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11 mai 2009 1 11 /05 /mai /2009 23:38

10/18 ( Domaine étranger), 2002 ( 1ere édition japonaise en 1992), 224 pages.

 

Hajime a rencontré Shimamoto alors qu'ils étaient encore enfants. Il se vivait différent des autres, parce qu'enfant unique, elle l'était aussi. De surcroît Shimamoto boitait suite à une poliomyélite. Avec la fillette il écoute de la musique (classique notamment) et lit beaucoup.

Cette relation privilégiée l'entraîne dans une vision du monde féminine, et l'éloigne encore davantage du groupe.

Mais au seuil de l'adolescence, il cesse de voir Shimamoto, comme s'il la fuyait.

 

Vingt ans plus tard, Hajime a connu des liaisons insatisfaisantes et s'est résigné à épouser Kukiko, femme au foyer, sans piquant, mais dévouée et bonne mère. Il a réussi à ouvrir un club de jazz , grâce à son beau-père, et s'ennuie.

Shimamoto, il l'a revue un jour de pluie, et suivie : lorsqu'elle s'enfuyait il s'est trouvé nez à nez avec un inconnu qui lui a donné une somme d'argent pour se taire, le prenant pour un autre...

Un soir de pluie, Shimamoto apparaît dans son club. Belle, maquillée, ornée de bijoux, mais sans bague, ne boitant plus. Elle ne veut rien dire de son existence.

Ils renouent, et vont une journée faire un voyage près d'un fleuve, où Shimamoto disperse les cendres d'un bébé qu'elle a eu l'an passé et qui n'a pas survécu.

Cette expérience forte les rapproche et ils décident de s'enfuir tous deux...

 

 

Cette aventure sentimentale évite le romantisme et la facilité, ce qui, avec de tels ingrédients, n'était pas gagné.  Shimamoto conserve son mystère, et une personnalité hors du commun,  même si on la soupçonne de se faire entretenir par un  souteneur, et de devoir tremper dans des affaires louches, ce qui n'a rien de beau ni d'original. C'est dans sa façon d'apparaître les soirs de pluie,  de s'éclipser sans que le narrateur s'en aperçoive, d'être fardée sans avoir l'air d'un mannequin ou d'une actrice, sans jamais de vulgarité, dans ses propos et ses gestes simples et profonds, si bien qu'elle transcende sa condition, et que jamais  Hajime n'essaie d'imaginer  les détails de sa sinistre existence.

Les deux protagonistes communient avec des morceaux de musique fétiches comme la chanson « the Star-Crossed Lovers » qui renvoie au titre du récit. Au Sud de la frontière c'est encore l'espoir, à l'Ouest du soleil, au contraire, c'est la fin, comme le relate ce récit inséré dans le texte à propos d'un paysan qui part chaque matin dans son champs et repart le soir après une journée de labeur où il n'a vu que le champ et le ciel, où le soleil décline vers l'ouest : un soir il s'en va vers l'ouest et disparaît...  

Le récit est donc hanté par la mort. L'expédition d'Hajime et de Shimamoto à la campagne le long d'un fleuve, en plein hiver, est d'une poésie sombre et  effrayante, amenée par petites touches, poésie à laquelle participent  les éléments liquides ( neige, eau, pluie)dont Shimamoto a besoin pour se maintenir en vie.

 

«  Un étroit chemin non asphalté serpentait le long du fleuve. J'ignore où il menait, mais il était terriblement désert et silencieux, et paraissait interminable...la neige accrochée aux talus formait de lignes blanches droites et nettes. Les corbeaux, innombrables, lançaient des cris brefs à notre vue, comme pour signaler notre arrivée à leurs camarades... nous pouvions voir de tout près leurs pattes aux couleurs vives et leurs becs acérés comme des pointes. »

Au retour de ce petit voyage funèbre, Shimamoto est victime d'une sorte  d'hypothermie assez sévère, et son compagnon croit voir la mort personnifiée...

 

 

 

Ce récit de Murakami m'a plu bien davantage que « Kafka sur le rivage ». Je l'avais d'ailleurs abandonné en cours de route.

Il appartient  à une source d'inspiration bien différente : un type de récit plus intimiste, plus sobre, avec presque toujours deux personnages principaux dont une femme mystérieuse, qui dissimule bien des choses la concernant, et que le narrateur aime ou par qui il est fasciné. Autour de ces éléments forts simples, c'est la vie et la mort de toute chose qui est ainsi, avec bonheur, mise en texte.

