pas toujours en panne. La pancarte indiquant son dysfonctionnement n'apparait qu'une fois par mois tout au plus et on l'enlève moins d'une semaine plus tard.

Zola avale les quatre étages au pas de course.

Il arrive qu'un voisin ou la concierge fasse à l'enfant un commentaire surpris. N'habites-tu pas au quatrième? Pourquoi montes-tu à pieds ?


  Ce jour-là, il n'y a nul panneau et l'on risque d'entendre  le bruit lancinant, le grincement fatigué et lugubre de l'appareil en marche.

Combien de fois Noé n'a-t-il pas rêvé, pendant son sommeil, que les gros câbles qui le retiennent sont sectionnés, ou ont cédé. Il tombe. Au septième, là où se termine la course de l'engin, il a vu, lors d'une échappée, les trous dans le plafond de la cage, et les gros tuyaux noirs qui en sortent.

 Pour Noé l'ascenseur est comme le seau que la poulie fait monter et descendre du puits. Cependant, en tant que citadin, il ne tombe pas dans un puits, mais dans la cage d'escalier prisonnier de cette cabane. Penser que l'ascenseur cette grande cage en bois, solide, puisse n'être retenue que par de simples fils, même épais, se laisser monter et descendre en glissant dessus, et ne pas tomber! Ce n'est pas très sérieux.


Maman, elle, ne craint pas d'utiliser l'ascenseur, mais n'aime pas entendre, même de l'appartement, ce bruit languissant et monotone comme un gémissement grondeur qui vient du fond des âges. Dès qu'elle entend le bruit, elle s'énerve. Il va s'arrêter à Notre Etage, ça y est !.

" Non » corrige-t-elle au bout d'un moment, on dirait qu'il repart." Elle déverrouille la porte palière examine le décor. On aperçoit  le tapis, la volée de marches qui descend, celle qui monte. L'ascenseur  évolue pesamment avec des craquements et continue vers le plafond du sixième ciel.

Maman se retire, bousculant Noé juste derrière elle: "Qu'est-ce que tu viens faire dans mes pattes? » 

 L'ascenseur  redescendra-t-il ?

Elle roule des épaules penche  son corps lourd et sombre, tel un fruit avancé vers L'œilleton encastré dans la porte auquel elle ajuste sa vigilante prunelle. Le judas compte parmi les objets essentiels de la maison. Elle y observe un monde connu d'elle seule, qui, très vite, la met en transe.

"Tiens.

-Tiens, mais...

-Tiens, mais c'est bizarre, tout de même"

Noé reste dans les parages, probablement fasciné lui aussi.

" C'est effarant, impensable, c'est... drôle. Je veux en avoir le cœur net". Bondissant, comme pour surprendre l'étrange spectacle, elle ouvre d'un coup sec.  Porte et bouche béant  à l'unisson.

 Cependant  la scène reste  déserte. Les marches qui invitent à monter au cinquième, ne font rien d'autre que d'appeler des pieds absents. Les fantômes convoqués demeurent hors de portée. Tout juste si l'on sent le passage discret d'un courant d'air frais.

" C'est extrêmement curieux" dit-elle.

      Noé a cru longtemps qu'elle attendait un visiteur indésirable qui viendrait les arrêter, réclamer un bien qu'elle ne voulait pas céder, s'en prendre à la vie des locataires, les mettre à la rue ?  

Il arrive que l'ascenseur s'arrête réellement au quatrième. Elle  se tient sur le seuil avec crainte et curiosité, sentiments partagés par Noé. Le voisin ou la voisine, parfois les deux, la voisine avec un grand fichu beige à fleurs rouges, un peu de couleur dans un ensemble clair mais neutre, deux manteaux marrons, des lunettes pour l'homme. Ils font à Maman des signes de têtes polis mais un peu sévères, intrigués. Ils nous en veulent de les surveiller : Noé recule aussitôt derrière Maman. Parfois, on échange des bonjours un peu empruntés. Maman ne peut s'empêcher de les regarder d'un air soupçonneux. Son attitude, suggère qu'ils ne sont pas les vrais locataires de l'appartement d'en face. Ils ont peut-être des intentions déjouées  par l'apparition brusque de Maman sur le pas de la porte.


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