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23 mai 2009 6 23 /05 /mai /2009 23:51

Folio, 2006, 301 pages.


Récit en quatre parties.


1 Ann Hidden, compositrice de musique, 47 ans. Son ami d'enfance Georges, qui ne l'a pas vue depuis l'école,  l'aperçoit par hasard à Choisy le Roi où il vit la voit  suivre un  homme,  observer  son entrée dans une maison où une femme lui ouvre la porte.

Ils refont connaissance. Georges vient de perdre sa mère. Ann vient de perdre son ami qui fréquente une nouvelle femme. Tous deux vivent un moment de crise.

Georges l'invite à vivre chez lui à Teilly (dans l'Yonne). Ann préfère organiser elle-même son changement de vie. Radical. Elle vend son appartement parisien, mettant son ami à la porte, se débarrassant de tout ce qui fit son existence passée, y compris ses pianos. Elle part en voyage avec de l'argent liquide, descend jusqu'en Italie, en passant par la Belgique, l'Allemagne...


2 Anne finit par s'installer à Ischia, dans une île au large de Naples ; une vieille dame (Amalia) lui cède une maison au bord de la mer Tyrrhénienne.

Elle compose à nouveau. Va souvent en Bretagne (où elle est née), voir sa mère et son amie Véri.

A Naples, elle rencontre un musicien russe Léo et sa petite fille Magdalena. Elle quitte sa toute nouvelle solitude. Son ami Georges vient les voir, mais ne se plaît pas à Ischia.


3 Cette partie est très mouvementée. Vers Ischia, Ann est sauvée de la noyade par un couple, Charles et Giulia.

Charles Chenogne devient le narrateur (peut-être l'est-il depuis le début ? mais maintenant il dit « je »).

Ce Charles, on se souvient qu'il était le personnage principal et narrateur d'un autre roman de Quignard «  le Salon du Wurtemberg » publié  au moins vingt ans plus tôt. Dans ce roman, Charles était musicien violoncelliste, comme dans celui-ci. Il avait des maîtresses (comme ici, Giulia). C'est donc le même avec vingt ans de plus.   J'attendais une  allusion  à l'intrigue de cet autre roman. La présence de Charles voudrait sans doute induire un fil conducteur entre les deux œuvres. La relation que ce personnage entretenait avec un ami très cher (dont j'ai oublié le nom) ressemble à  celle qui unit (et sépare) Ann et Georges.


Ann partage son temps entre  tous. Elle aime par-dessus tout la petite fille et rend les autres jaloux, y compris Georges. .

Cependant, une série de deuils perturbe la vie d'Ann, au premier chef la petite Lena à qui elle s'était surtout attachée. Puis sa mère. Toutes ses amitiés se défont dans la violence et la hâte. Elle revend Amalia, retourne en Bretagne, enterre sa maman.


4. Ann fait connaissance de son père (un homme de l'Europe de l'Est comme Léo son ex-ami, et  musicien de même). Ce dernier tente de lui expliquer comment et pourquoi il a quitté sa mère autrefois.

Il reste à Ann à s'installer enfin chez Georges, qu'elle accepte d'épouser, de l'enterrer une fois mort, puis de revendre ses biens,  et de se réinstaller à Paris dans un nouvel appartement.

Cette période est féconde en création : «  Les musicologues écrivaient des études très complexes sur ses œuvres si brèves et si précaires. A la vérité, la musique d'Ann Hidden était simplement marquée par la douleur.

C'était une douleur toute simple.

C'était la douleur inconsolable qui fait le fond du jour qu'on découvre.

Pudique, elle tournait en rond- rond qui tournait court dans un brusque abîme se souvenant de l'ombre »




C'est là toute une vie. La seconde vie d'Ann Hidden. Exil, rupture, choix d'un lieu  unique pour y vivre, mais surtout une existence nomade, faite de déplacements, d'errements, de Bretagne en Bourgogne, de Paris à Choisy, de Naples à Ischia,  sans compter les multiples endroits où elle fait des haltes plus ou moins brèves.

Les lieux sont pour Quignard, d'une importance capitale. Le moindre nous rester        a en tête : ce petit café à la gare Montparnasse où elle partage un petit déjeuner avec Georges, cette maison à Choisy, la vieille maison de Georges où gît le souvenir de sa mère, l'appartement qu'elle va quitter, le petit village de Teilly... tous ont autant d'importance. Il installe les personnages en vue  de les faire habiter certains lieux, plutôt que l'inverse. Rares sont les romans de Quignard qui ne portent pas comme titre un nom de lieu.

Des lieux qui  ne sont pas décrits de la façon ordinaire ; on trouve, dans ce texte, peu d'adjectifs qualificatifs, mais surtout des attributs.

