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29 mars 2009 7 29 /03 /mars /2009 23:00
A History of Violence de David Cronenberg
 

 
Une voiture qui s’apprête à repartir deux types à l’avant l’un prétend avoir soif et retourne à l’épicerie qu’ils viennent juste de quitter.
Revenir sur les lieux du crime : il enjambe quelques corps avant de chercher à atteindre une canette de bière dans le congélateur. Sur le seuil de la porte apparaît une fillette blonde, nœud dans les cheveux et peluche dans les bras.
Elle fait un pas, médusée, terrifiée.  At the wrong time , on the wrong place...
Pas encore désaltéré, le tueur ajuste son revolver... une scène qu’on a l’impression d’avoir déjà vue souvent , par exemple dans « Il était une fois dans l’ouest »  lorsqu’un enfant revient chez lui pour contempler les corps ensanglantés de ses parents frère et sœur fraîchement estourbis, et qu’en relevant la tête, son regard croise celui du bandit non encore déguerpi, qui va l’ajouter à sa liste de victimes.
Mais ici la fillette se réveille, dans son lit, indemne, et crie : père, mère, fils aîné, s’amènent d’urgence pour entendre le message : Il faut exterminer les monstres qui rôdent parmi nous.
 
Appel entendu. Son père, Tom Stall, ancien monstre, va sauver la famille. S’il réussit , c’est qu’il n’est pas innocent. Ce monde de violence a été le sien. Il fut un tueur redoutable et le passé revient lui faire signe. On saura plus tard que son frère a voulu l’étrangler, enfant, et que sa mère l’a sauvé, mais qu’elle a dû mourir et qu’il a vécu sous la loi du frère.
 
Histoire édifiante, conte de fée, dont le happy end dépasse de loin tout ce que l’on peut rêver de mieux. Histoire à se conter dans les moments de stress pour se remonter le moral.
 
Non seulement Tom Stall élimine tous les truands de son passé, qui le menacent,  mais son fils, grand garçon timide et gauche, apprend à se défendre et sans faux pas. Lui qui n’a jamais fait de mal à une mouche, envoie d’un seul coup au tapis deux durs de son lycée qui le narguaient. Mieux encore, il sauve la vie de son père en abattant le terrible Carl Fogerty, venu exprès de Philadelphie, dans cette petite maison de la prairie pour éliminer Tom Stall.
 
Et quel tueur ce Fogarty ! le visage grêle et marqué comme une peau d’orange, la grimace tordue, le vêtement très noir, le crâne très chauve, l’œil de verre très peu coloré, voire presque blanc, qu’il exhibe volontiers : il le sort de l’orbite pour le faire mieux voir.
C’est Joe Cusak ( alias Tom Stall) qui l’a jadis arrangé ainsi.
 
Aprés le film on peut se dire : mais pourquoi n’ai-je pas ri en voyant cette figure si exemplaire ? Il y en a eu de plus terribles et des variations nettement plus ambiguës : les visages de Peter Lorre peut-être et Paul Meurisse ect… défileront devant nos yeux. Fogarty frôle la caricature.
 Mal éclairé pour un tueur de ce genre :  on ne le voit qu’en plein jour, il ne surgit jamais de l’ombre.
Et pourtant on n’a pas ri. Peut-être même a-t-on eu peur ?
 
Quel honneur pour Tom Stall qu’on vienne le chercher de si loin. Le mérite-t’il ? Il est discret, un peu fruste, trapu, la démarche un peu lourde, le large sourire aimable qui ne cherche surtout pas d’histoire et fait son travail de barman au jour le jour avec célérité. Pour le trouver excitant, sa femme s’imagine qu’elle vient le retrouver en catimini dans la maison de ses parents et qu’ils copulent en risquant d’être découverts par on ne sait quel paternel peu accommodant. Elle s’habille d’une minijupe et d’un tee-shirt avec une inscription et se jette sur son bonhomme à la blouse qui se laisse faire gentiment. On plaint cette épouse mais voilà que le passé ranimé en Tom lui inspire de l’érotisme dans le genre bagarreur et musclé. La prise dans l’escalier , maladroite mais c’est son charme, prouve que le couple s’invente une sexualité plus corrosive.
Tom doit s’expliquer : et il manque d’imagination. Pourquoi as-tu pris le pseudo «  Stall » Heuh… il était disponible. Joey indique qu’il a passé du temps dans le désert, comme Jésus, avant de devenir Tom que le Diable ne tente plus.
 
Vient le règlement de compte décisif : sans perdre son air emprunté, son sourire prudent, et son regard vigilant sous la lourdeur provinciale, feu Joey Cusack va se débarrasser de tous ceux qu’il gêne ( on ne saura pas en quoi il les gêne) .
 
Le matin venu, Tom sort de la maison du crime, sous un ciel très clair, dans un silence recueilli, pour aller laver ses plaies dans un étang large et tranquille dans une eau transparente et pure. On a déjà vu cette scène, peut-être dans «Pat Garett et  Billy The Kid » entre autre… mais ce héros allait mourir.
Pas Tom Stall.
Il est sauf.
Pour cette scène le visage du héros ( ces traits de  travailleur aimable mais vigilant du Midwest) nous est dissimulé en partie, et ayant perdu sa blouse dans l’affaire, il ne montre plus qu’un dos nu, une pose vraiment belle.
 
Retour à la maison. Tom arrive pour le dîner ; il est un peu en retard tout de même. Avec une sobre gravité, la fillette pose son assiette à sa place restée vacante. Et si cela ne nous fait pas rire c’est que la fillette ouvrait aussi le film, que c’était son rêve, et qu’on a regardé avec ses yeux à elle. Toutes les anciennes fillettes qui ont rêvé d’un semblable père apprécieront. Et pourquoi pas les garçons ?

 
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commentaires

dasola 09/04/2009 18:46

Bonsoir Dominique, votre billet confirme que j'oublie facilement les films que j'ai vus. Je me rappelle du nom des acteurs, du cinémo où je vois les films mais pas les films eux-même, enfin certains. Je ne rappelle plus de la petite fille et le fait qu'elle ait peut-être rêvé. Je n'ai plus qu'à revoir A History of violence. Bonne soirée.

anjelica 05/04/2009 23:02

En ce qui me concerne, j'ai été déçue par ce film. j'ai trouvé qu'il lui manquait un petit quelque chose mais je ne saurais dire quoi ...

Titine 31/03/2009 11:09

J'adore ce film, j'adore Cronenberg de toute façon...

calepin 30/03/2009 21:07

Belle scène finale en effet, et film prenant. Mais je ne peux m'empêcher de penser que ce Cronenberg est un peu cinglé... Ces scènes hyper-violentes... est-ce nécessaire à son propos ? y voit-il une forme d'esthétique ?

Dominique Poursin 31/03/2009 11:43


Oui c'est une tradition esthétique ! Celle du western,  mais aussi du film "noir",  deux genres qui ont eu leurs lettres de noblesse particulièrement aux USA.
Plein de réalisateurs sont cinglés alors? De Fritz Lang à Scorsese, de Huston à Ford en passant par Eastwood, Hitchcock... et bien d'autres... 


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