 « Les Amants du Spoutniks », appartient aussi à ce type de récit (avec des éléments de littérature fantastique) ainsi que « la Ballade de l'impossible » que je lirai sans doute aussi.

 

Lu dans le cadre de Blogotrésor choix N° 2

 

 

Lire aussi la chronique de Lou

 

 

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commentaires

Jade 26/05/2009 11:09

Je l'avais bien aimé Kafka sur le rivage, c'est vrai un peu déroutant mais si riche.Et je n'en dirai pas plus parce que lu il y a un an , si je me rappelle les grandes lignes de l'histoire, je ne saurais pas en parler en détails.C'est un des grands intérêts d'écrire des billets, c'est de garder une trace de ses impressions du moment, de les fixer pour pouvoir y revenir.J'avais eu envie de faire un billet sur ce livre, il m'a manqué le temps et je le regrette. Je dirai que c'est un livre à lire à deux( au moins) pour pouvoir en parler au cours de la lecture et confronter ses interprétations, une manière de ne pas se laisser décourager par ses aspects énigmatiques.J'ai lu avec plaisir Les amants du spoutnik et un autre dont le nom ne me revient pas(cette fichue mémoire !).J'aime bien l'univers de Murakami.

Dominique Poursin 27/05/2009 10:14


C'est un grand plaisir de lire à deux, voire à plusieurs,  un livre dont chacun attend quelque chose, et de confronter ses impressions sans fard.
Souvent, on lit un ouvrage pour faire plaisir à l'autre, et l'on est parfois contraint de dissimuler en partie ce que l'on a pensé.
 Cela dit, je n'ai encore jamais participé au blogoclub de lecture! Je compte le faire pour la prochaine fois.

Kafka sur le rivage, c'est je crois l'histoire d'Oedipe vue par Murakami : le garçon s'enfuit parce qu'on lui a dit qu'il tuerait son père et irait avec sa mère. A partir de là il lui arrive toutes
sortes d'aventures, certaines cocasses, d'autres effrayantes, ou mystérieuses. Il rencontre un jeune bilbiothécaire transsexuel. Il s'endort dans un buisson, et pendant ce temps son père est tué...
en fait je ne l'ai pas lu en entier, même si j'avias beaucoup aimé le début. J'ignore toujours la fin!
Oui, il est capital de garder une trace de ses lectures; de faire un résumé ou une fiche. Je me contrains à le faire même pour les livres qui ne m'ont pas plu, même pour ceux qui paraissent n'avoir
qu'un intérêt limité.
Plus tard, on veut se souvenir d'une lecture, et l'on est bien aise de trouver une trace! 



Fran 26/05/2009 10:13

Ce livre est très bien tout comme la majorité des textes de Murakami ! J'ai  surtout aimé Les amants du Spoutnik.

Fran 26/05/2009 10:13

Ce livre est très bien tout comme la majorité des textes de Murakami ! J'ai  surtout aimé Les amants du Spoutnik.

FLORIANE39 25/05/2009 09:29

j'aime énormément MURAKAMI,  j'ai d'ailleurs acheté tous ses livres après l'avoir  découvert en lisant  LES AMANTS DU SPOUTNIK , mon préféré étant CHRONIQUES DE L'OISEAU A RESSORT.J'ai  par contre moins aimé  les dernières nouvelles..

Dominique Poursin 26/05/2009 09:59


J'ai l'intention de le lire encore! pourquoi pas cette autobiographie "courir", dont parlait Ys? Il y parle aussi de ses méthodes  de son quotidien d'écrivain.


cynic63 17/05/2009 15:47

J'ai aussi beaucoup aimé ce livre. C'était, en effet, "casse-gueule" comme sujet mais il s'en sort plutôt très bien et ne tombe jamais dans l'au de rose. Beaucoup de mystère, de non-dits qui, finalement, sont plus "signifiants". Un livre qui pose de vraies questions su l'existence. Si mon avis intéresse:http://noirs-desseins.over-blog.com/article-25716719.html

A_girl_from_earth 17/05/2009 14:04

Oui, très particulier Chroniques de l'oiseau à ressort mais on se laisse toujours envoûter par l'écriture de l'auteur. Mon coup de coeur c'est La fin des temps mais c'est un peu plus fantasy-iste, alors ça ne plaît pas à tous.Pfiou, cet échange m'a follement donné envie de me replonger dans ses livres!!