«  L'île émergea du brouillard. Lourde, magique. Elle fuyait la mort. Elle fuyait sa mère. Elle fuyait Georges. Elle s'installa dans la maison quelque inconfortable qu'elle fût encore. Elle enfilait un ou deux pull-overs et allait petit-déjeuner sur la terrasse, dans le gris qui précède l'aube. Elle contemplait le jour qui se levait derrière le petit pin noir, les premiers rayons, rayons parfois d'or pâle, rayons parfois blancs comme des mèches d'archer.

Puis les premiers bleus.

Puis le surgissement violent, rapide, inexorable de la lumière s'arrachant à la mer. »

C'est aussi une écriture sobre, un style lapidaire, beaucoup de phrases courtes, sans verbe, de dialogues laconiques, pour décrire une vie intense marquée par les pertes, les deuils, et quelques rares moments de félicité. L'art y est davantage souffrance que plaisir ( il y a du romantisme là-dedans comme idée, pas dans le style, heureusement !).


Personnellement, j'ai aimé davantage le lien avec Georges ( bien présent dans le film de Benoît Jacquot) et celui avec la petite fille ( que l'on n'a pas retenu). La mère aussi est importante (bien rendue dans le film) les autres personnages sont un peu de trop.


Une écriture « très ardue, dense, opaque » comme Ann Hidden.  


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Published by Dominique Poursin - dans Lectures romans, nouvelles
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commentaires

dasola 30/05/2009 13:19

Bonjour Dominique, on sent que vous avez aimé le roman. Personnellement, je n'ai lu aucun livre de P Quignard. A vous lire, il y a donce des passages et des personnages qui n'apparaissent pas dans le film et Jacquot a fait de Georges, un homosexuel. Mais l'esprit du roman a l'air d'être bien montré à l'écran. Je lirais le livre peut-être un jour. Bon samedi.

Dominique Poursin 31/05/2009 12:15


Bonjour Dasola,

Si'l ne fallait lire qu'un seul Quignard ce serait " Vie secrète", de petits textes, des aphorismes à emporter avec soi, et qui donnent à penser.
Mais aussi " la Nuit sexuelle" un très bel objet, un choix de peintures et de textes exceptionnellement pertinent.
Pour les romans, je préfère " Terrasse à Rome". Je pense que ça vous plairait.
J'ai chroniqué ces deux derniers textes.

Revenant  à Villa Amalia, je pense que Georges est aussi homosexuel dans le roman, mais ce n'est pas autant mis en avant.
Benoît Jacquot a laissé de côté la troisième partie de l'histoire, les événements qui dans le roman, vont conduire Ann à lâcher Villa Amalia, puis à la quitter subitement, après la mort de la
petite fille. Une petite fille qui lui aura permis d'être mère, un moment. Le romans s'achève comme il commence, du point de vue des lieux : Ann retourne à Paris, rachète un appartement, reprend sa
vie d'avant mais sans compagnon, ayant dû enterrer Georges.

Le choix de Benoît Jacquot de s'arrêter sur villa Amalia comme point de non-retour se conçoit. Cependant, à voir ce film, je n'ai pas été touchée autant que je l'aurais voulu, loin s'en faut!


Marie 24/05/2009 10:26

J'ai au contraire adoré ce livre, essentiellement à cause de l'écriture, des descriptions. Les personnages sont souvent lointains, avec des personnalités incompréhensibles, mais ce qui m'a accroché, ce sont les liens de Ann avec la nature, le processus de la création artistique et enfin sa relation avec l'enfant. La vie à la Villa Amalia avait comme un goût de paradis perdu, un cocon dans lequel seules quelques personnes trouvaient leur place.Bonne journée !

Dominique Poursin 24/05/2009 19:03


Ce qui est intéressant à villa Amalia c'est ce moment ( assez court...) de solitude totale pour Ann, une sorte de "robinsonnade".
Bien sûr qu'Ann est difficile à comprendre! n'est -elle pas Hidden?


Dominique 24/05/2009 09:53

Pascal Quignard est un auteur que j'aime énormément mais curieusement j'aime ses essais, ses petits papiers si l'on peut dire et pas vraiment ses romans, j'ai lu sans déplaisir Vie Secrète et Villa Amalia mais ils ne m'ont pas marqués alors que ses livres par bribes m'enchantent Par contre ce billet me donne envie de voir le film

Dominique Poursin 24/05/2009 19:00


J'aime beaucoup Vie secrète ; je le lis souvent en l'ouvrant au hasard. Le film est intéressant mais n'emporte pas forcément l'adhésion. N'importe! je pense qu'il faut le voir.


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