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27 avril 2006 4 27 /04 /avril /2006 09:25
résumé des épisodes précédents: le jeune Guillaume naïf et rusé, inexpérimenté et intuitif parisien, héritier et boursier pseudo anglais un peu artiste et sa liaison en tout point singulière et difficile avec Nelly, gr.bl. jol fes un peu intello, un peu fémin. enthous. méf. ni héritière ni boursière
.
Guillaume apprenait le dessin et la peinture par correspondance, ainsi qu’au lycée où il suivait des cours facultatifs, et l’histoire de l’art dans un centre culturel. Pour finir l’année scolaire, on avait demandé aux élèves d’étudier un tableau représentant une scène biblique, de préciser le propos, le situer historiquement, le décrire, en expliquer la composition. Un tableau qu’ils puissent examiner en chair et en os.
 
La famille était agnostique de longue date, et quoique du côté maternel on répétât de temps à autre qu’il était nécessaire de connaître le Livre pour savoir sur quoi reposaient nos principes de pensée et les considérer à bonne distance, les conversations portaient rarement sur les Ecritures. Guillaume ne voulait rien qui fût trop explicitement religieux, ne par le sujet ni par les postures : il appréhendait les génuflexions, les mains jointes, les auréoles, les couronnes d’épines etc.les scènes de violence lui déplaisaient tout autant.
Après avoir jeté son dévolu sur des femmes seules, peu vêtues ou bien mises, aux attitudes émouvantes ou admirables il trouva Bethsabée trop courtisée et parcourut en vain le Musée à la recherche de Salomé.
Tandis qu’il relatait ses pérégrinations à Nelly, ils s’arrêtèrent devant le tableau que, lassé d’errer, il avait choisi. L’atmosphère de fête qui régnait auprès du tombeau lui avait plu, faisant oublier tout ce qui concernait la situation relatée dans l’ Evangile : que Jésus ressuscité, s’apprêtait à partir Dieu savait où et que Madeleine ne devait pas le toucher. Les postures des personnages suggéraient un épisode d’une liaison entre deux amants. Ils se tournaient autour l’une vêtue, l’autre presque nu, sans stigmates ni auréoles et bien portant. Les couleurs, bleu, vert et rouge donnaient de la gaieté.
Où donc Guillaume avait-il pu pêcher de semblables idées ? Ne succombait-il pas à une overdose d'initiations variées : Outre l’art, il suivait des cours de guitare, de solfège, de la physiothérapie, révisait les matières scientifiques pour la rentrée… mais tout cela est excellent se gourmanda Nelly dont l’éducation s’était réduite à très peu de chose. Ne te moque pas !
Elle convint qu’il se jouait un épisode mystérieux dans « ce couple », mais Jésus était trop athlétique, sa musculature d’un développement excessif. Avides de célébrer le corps , ces artistes italiens avaient transformé en sportif de haut niveau, un homme dont la principale activité avait été la parole, assortie de déambulations pédestres nombreuses mais pratiquées à une allure ordinaire, agrémentées d’un petit souper par ci , d’un repas de noces par là : moi je ne critique pas ! Il faut prendre des forces pour l’épreuve finale ! Pour tout dire elle les préférait longilignes, la vraie force ne se montre pas crûment, c’est trop simple. Par exemple… celui de Pasolini, si tu vois ce que je veux dire ?
( De tableaux adéquats, elle n’en remettait aucun). De plus, elle ne se concevait pas dans la posture de Madeleine accroupie avec un air d’adoration. ( Pourvu que Guillaume ne l’ait pas surprise avec une semblable dégaine ! ça lui semblait impossible, mais …)
Ce n’était en rien de l’adoration, protesta Guillaume, mais du désir, et la certitude qu’il était partagé.
Ils tombèrent d’accord que Guillaume ne le copierait sûrement pas à cause de ses dimensions imposantes, quittèrent la salle, se rapprochèrent l’un de l’autre, murmurèrent la formule prohibitive en deux idiomes, se pourchassèrent dans les escaliers et n’eurent pour lors d’autre souci que de se chercher un abri pour épuiser leurs fougues voluptueuses.