A_girl_from_earth 16/05/2009 13:43

C'est vrai que ses titres titillent l'imagination. L'éléphant s'évapore est un recueil de nouvelles qui a réussi à m'envoûter (réussi car je ne suis pas très nouvelles à la base). Il me reste Les amants du Spoutnik et La ballade de l'impossible à lire, à une époque j'enchaînais presque ses titres mais j'avais peur de l'overdose donc je me suis calmée, en plus c'est toujours bien de se garder quelques titres d'un auteur qu'on aime sous le coude! Je n'ai pas encore lu ses derniers non plus, l'avant-dernier a déçu beaucoup de ses "fans" alors je ne me précipite pas (j'ai peur ), et le dernier, j'attends qu'il sorte en poche. J'ai repéré une autobiographie récemment aussi et ça me tente bien.

Dominique Poursin 16/05/2009 22:21


J'ai aimé les Amants du Spoutnik. Celui qui semble le plus déconcertant c'est " Chroniques de l'oiseau à ressort".


A_girl_from_earth 15/05/2009 15:11

J'adore vraiment Haruki Murakami pour son univers, l'étrangeté qui s'en dégage. Je n'ai pour l'instant été déçue par aucun de ses romans même si j'ai une préférence pour certains et un intérêt moins enthousiaste pour d'autres. Il arrive toujours à me capter quoiqu'il écrive. C'est très rare chez un auteur. Ce que tu dis est intéressant car il y a eu effectivement un véritablement engouement autour de Kafka sur le rivage et tu es un des avis moins enchantés que je lis sur le sujet. Moi j'avais bien aimé, avec des bémols sur la fin tout de même (mais pardonnés car j'adore vraiment cet auteur ). Par contre Au sud de la frontière... est l'un de ceux qui m'ont le moins transcendés, question de thème, mais j'étais quand même étonnée qu'il ne me laisse pas indifférente. J'ai le souvenir d'un moment de lecture agréable.

Dominique Poursin 16/05/2009 11:52


J'ai bien l'intention de continuer à le lire! c'est un auteur important, à suivre! Certains titres laissent l'idée d'une imagination effrenée ( un Eléphant s'évapore? Qu'est ce que cela peut bien
être???).


Julien 13/05/2009 19:18

Celui là, je l'ai dans ma PAL (disons dans ma PAL toute proche, celle pour 2009). Je vois que tu l'as préféré à "Kafka sur le rivage" pour lequel j'avais eu de bons échos. J'ai hâte de le lire (et alors, je relirai très certainement ton billet après lecture pour comparer nos avis).Content de te voir de retour !

Dominique Poursin 14/05/2009 11:31


J'ai trouvé Kafka sur le Rivage un peu kitsch, plein de clichés. Et pourtant, jusque là, Murakami était très original m'avait-on dit. Donc , je commence à lire ses oeuvres antérieures.


calypso 12/05/2009 19:02

Il faudra que je lise un autre roman de cet auteur, je n'ai lu pour l'instant que Kafka sur le rivage.

Dominique 12/05/2009 08:35

Je fais ici une troisième tentative de message, désolée si ensuite il apparait trois foisj'ai aimé "kafka sur le rivage " et ce titre ci m'interesse, il faut faire quelques provisions de livres de poches pour les vacances !

Dominique Poursin 12/05/2009 09:53


Il est fréquent que l'on ne puisse pas poster sur Over-blog. ça se détraque régulièrement.
Je suis donc une des seules à n'avoir pas trop aimé Kafka sur le rivage...


Dominique 12/05/2009 08:32

J'ai aimé "kafka sur le rivage" mais depuis je n'ai rien lu de cet auteur, j'aime bien lire par ricochet d'un auteur à un autre, ce billet me donne envie de revenir à Murakami   bonne journée

Ys 12/05/2009 01:00

J'ai beaucoup aimé Kafka sur le rivage mais celui-ci ne me tente pas... j'essaierai plutôt La ballade de l'impossible, plus dans mes cordes je crois...

Dominique Poursin 12/05/2009 09:48


Je pense qu'il y a deux types de récits chez Murakami : l'un consiste en narrations burlesques et kaléidoscopiques ( comme "les chroniques de l'oiseau à ressort" pour ce que j'en ai lu) l'autre en
récits plus classsiques de rencontres amoureuses problématiques. Kafka sur le rivage tient des deux genres.


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