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25 juin 2006 7 25 /06 /juin /2006 18:01

2879294568-01--SCLZZZZZZZ-V46490899-SS500-.jpgCynthia Ozick « Un Monde vacillant » L’Olivier.

 

 

(Titre original : « Heir To The Glimmering World », 2004.)

 

 

 

 

1 Nous sommes en 1935, à Albany dans le Bronx. Rose Meadows , 18 ans, vient de répondre à une petite annonce parue dans le journal. La famille Mitwisser cherche quelqu’un pour s’occuper de cinq enfants de 3 à 15ans et aider le professeur dans ses recherches. Dans un salon encombré de meubles, une femme nerveuse la reçoit, et lui communique des bribes de phrases majoritairement en allemand. Rose ne sait quoi faire, lorsque apparaît Anneliese la fille aînée adolescente autoritaire qui semble tout diriger dans la maison et l’embauche mais sans gages pour le moment. Rose aperçoit trois garçonnets remuants, une toute petite fille et ne réussit pas à voir le chef de famille. Rose déménage aussitôt. Elle n’a pas le choix.

Elle a toujours été dans une situation difficile, vivait avec son père, veuf, professeur de mathématique, mythomane et joueur, qui se faisait régulièrement renvoyer d’établissements scolaires toujours plus douteux, et ne s’occupait pas d’elle, jusqu’au jour où il l’a carrément chassée . Recueillie par son cousin Bertram, elle était inscrite par lui dans une école d’institutrice où les cours de pédagogie l’assommaient. A nouveau elle gêne, parce que la compagne de son cousin, communiste acharnée, veut l’entraîner dans une communauté où Rose n’aura pas sa place.

 

 

2 Elle entre au service des Mitwisser, qui eux non plus n’ont pas le choix, nul d’autre que Rose n’ayant répondu à l’annonce : le chef de famille professeur d’histoire des religions, sa femme, physicienne, et leur cinq enfants ont fui l’Allemagne nazie deux ans plus tôt. Rose ne sait pas à quoi elle est réellement employée ; elle voudrait être la secrétaire du professeur, mais Anneliese , quoique plus jeune qu’elle, lui donne l’ordre de s’occuper de sa toute petite sœur et de sa mère qui, choquée par l’exil forcé, ne quitte plus son lit. Les Mitwisser vivent dans une grande maison éloignée de la ville près des marais. Ils ne sortent guère et ne voient personne.

Rose n’a pas le choix et elle a également appris à ne pas avoir d’état d’âme. Son destin va se trouver lié à celui des Mitwisser et à leurs multiples problèmes (conjugaux, financiers, intellectuels, psychologiques).

D’abord, elle réussit à nouer une relation privilégiée avec Elsa la mère, perturbée mentalement : sa folie ressemble « tantôt à celle d’Ophélie, tantôt à celle d’Hamlet ». C’est par elle que Rose en apprend davantage sur l’exil et la dépendance et observe la famille : selon Elsa, ils sont devenus « des parasites » privés de toute activité positive. De toute manière, elle n’approuvait pas les recherches de Rudolf sur la secte des Karaïtes.

 

 

3 Avec le temps, Rose démontre ses capacités de dactylo au professeur et écrit parfois sous sa dictée. Les Karaïtes, apprend-elle sont des dissidents : ils admettent la Torah et rejettent le Talmud. Mitwisser est à la recherche d’une forme de religion épurée qui ne retiendrait que l’essentiel : c’est du moins ce que Rose croit comprendre. Un jour, le professeur reçoit la visite d’un ex-philosophe indien devenu tailleur ; Rose est autorisée à rester ; l’ex-philosophe explique à Mitwisser qu’il est plus proche de l’athéisme qu’il ne pense et l’enjoint à interroger la notion de divinité. Cette unique visite va progressivement détourner le professeur de ses travaux mais aussi le déprimer et le rendre oisif. Puis Rose reçoit une demande en mariage de cet original. Va-t-elle être obligée d’épouser un vieux monsieur ?

 

4 La deuxième fois que les Mitwisser ouvrent leur porte à quelqu’un, il s’agit de « James » le bienfaiteur et mécène de la famille, détesté d’Elsa, car leur survie dépend entièrement de sa fortune. Et officiellement, on ignore ce qui a poussé cet homme, indifférent aux recherches de Mitwisser à entretenir toute la famille… ainsi que Rose à présent, qui commence à recevoir un traitement hebdomadaire.

Dès lors l’auteur alterne l’histoire de Rose, contée à la première personne, et celle de James (à la troisième). Dès l’âge de trois ans, James a servi à son père dessinateur de modèle pour la réalisation du « Bear Boy », petit garçon héros d’une série d’ouvrages illustrés pour la jeunesse qui ont connu un succès mondial. James est très riche, mais depuis sa majorité il erre dans le monde, alcoolique, sans but ni identité, attachant un temps son existence à diverses créatures qu’il entretient et délaisse brusquement : un acteur dans une troupe de province, une femme affublé d’un garçon rebelle qu’il paie pour qu’il apprenne à lire…

 

 

La situation s’envenime : Anneliese et James disparaissent sans adresse et envoient des mandats ; le professeur s’accuse d’avoir vendu sa fille et dépérit ; l’état d’Elsa empire. Puis le cousin Bertram, devenu indigent, vient frapper à la porte des Mitwisser : il a perdu son emploi et son logement pour ses activités politiques ; mais l’association communiste qu’il avait voulu intégrer l’a rejeté…

 

 

 

 

Parfaite maîtrise romanesque, intrigue solide, personnages tous consistants et vivants même les petits rôles.

Ironie, situations tragi-comiques.

Narration classique

Question centrale : identité, errance, immigration, exil, déréliction, héritages impossibles à assumer. Heir : héritier.

 

  lire l'avis de Papillon 

 

 

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commentaires

karamzin 03/11/2007 18:33

à vos questions centrales concernant ce roman de cynthia ozick, que personnellement j'adore - avez vous lu le Châle? - j'aurais ajouté dépossession, le père de Rose ayant volé l'enfance de sa fille, le succès des livres pour la jeunesse celle du Bear Boy, quant aux Mitwisser, faut-il préciser qui a ruiné leur vie! Alors oui dépossession parce qu'elle est intimement liée à la perte d'identité, parce que quand on ne sait pas qui on est, le monde ne peut paraître que vacillant.  Du coup, quel fabuleux titre. Ceci dit, bravo pour ce carnet.

Dominique Poursin 03/11/2007 21:36

Non je n'ai pas lu le châle, je l'ai quelque part et voilà ! je ne sais plus où. Bientôt je lirais encore Ozick , c'est passionnant.

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