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6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 19:41

Yoko Ogawa La Marche de Mina.

Actes-sud, 2008, 317 pages.

 

Publié une dizaine d'années après les nouvelles que j'ai déjà eu l'occasion d'apprécier (Les Abeilles, La Piscine...),  ce roman de Yoko Ogawa est d'esprit très différent. C'est un récit d'éducation de facture plus traditionnelle, sans éléments relevant du fantastique, et dépourvu aussi de la violence de sentiments qui animait un récit tels que « la Piscine » dans lequel la jalousie et la cruauté jouaient un grand rôle.

 

Tomoko se souvient d'une année de sa vie entre douze et treize ans qu'elle a passée dans la famille de sa tante à 100 kms de chez elle, suite au veuvage précoce de sa mère.

 

Elle ne connaît de cette famille que le landau qu'ils ont offert  à sa mère douze ans auparavant lequel était somptueux. Leur demeure, une vaste résidence occidentale,  l'est également. L'oncle de Tomoko dirige une usine qui fabrique une boisson sucrée le Fressy qui se vend très bien, et passe, dans la famille, pour un  complément alimentaire à vertus médicinales.

Tomoko est sous le charme de son oncle, très bel homme, d'origine allemande, qui a des secrets, car il s'éclipse souvent pendant de longues périodes. De la grand-mère Rosa qui évoque son Allemagne natale, de Mme Yoneda la cuisinière. De sa tante, qui occupe ses journées à boire du whisky, fumer, et prélever dans les documents qu'elle lit, des «  coquilles » pour les envoyer aux différents éditeurs ou directeurs des publications.

Les «  coquilles » sont rares explique-t-elle à Tomoko, lorsque l'on a la chance d'en trouver une, c'est comme une pierre précieuse...

 

 

Mais c'est sa cousine Mina, qui la subjugue le plus. A peine plus jeune que Tomoko, Mina lit de la littérature d'adulte. De santé fragile, on la laisse organiser sa vie selon ses caprices : elle est très attachée à Pochiko, un hippopotame nain, dernier vestige du jardin zoologique que fut le jardin de la propriété. Mina se rend à l'école à dos de Pochiko, conduite par le jardinier de la famille. Elle collectionne des boîtes d'allumettes et écrit dedans d'une écriture minuscule ce que les illustrations de la boîte lui inspirent. Ces récits sont empreints d'une réelle poésie, tel que celui des hippocampes assis sur un croissant de lune qui cherchent à sauter sur une étoile, ou les anges qui recousent leurs ailes déchirées, quand ce n'est pas la petite fille qui emprisonne des étoiles dans une bouteille...

Les deux fillettes passent aussi de longs moments dans la «  salle de bain de lumière »

«  il s'agissait d'une petite pièce sans fenêtre au sol carrelé, qui se trouvait dans le coin est du premier étage, décorée du sol au plafond de motifs géométriques musulmans. A u centre de la pièce, deux couchettes recouvertes d'un drap, dans un coin, une lanterne, et au plafond pendaient deux coupoles de forme très étrange comme des bassines en cuivre à l'envers. Rouge foncé,  bleu marine, vert profond, toutes sortes de fils entourés d'un tissu ignifuge pendaient du plafond, retenant  les coupoles. Tout autour en bordure, comme des pétales, huit ampoules étaient fixées, qui, lorsqu'on les allumait, se mettaient à tourner lentement sur elles-mêmes en diffusant une jolie lumière orangée.

Prendre un bain des ces rayons lumineux était considéré comme bon pour la santé. »

Il s'agit sans doute d'une sorte de rayons ultra-violets, peut-être  préconisés contre l'asthme dont souffre Mina. Les deux fillettes sont heureuses dans cette pièce, qui n'a pas de peine à leur apparaître comme magique, et  y passent le meilleur de leur temps, allant jusqu'à y prendre leur goûter.

 

La famille ne sort guère, cependant les fillettes découvrent le monde grâce à la télévision, encore suffisamment sérieuse à cette époque...

 

Récit d'une amitié d'enfance, qui ne se démentit pas à l'âge adulte, la Marche de Mina, est un roman plaisant, émouvant, plein d'imagination.

On s'attache à Pochiko nous aussi, et j'ai même trouvé  une vidéo, car je tenais à voir un hippopotame en action...

 

les débuts dans la vie d'un hippopotame nain.

 

Pour finir lisez l'excellent article de Chiffonnette.

 

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commentaires

Schlabaya 09/02/2009 14:56

C'est tentant comme lecture. J'aime bien Yoko Ogawa, elle a le don pour dépeindre des univers intrigants, très différents les uns des autres.

Dominique Poursin 09/02/2009 18:57


Vraiment, je l'aime beaucoup et j'en lirai un autre sous peu!


bookomaton 07/02/2009 14:06

Lu et apprécié :-) Lumineux et beau.Petite question, par curiosité, le roman mexicain dont vous parlez chez Ys, ne serait-ce pas "Pedro Paramo" ?Bonne journée !

Dominique Poursin 07/02/2009 16:21


Oui c'est bien cela! j'ai vu sur la "Blogoboule" qu'il était connu de plusieurs blogueurs...


keisha 07/02/2009 11:58

Cet auteur suscite beaucoup d'intérêt chez les blogueurs ! J'ai choisi "la formule préférée du professeur" pour un challenge;

Dominique Poursin 07/02/2009 16:20


Bonne lecture alors!


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