 

Le second, Noli, on devait comprendre, supposait-elle que la beauté y avait sa part.
Nelly tenait ouvert un livre grand format, tout en se livrant à des attouchements polissons. Ils étaient revenus chez Guillaume et s’y trouvaient à l’aise. Contre le mur qui avait supporté des sentences rimbaldiennes se trouvaient à présent punaisé le jeté de lit aux teintes vives.
"Les peuples ne progressent pas sans guerre. Ils ont à se frotter l'un contre l'autre. Pas d'art sans cela.
- J'ai froid. Guillaume s'enfouit sous le couvre-lit aux couleurs lumineuses et progressa , sans être oppressé, jusqu'à se mettre en conjonction avec la partie inférieure du buste de sa compagne. Nelly posa le livre sur la petite table de chevet où il écrasa sous son poids un paquet de pommes chips dont ils s'étaient précédemment restaurés. On entendit des craquèlements. Elle ébouriffa une toison de poils folâtres à reflets roux, se fit câline et flatteuse : " Toi qui ne dit rien,toi qui ne mens pas, toi qui n'a pas de passé".
- Que dis-tu? Mais si, elle a un lourd passé!
-Ca n'a pas de cervelle, voyons! Est-ce qu'elle a un nom?
-Elle est orpheline.
- Dis-moi son nom. A moi seulement.
-Tu pourrais faire attention, mon livre est plein de miettes de chips qui vont poisser les pages".
Le paquet fit un vol plané à travers la pièce pour achever sa chute près du bureau de Guillaume,. Nelly reprit l'ouvrage : tous deux s'employèrent à balayer les minuscules morceaux dorés qui risquaient de tacher les pages, chacun gardant une main libre pour émouvoir le corps de l'autre. Guillaume s'imprégnait de l'odeur de son amie largement masquée par"Opium" ou "Spiritual Spy » dont elle s’aspergeait inconsidérément. Elle achetait les flacons dans une boutique indienne en même temps que les sacs en laine rêche tressée qu’elle portait en bandoulière et dont la durée de vie n’excédaient pas trois
Relevant la tête, elle éclata soudain de rire et désigna la page qu'elle venait d'astiquer : " Ceci n'est pas une pipe". Veux-tu savoir ce que c'est? Puisque le maître ne le dit pas".
Sa gaieté ne rencontra aucun écho. Guillaume tourna vers elle un regard agacé , ses lèvres se resserrèrent en une moue indulgente.
« Cette blague a trop servi. Et l’image n’est pas innocente. Je ne veux pas que l’on me dicte mon comportement sexuel. »
Nelly referme le volume qu’elle pose à terre, se sent prise en flagrant délit de naïveté devant le gamin de seize ans, qui n’a pas fini de grandir si ça se trouve…ses deux longues jambes blanches et poilées, son membre à demi tendu, l’épaule étroite et le bras qui la touche les petits muscles allongés, durs contre sa peau, et cette intransigeance, il veut que ses désirs lui soient propres, que ce grand pipeur de Magritte n’y soit pour rien. Elle pose un pied sur le sol.
« Où va-tu ? «
Inquiet, le jeune homme la saisit par les épaules, arrête son mouvement de recul, Je ne voulais pas te blesser, oui je veux bien.
Un peu plus tard, Guillaume se prépara à sombrer délicieusement dans le sommeil, dont l’insomnie le privait souvent. Il s'emmêla avec elle et ferma les yeux.
" Ne t'endors pas, Guillaume, tu ne m'as pas dit son nom"
-Cosette.
-Tu veux dire : la petite Cosette? La voilà toute petite, à présent !
- Elle a été malmenée, expliqua Guillaume , étouffant un bâillement. Elle a dû coucher sous un méchant escalier à raidir de froid, ou à suffoquer dans de mauvais draps. On lui a souvent préféré de méchantes filles. Elle s'est rendue au puits, la nuit, seule, morte de peur. Mais elle a eu raison de persévérer".
Nelly moucha Cosette aux larmes épaisses.
Guillaume partait le lendemain pour les Alpes en colonie de vacances. Elle remplacerait sa mère au guichet de l'État Civil pour le mois d’août.. Il avaient échangé leurs adresses. Dans sa somnolence, Guillaume l'entendait murmurer des mots qu'il ne comprenait pas. Elle éleva un peu la voix pour lui demander s'il l'aimait. Il s'endormit tout à fait, épuisé et opportuniste.
Ses yeux s’ouvrirent pour apercevoir les ombres obliques qui assombrissaient la chambre. L'après-midi touchait à sa fin. Il était seul. Ses vêtements reposaient sur le dossier de la chaise en face du bureau, jetés à la va-vite. Ne subsistait de la présence de Nelly, que le parfum un peu lourd de son eau de toilette. Une feuille de papier quadrillée pliée en deux était plantée au sol à l'aide d'une punaise . "Il n'était qu'un crétin, un sale petit bourgeois, avec sa gentille petite gueule d’hypocrite, elle avait perdu son temps avec lui, on ne l'y reprendrait pas".

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