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13 février 2009 5 13 /02 /février /2009 11:52

Eric Rohmer La Femme de l’aviateur (1981)

 

 

Premier de la série «  Comédie et proverbes » le film n’est pas souvent cité comme un des chef d’œuvre de Rohmer ? C’est justement cette étiquette de « petit film » qui me fait l’aborder.

 

 

Le proverbe en exergue « on ne saurait penser à rien » fait signe à Musset qui a aussi écrit( pour le théâtre des comédies et proverbes : » on ne saurait… jurer de rien… penser à tout… mais je ne les ai pas lues)

 

François (Philippe Marlaud ) travaille de nuit au centre de tri de la Poste du dixième arrondissement. Tôt après son travail il se rend près de la place Péreire, chez Anne (Marie Rivière) avec pour prétexte de lui envoyer un plombier pour la dépanner. C’est un garçon d’à peu près vingt ans, blond négligé, lourd, au physique quelque peu ingrat.

Anne est sans doute son amie mais il n’ose pas frapper, n’a pas les clefs, veut laisser un mot son stylo ne fonctionne pas. Il redescend acheter un Bic, prend un café, s’endort…

Un peu plus tard, Christian (Matthieu Carrière) grand, mince, élégant, la trentaine, arrive chez Anne, même endroit, prépare aussi un papier où il écrit quelque chose. Mais Anne s’est réveillée et lui ouvre.

C’est un petit studio composé d’une chambre et d’une salle de bain. Il annonce que son épouse est enceinte, et qu’ils auront désormais plus de difficultés à se voir. Anne est en sous-vêtement, contrariée, hésitant à pleurer. Ils sont plongés dans une semi-pénombre gris bleu et parlent bas comme si on pouvait les entendre. Gestes tendres, vite avortés, rapides, nerveux…

 

François est posté dans la rue. Il observe Anne et Christian qui s’éloignent d’un pas rapide.

A midi, il va retrouver Anne dans la brasserie où elle mange avec une collègue de bureau, lui fait une scène à propos de Christian qu’elle disait ne plus fréquenter. La jeune femme riposte vivement, revendique son indépendance.

 

François erre dans les rues, entre dans un café gare de l’Est, s’y endort, à nouveau…. Fondu au noir. Au réveil, il aperçoit non loin de lui son rival an compagnie d’une femme blonde. Véritable apparition ! Ses mimiques laissent à penser qu’il somnole encore.

 


C’est le début d’une longue filature, car il les suit machinalement «  sans penser à rien », qui, d’autobus en déambulation pédestre, de soleil en pluie va le mener jusqu’à une étude notariale en passant par le parc des Buttes Chaumont. Bientôt, il sera suivi , lui aussi, puis aidé dans sa tâche, par une jeune lycéenne Lucie, vive et enjouée. C’est elle qui lui apprend qu’il suit le couple, organise la filature, se fait expliquer les raisons de l’intérêt qu’il porte à Christian et à« la blonde », suggère qu’elle soit la femme de l’aviateur, interprète les faits et gestes du couple, cherche à les prendre en photo, et décide que, du fait qu’ils vont chez un notaire, c’est qu’ils divorcent. François est effondré. Le spectateur, lui, en sait davantage…

 

Le film s’achève où il a commencé, dans la chambre d’Anne, le soir. Cette fois, c’est François qui y est admis. Anne lui explique ce qu’elle croit savoir. Elle possède une photo de Christian entouré de deux femmes, dont l’une est cette « blonde »et l’autre la femme de Christian. Anne ne connais pas la blonde. Elle invente aussi une explication.

On se demande pourquoi elle conserve une photo de Christian en compagnie d’autres femmes qu’elle ? N’en a-t-elle pas de plus agréables ?

 

Anne termine la journée comme ce matin, au lit, s’enroulant dans des draps qu’elle rejette ensuite, puis les reprend pour les tapoter. Elle dit à François je suis une Belle au bois dormant frustrée.

 

On comprend qu’Anne a pris François pour amant pendant une longue absence de Christian ; lequel est rarement disponible. Avec Christian, elle entretient des rapports jeunes sœur grand-frère. A l’inverse, François est un jeune frère pour elle : elle le materne, s’occupe de ses études, de ses « amours ». Il lui a plu de s’occuper de l’amant petit frère en se croyant toujours aimée de l’autre, absent. Mais que ce dernier s’éloigne définitivement, rompt l’équilibre : tout d’un coup, elle n’a plus que l’amant petit frère, qu’elle reçoit dans son petit studio (elle voyait Christian à son hôtel). La voilà ramenée à l’exigüité de son logis, de sa vie, et aux insistances de François…

 

Le personnage de Christian, on ne le voit jamais très bien, précisément parce qu’il est ici l’objet des désirs des protagonistes. Aimé d’Anne d’autant plus qu’il s’éloigne, jalousé par François, objet d’étude et d’amusement pour la lycéenne, qui le trouve «  pas mal du tout »et se plaît à l’entendre parler allemand (elle étudie cette langue).A peine aperçu le matin dans la semi-pénombre de la chambre d’Anne, toujours vu de loin pendant la longue filature des deux jeunes gens. Le métier est, chez Rohmer, souvent symbolique plutôt que réalité sociale. Donc l’aviateur, c’est lui qui, malgré son peu de présence dans le film, est aux commandes, et fait déplacer tout le monde sans le savoir.

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Published by Dominique Poursin - dans Cinéma
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