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26 juillet 2006 3 26 /07 /juillet /2006 22:08

1969 (suite)

Au lycée je ne parlais pas de mon entreprise, n’ayant trouvé personne qui s’intéressât à Dylan comme il convenait. Si j’avais dit que je le trouvais émouvant avec le nez de travers, le visage long, cette manière de faire la gueule sur les pochettes de disques à compter du troisième LP ( on disait « LP », par snobisme même les plus sobres s’y sont risqués au moins une fois) mais avec un rendu si naturel, les tempes très serrées comme si on l’avait sorti aux forceps… et d’autres bizarreries de ce genre , c’est moi que l’on aurait regardée de travers. Où peut-être aurait-on voulu communier dans le même esprit et ç’eut été pire.

 

Les autres filles écoutaient de « la musique pop » en privilégiant les nouveautés ; je ne parvins jamais à m’y intéresser. Même les autres folk singer, dont Dylan s’étaient un temps inspirés ne me convenaient pas le temps d’un disque : ils ne savaient ni éviter la rengaine, ni jouer de la monotonie, et n’avaient guère d’intensité dramatique.

Je n’ai pas de goût pour le « rock » ; pour moi c’est juste un procédé qui peut se révéler utile pour faire de bonnes chansons. Le folk ne signifie rien de plus. Ni l’un ni l’autre ne sont pour moi des valeurs. Il est vrai que le folk se chante au coin du feu ou autour d’un feu de bois ( même s’il manque ce feu de bois, on ne peut que l’imaginer) et ça peut être sympathique ou horripilant. Horripilant si on le revendique comme une idéologie ; ce que fait Joan Baez par exemple. Dans le DVD de Scorsese, Joan Baez apparaît dans un décor « feu de bois ». Les folk singer sont pavés de bonnes intentions comme l’enfer.

Le rock , ça se joue en concert, ça ne se chante pas vraiment, ça se danse, ça se hurle, ça rassemble des grandes foules ( et le folk des petites), ça peut être excitant. Le feu y existe aussi pour détruire et s’autodétruire. Incendie, électrocution…les rockers se prennent volontiers pour Prométhée.

 

Mais ça favorise l’instinct grégaire. Le folk aussi. Il est dangereux de les prendre au sérieux.

Dylan n’a pas une voix taillée dans le rock. Sur l’album « Bringing It All Back Home » la seule chanson de rock réussie c’est « Subterreanean Homesick Blues » parce que c’est un blues comme son titre l’indique. « Stuck Inside Of Mobile… »( sur B.O.B) est aussi très bonne pour la même raison : c’est le blues qui en est le fondement. D’autres chansons qui ont reçu un traitement rock sont catastrophiques à mes yeux ( « One two many morning » sur « Live 66 »).

Le blues c’est autre chose ; le blues a une histoire, c’est celle d’un peuple déraciné et persécuté ; d’autres qui sont dans le même cas peuvent s’y reconnaître et aussi des individus solitaires. A l’origine ce n’est pas une musique commerciale. Dylan est un chanteur de blues ; et aussi un chanteur de ballades. Les ballades ont souvent pour origine l’amour courtois ; Dylan en récupère les codes à sa manière ( « Sad-eyed lady… » ; « Tomorrow is a long time »…) On dit qu’il a inventé l’anti-chanson d’amour ; non, bien sûr ! la plupart des chansons d’amour courtois sont extrêmement discourtoises…)

Un mois plus tard, à peine venais-je de découvrir Dylan jusque dans ses textes, il fallait déjà l’enterrer. Ce fut ce concert de l’île de Wight, ainsi que le disque « Nashville Skyline » dont parlèrent certains magazines, que je feuilletais à l’époque (Rock and Folk, Actuel Nova Press…). Dylan y apparaissait dans un nouveau déguisement insolite vêtu d’un complet blanc, pourvu d’une barbiche et les traits figés, prêt à intégrer un cercueil. Les commentaires lus dans ces revues, ainsi que le contenu du nouveau disque ne laissaient pas de doute : le chanteur ne pouvait ou ne voulait plus s’adresser à la fraction cultivée de son public, et se contenterait désormais d’être un artiste de variétés sans prétention.

 

Ce message tout à fait clair et qui se révéla juste à quelques albums près, tomba dans beaucoup d’oreilles sourdes et malentendantes ; plus de trente ans se sont écoulés et l’on peut toujours lire à intervalles réguliers dans des magazines éclairés et des revues fort sérieuses, des commentaires dithyrambiques à propos du dernier « Dylan ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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