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30 juillet 2009 4 30 /07 /juillet /2009 23:43

Ce roman, l'un des plus réussis de Virginia Woolf, paraît en 1926, entre «  Mrs Dalloway » et «  Orlando » : une période de création féconde mais qui génère chez l'auteur de graves crises de dépression, en particulier lorsque le roman est achevé, paru, et qu'elle ne peut encore se mettre sérieusement au suivant.




La famille Ramsay est en vacances, dans une propriété aux Nlles Hébrides.


L'auteur a pris pour modèle La propriété familiale de St Ives en Cornouailles, lieu de vacances, de la famille de Virginia enfant.


La maison est pleine : Huit enfants (filles et garçons de 6 à 18 ans) Mr Ramsay, prof de littérature à l'université, Mrs Ramsay, ménagère, mère au foyer. Des amis et voisins dont la plus importante est Lily Briscoe , artiste peintre, qui résiste à la tyrannie masculine pour se consacrer à son art.

Elle résiste aussi à la tentation de peindre des sujets à la mode du temps.


Mrs Ramsay est le personnage principal. Qui tient toute la place. Qui est reflétée et digérée par chacun des autres protagonistes. Qui ne vit que d'être irremplaçable. Rien ne doit se faire dans la maison ni au village sans qu'elle n'y joue un rôle central, négatif ou positif. Elle ne perd jamais des yeux un membre de la famille ni un objet de la maison

Le petit James, 6 ans, est couvé par sa mère, déteste M. Ramsay, écrivain présenté comme dominateur, intellectuel.

Le Phare brille tous les soirs, présence inaccessible. La promenade dont il est question dans le titre est toujours remise au lendemain pour des raisons fallacieuses. En fait, on sent que le phare doit rester loin et que la maison ne doit pas être désertée...

  1. Mr Ramsay a un admirateur, Charles Tansley, l'équivalent d'un jeune normalien en France, et William Banks un collègue sans enfant qui le critique d'avoir une si nombreuse famille, mais le jalouse en même temps. Le troisième allié est M. Carmichael, poète. 

Mrs Ramsay doute de son mari. Il aurait déjà écrit tout ce qui était important pour renouveler la philosophie de son temps, et son prestige actuel serait dû à ce passé. Il a écrit un nouveau livre mais il se répète et il le sait. Sa femme doit le réconforter le soir, et lui répéter qu'il est l'un des plus grands esprits de sa génération, tout en lisant à James le « conte du pêcheur ».


En réalité ce que ressent Mr. Ramsay, c'est une impression d'étrangeté, entre l'univers culturel où il vit en pensée, et la retombée subite au milieu de de sa vie de famille, des êtres qui lui sont chers, mais qu'il n'appréhende que de loin. Sa citation préférée est le letmotiv du roman: «  Nous pérîmes chacun tout seul » allusion à un naufrage décrit par Tennyson. La phrase deviendra obsédante dans la dernière partie de l'ouvrage.


La partie I, pendant laquelle nous pénétrons dans la conscience des différents personnages, se déroule pendant une après-midi et une soirée d'été, incluant le repas du soir qui représente un chapitre particulier.


Après ce repas, Mrs Ramsay a réussi à persuader Paul Raylay, un jeune homme qu'elle considère comme un simple d'esprit, d'épouser Minta Doyle, une jeune femme de 24 ans, dont elle craint qu'il ne plaise à son mari.



La partie 2 s'intitule «  Le Temps qui passe ». On relate une période de dix ans, probablement de 1913 à 1923: la grande guerre de 14-18 y est mentionnée, ainsi que la vie de la famille et celle de la maison de vacance : personne n'y vient plus et l'endroit se détériore plus ou moins malgré les soins d'une femme de service, Mrs Mc Nab.

La description de cette maison vide qui attend en vain que ses habitants viennent l'animer est déchirante, surtout dans les détails : la châle vert de Mrs Ramsay autour de la tête de sanglier qui plaisait à James, mais effrayait Cam, est finalement emporté par le vent en plusieurs phases.

Les lectures de jeunesse de Mr Ramsay ( Walter Scott) auxquels il tenait tant moisissent sur les rayonnages.

La vaisselle en porcelaine finit par se briser à cause des tempêtes.... la maison se désincarne, les tempêtes la font grincer et gémir , elle se plaint. Nous apprenons incidemment que les Ramsay ont connu des deuils : Mrs Ramsay est morte «  brusquement » annonce la femme de service, et Prue ( la plus jolie des quatre filles) à peine mariée, a succombé à son premier accouchement.

Andrew, le plus intelligent des quatre garçons, est tué à la guerre, des morts violentes, qui reviennent en écho dans les pensées des personnages restant, dans la troisième partie.


La partie III ,le Phare : Dix ans plus tard, Mr Ramsay n'a rien de plus pressé que de conduire James et Cam au phare, promenade que James désirait tant dix ans plus tôt, et qu'il n'a pas obtenue.

En souvenir de Mrs Ramsay, James et sa soeur, maintenant adolescents, vont pouvoir se rendre au Phare.

Et maintenant, ils s'en fichent mais tant pis!

James hait toujours son père, et imagine souvent lui planter un couteau dans le coeur, mais, durant cette traversée, il ne saura pas résister à un compliment,  lui disant qu'il conduit fort bien le voilier. Ce qui amuse Cam, la jeune soeur...

Cam s'ennuie, et James peste contre son père, qui essaie maladroitement de dialoguer avec eux.


Restée à terre, Lily recommence la toile inchevée dix ans auparavant, de la maison, sa façade, ses haies, le jardin, Mrs Ramsay et James dans un coin( «  le triangle violet ») .

Lily ne vit pas de sa peinture. Sa toile sera « roulée sous un lit ou accrochée dans le grenier »

Cependant son souci est d'équilibrer les masses d'ombre et de lumière. Elle doit représenter l'absence et la présence de Mrs Ramsay dans le trait blanc qu'elle trace au milieu des courbes qui figurent la maison et tendent vers un centre qui est vide : elle sait enfin quoi y mettre...

 


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Published by Dominique Poursin - dans relecture
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commentaires

clement 22/11/2011 21:40


Bonjour,sauf
erreur de ma part la citation "nous pérîmes chacun seul" ne provient pas de Tennyson mais de William Cowper, dans les derniers vers de The Castaway. Cependant il est vrai qu'il y a de nombreuses citation du poème de Tennyson "La charge de la brigade légère" telles que "Quelqu'un s'était trompé" ou "Assaillis
d'obus
et de mitraille"
Merci pour ce commentaire interessant/interessé 

Dominique Poursin 24/11/2011 09:41



Merci de cette précision! je vais corriger l'erreur.


Vous avez une bonne connaissance de la littérature anglaise.


Votre commentaire est bien utile!



AC 08/10/2009 09:38


De bonnes idées dans ce site mais la qualité d'écriture laisse à désirer... c'est pau agréable à lire.
Merci néanmoins pour cet article. Je lis actuellement To the lighthouse en anglais et suis ravie de partager les impressions d'autres lecteurs-lectrices.
Bonne continuation.


Dominique Poursin 08/10/2009 10:24


En principe, vous devez laisser un email ou une adresse de site.
Bien sûr comme vous venez pour faire de graves réserves, vous n'avez pas eu la franchise de vous identifier .


Lilly 31/07/2009 12:27

Tu penses bien que je me réjouis de te voir parler de ce merveilleux roman. Je l'ai reçu en VO hier, et je grignote dedans.

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