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18 juillet 2006 2 18 /07 /juillet /2006 10:58

Au milieu des années 60, au cours du languissant séjour d’été à Saint-Brévin l’Océan ( petite station balnéaire à la frontière de la Vendée et de la Bretagne) là ma mère louait une villa deux mois et demi. Cette année-là elle avait retenu des places au Casino de la plage où se produisait Hugues Aufray. C’était le premier spectacle (si l’on excepte le cirque) auquel il m’était donné d’assister devant une scène. Evidemment je ne compte pas le cinéma et la télé, ni tout ce qui comporte un écran.

Hugues Aufray interprétait Dylan à sa façon très scout et bien pensante. Ma mère possédait le disque « Hugues Aufray chante Dylan ». Le chanteur, auquel je donnais quarante ans, un âge tout à fait vénérable, avait rendu hommage au maître, à qui « il devait tout ». Le maître était bien plus jeune que le disciple. Le maître aurait pu être le fils du disciple. J’étais fort impressionnée ( En fait, ai-je constaté plus tard si l’on considère les deux dates de naissance, moins de dix ans les sépare).

Hugues Aufray était maquillé d’une épaisse couche de fond de teint ambré : aucune baigneuse enduite d’huile solaire ne pouvait rivaliser avec lui. Même ce chanteur de bonne famille se devait de porter un masque voyant.

Je devins accroc à mon poste à transistor, guettant le moment où j’entendrais enfin Dylan. Je l’emportais partout, au bord de l’eau, le soir. Mais jamais je ne réussissais à l’entendre. La radio diffusait souvent « Tambourine Man » chanté par les Byrds, ainsi que Peter Paul and Mary sur « Blowind In The Wind » ; les même interprétaient « Le Déserteur » en français. D’après ce que je croyais savoir de Dylan, il ne faisait aucun doute à mes yeux que « Le Déserteur » devait être une de ses chansons arrangées en français !

 

Puis nous revînmes chez mes grands-parents en Normandie. Il y eut les imprécations et les tonalités vengeresses de Like A Rolling Stone, c’était le morceau que les chaînes de radio françaises s’étaient mises à propager. Cette fois, c’était vraiment Dylan, mais pas du tout ce que j’aurais attendu. A mes oreilles c’étaient de imprécation et de la vengeance et je n’avais aucune chance de comprendre les paroles, les paroles c’étaait très important ; j’attendais des mots mis en musique plutôt que l’inverse. Aujourd’hui encore je n’aime pas tellement cette chanson autour de laquelle, curieusement on continue de faire du bruit. A l’époque je m’y fit, n’ayant rien d’autre à me mettre sous les tympans. En fait, cette violence ne me déplaisait pas. Les anathèmes dylaniens absorbés, je coupai le son et me précipitai dans la salle à manger où ma grand-mère nous avait servis à Apère et à moi (à moins qu’elle n’en fut au stade de la préparation) deux verres de « Ceylan » et des tartines grillées à la confiture.

 

Un peu plus tard, je me trouvais devant la télé grandpaternelle à écouter Le « Quart d’heure » d’Emmanuel d’Astier (De la Vigerie) avec mon grand père. EADV, un journaliste émérite, grand et maigre qui s’exprimait une fois par semaine environ juste avant les informations sur n’importe quel sujet politique, social, technique, voire les variétés et la chanson « à texte », fumant la pipe entre chaque réplique. Un vieux monsieur qui tentait d’être spirituel et aussi d’exprimer les revendications de ce qu’on appellerait plus tard « La France profonde ». Mon grand-père le trouvait très distingué, intelligent et original et moi aussi à l’époque, j’assistais au « Quart d’heure », qui était annoncé plusieurs jours à l’avance comme le moment essentiel de la semaine. Emmanuel d’Astier se voulait branché et il aimait la jeunesse. Un jour il fit l’éloge de Dylan, et s’intéressa à son concert donné à Paris. Question insolite peut-être, mais qui me tenait à cœur je demandai à me rendre à ce concert de Dylan, sans m’adresser directement à mon grand-père que je craignais , mais en spécifiant que d’Astier en avait parlé. On eût que j’avais jeté un vrai pavé dans une mare. Ils ouvrirent tous de grands yeux ébahis. Personne ne parut comprendre cette demande, ni même connaître l’existence de Dylan. Cependant mon grand-père s’en fut en ville, en ramena un trente-trois tour des Beatles et produisit une explication d’où il ressortait que les Beatles étaient bien plus convenables, à preuve la reine les avaient décorés. J’appris deux chansons « Penny Lane » et « Yesderday » que j’aime encore aujourd’hui. Mais ils n’avaient pas des voix assez masculines et m’énervaient.

 

Il paraissait évident que si les Beatles étaient les fous de la Reine, Dylan était le fou du Roi.

 

 

 

 

 

 

 

 

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