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25 juin 2009 4 25 /06 /juin /2009 21:46
Amoz-caveau-G.jpgClaude Amoz : le Caveau . Editions Hors Commerce, 1997
 
 En renvoyant un coupon publicitaire par la poste, Antoine Worbe a gagné un séjour viticole dans un petit village en Saône et Loire.
C’est un chômeur qu’on a viré d‘un emploi de petite comptabilité parce qu’il s’ennuyait et buvait un peu trop. Son frère chez qui il loge en attendant mieux, se réjouit de s’en débarrasser pour une semaine. Aussitôt rendu chez les Renaison qui l’hébergent, Antoine repère des anomalies : le maître de maison, Georges, qui se veut séducteur et déclame de la mauvaise poésie, son fils Bernard qui semble le craindre, la jeune femme de ce dernier, Line, une « grosse rousse à l’air renfrogné », son bébé qu’elle « regarde bizarrement », leur façon de l’observer avec insistance. Ne voulant pas révéler son état de chômeur, Antoine, sans l’avoir prémédité, se présente comme un policier, ce qui paraît inquiéter tout le monde.
La nuit, il entend des gémissements de femme : quelqu’un serait-il séquestré dans la cave  à vin, sinistrement dénommée caveau par Georges qui la lui fait visiter ?
Quel est le rôle joué par Jean, le plus jeune des deux fils, handicapé mental ?
Un an et demi auparavant, une jeune fille Marine, venue faire les vendanges, a disparu après la fête. C’est pour Antoine, une situation inédite. D’habitude, il ne rencontre d’énigmes que dans son propre passé qu’il ressasse avec obstination. A l’âge de huit ans, il fur envoyé dans le Massif Central, alors que ses parents partaient précipitamment pour L’Afrique avec son jeune frère.
1) Le « caveau de famille »( cavere : creuser ; cavus : creux [et vide]) est une métaphore de l’inconscient censé représenter dans l’imaginaire collectif les puissances d’en bas, le lien obscur, dissimulé et la tombe dans quoi l’on trouvera des cadavres sous prétexte d’y chercher du vin. C’est ce que pense Antoine, enquêteur malgré lui : cette grande cave qui lui cause des frayeur, il va y découvrir une sculpture effrayante, des fresques dessinées sur les murs , mêlant littérature et mythologie. Qui sont ces jeunes filles dont on lui montre les photos qui ont participé aux dernières vendanges, et  semblent s’être intéressées au maître de maison, Georges, plutôt qu’à son fils ? Le grand-père «  le bâtisseur » est lui aussi une figure forte et encombrante, et la jeune génération est écrasée par ces modèles de réussite.
Exclu de la société depuis son plus jeune âge, Antoine interprète ainsi la situation familiale des Renaison. C’est qu’il enquête aussi bien sur son propre passé que sur les mystères de la famille qui l’héberge et nous doutons qu’il puisse résoudre l’un ou l’autre…
Par la faute de sa grande timidité et de son esprit confus, hanté périodiquement par Le souvenir des sermons de son Pasteur de père, accumulant les gaffes, Antoine, le faux policier, entraîne le lecteur dans une série d’interprétations erronées ou incomplètes des situations ; ces quiproquos vont entretenir le mystère et les rebondissements.
 
2) la présentation des différents personnages ressemble à ce qu’ils pourront faire de leurs destinées. Marine, qui ouvre le roman, est un être en action : « une tresse, trois lourdes mèches de cheveux blonds. Ils sont tout propres, le peigne crépite en les griffant. Marine les tord ; elle serre bien fort l’élastique… elle ramasse son sac, sa guitare, se glisse dans l’escalier, pousse la porte …je m’en vais… » un être qui résiste, vit et monologue en son nom propre.
Antoine, le personnage opposé, est presque toujours « in abstentia ». Le jour de l’enterrement de son père, il est absent et tous feignent de douter de son existence.
3) le récit est tout entier écrit au présent de l’indicatif. Ce chois implique de piétinement, ressassements, et accentue l’intensité des scènes empruntées à plusieurs époques qui s’entremêlent et se contrarient mutuellement.
 
Une très belle réussite.
 
 

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Published by domiwind - dans Lecture policiers
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dasola 01/07/2009 06:44

Bonjour Dominique, en lisant ce billet, je me suis rappelée que j'avais écrit un billet (25/04/07) sur des nouvelles de Claude Amoz (et vous m'aviez fait un commentaire en disant que vous aimiez Claude Amoz et que le caveau était le meilleur au point de vue suspense) . Il m'a l'air un peu glauque mais en effet très bien. C'est bien de parler d'auteurs français peu connus (et en plus Claude Amoz est une femme). Bonne journée.

Dominique Poursin 01/07/2009 11:42


Bonjour Dasola!
je me suis jurée de chroniquer tous les romans d'Amoz : il n'y en a que cinq, dommage!
 et vous avez chroniqué Racines amères, les nouvelles, je m'en souviens, en effet.


Ys 26/06/2009 10:24

Je n'ai jamais lu cet auteur, j'ai quelques livres de lui à la bib, et celui-là a l'air très très bien, avec un brin d'inconscient de de psychanalyse

Dominique Poursin 30/06/2009 22:25


J'en ai lu 3; ils sont tous chroniqués. Mais Claude Amoz ne semble plus publier.... il me reste à chroniquer Bois Brûlé et l'Ancien crime...
La psychanalyse je suis tombée dans la marmite de cette potion pas vraiment magique,  il y a très lontemps...


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