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2 avril 2009 4 02 /04 /avril /2009 17:15


folio-bilingue.

J'ai acheté cet ouvrage au Salon du Livre, voulant par là jeter un coup d'œil sur le texte original, que je peux suivre, sans toutefois bien connaître l'espagnol. Mais Folio-bilingue n'a retenu que trois nouvelles ! Le recueil en contient dix-huit...

Je n'avais pas vu la mention «  choix » en dessous du titre.

J'avais aimé l'atmosphère fantomatiques et le concert de voix d'outre-tombe ( chœur, discutions, confidences...) de Pedro Paramo.

Ici, c'est plus ardu de s'impliquer dans ces courtes nouvelles.

 

Le Llano : c'est la terre qui a été distribuée aux paysans après la révolution mexicaine de 1920.  La plus grande confusion règne. Le gouvernement est en dessous de tout, et une rébellion fait se dresser les hommes les uns contre les autres.

C'est le contexte, mais le choix fait par l'éditeur de ces trois nouvelles ne nous met pas en contact avec la situation politique.

La première fait entendre la voix d'un homme en fuite, qui vient de tuer toute une famille La narration décrit sa fuite, la conjugue à sa voix.  En alternance, une autre voix celle de celui qui le poursuit pour venger les siens.

«  Il a fait du bon travail. Il ne les a même pas réveillés. Il a dû arriver vers une heure quand le sommeil est plus lourd ; quand les rêves commencent ; quand après le «  dors bien, on remet sa vie entre les mains de la nuit et quand la fatigue du corps ronge les cordes de la vigilance et les casse ».

«  Je n'aurais pas dû les tuer tous, a dit l'homme. Au moins, pas tous ». C'est ce qu'il a dit.

... Tout en bas, la rivière court, fait ballotter ses eaux sur les genévriers en fleur, berce en silence son courant épais ».

... j'aurais dû me contenter de celui que je devais tuer ; mais il faisait sombre et les formes se ressemblaient toutes. Après tout, pour plusieurs en même temps, comme ça, l'enterrement leur coûtera moins cher ».

Ce n'est pas du cynisme, ni même de l'humour noir. On sent bien que notre tueur est absolument sincère dans ces considérations pragmatiques.

Nous comprenons que le fuyard voulait venger un membre de sa famille, et que le poursuivant voudra à son tour venger ce meurtre, d'où l'impossibilité que cela cesse. En plus, le fuyard s'est trompé de personne et les a tués tous, excepté celui qu'il cherchait ( le poursuivant) !

 Puis la voix d'un témoin qui l'a plus ou moins hébergé et nourri, et dont le discours est je n'y suis pour rien...

 

La seconde nouvelle  Talpa est aussi un road-movie désespérant : Une jeune femme Natalia et son frère rentrent  de Talpa, où ils avaient emmené le mari de la jeune fille prier la vierge pour le guérir « depuis le jour où il s'est réveillé avec des cloques violettes un peu partout sur les bras et sur les jambes... les cloques sont devenues plaies, ce n'était plus du tout du sang qui en sortait mais un machin jaune une sorte de copal d'où suintait une eau épaisse. » Ce mal ressemble beaucoup aux ulcères dont souffrait Job et pour lesquels il maudissait le Seigneur. 

Mais il n'a pas guéri «  parce que Tanilo Santos, c'est Natalia et moi qui l'avons tué. Nous l'avons conduit à Talpa pour qu'il meure...nous savions qu'il ne pourrait pas faire un aussi long chemin ».

Les survivants sont écrasés de culpabilité. Evidemment la longue maladie de Tanilo l'éloignait des deux autres ; le frère et la belle-sœur se sont  rapprochés.

 

La dernière nouvelle met en scène Macario, un simple d'esprit qui vit avec sa tante, s'occupe surtout de se nourrir le corps, et évoque la façon dont la femme qui s'en occupe l'empêche de se jeter sur les gens pour les étrangler, les caresses que lui prodigue la servante Felipa. L'auteur de la préface et des notes trouve une grande ressemblance entre lui et Benjy du «  Bruit et la fureur ». Je pense que le rythme est très différent. Bien plus lent dans le Bruit et la fureur, plus effrayant aussi. Et le mental  de même car Benjy avait peur tout le temps ou presque, ayant subi de multiples agressions.  Ce narrateur-là ne se sent pas trop mal dans la vie...

 

Dans l'ensemble ces nouvelles témoignent de l'existence dans ce qu'elle a  d'élémentaire. Ceci fait alterner des notations très réalistes avec une vision presque mystique.

 

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Published by Dominique Poursin - dans Lectures romans, nouvelles
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commentaires

pagesapages 03/04/2009 12:48

Je ne connais pas cet auteur, mais ce que tu présentes me dit bien.Merci ! :-)

keisha 03/04/2009 08:03

Tu t'es trahie! Finalement tu as mis les pieds au salon du livre, et je te comprends, surtout que tu es parisienne(ou région)  je crois!

Dominique Poursin 05/04/2009 18:43


J'y suis allée, c'est vrai, et je n'en ai pas manqué beaucoup depuis 1983. mais je n'ai pas écrit de billet, n'ayant rien de spécial à dire sur le sujet. Je ne fais pas dédicacer mes livres. Je ne
trouve jamais l'auteur, ce n'est jamais le bon jour ni la bonne heure! Ou il y a trop de monde et je ne fais pas la queue pour qu'un auteur griffonne deux trois mots sur mon exemplaire. Je
n'appelle pas cela un échange.
J'ai bien pris quelques photos mais elles ne sont pas bonnes.
Bref, le Salon ce n'est plus ma sortie préférée. Cela reste une sortie...



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