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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 23:10

Vladimir Nabokov Lolita ou la Confession d'un veuf de race blanche

(première publication en 1959)



Ce frisson avant-coureur fut déclenché je ne sais trop comment
par la lecture d'un article de journal
relatant qu'un savant avait réussi, après des mois d'efforts,
à faire esquisser un dessin par
un grand singe du Jardin des Plantes ;
ce fusain, le premier qui eut été exécuté par un animal,
représentait les barreaux de la cage de la pauvre bête. »

(Nabokov, A propos de Lolita)



Comme nous l'annonce le mot mis en exergue, l'amour pour Lolita fut déclenché par cette vision d'un singe qui dessine les barreaux de sa cage.

Ce singe est-il Lolita? Ou est-ce Le narrateur?


Ce roman est présenté comme le récit que fit Humbert Humbert en prison où il attendait d'être jugé pour meurtre. H.H. est bien sûr un pseudonyme.

Celui qui le porte vient de décéder, et , selon son vœu, l'ouvrage peut être publié, Lolita étant morte elle aussi.



La Confession de Humbert est présfacée par un soi-disant docteur en philosophie «  Ray » et suivi d'un «  A propos  de l'auteur de Lolita »


Le Dr Ray donne Lolita comme une leçon de morale;  l'auteur ironisera là-dessus, spécifiant que le Dr Ray représente la «  mauvaise lecture par excellence ». Il insistera lui, sur le «  fait esthétique », que représente son amour pour Lolita...



L'histoire:


La première partie compte 33 chapitres, le dernier compte comme un épilogue.


Humbert s'adresse à ses juges et prétend reconstituer son journal intime, déchiré cinq ans auparavant. Il débute par un récit assez bref de sa vie sur le ton de l'ironie et du sarcasme.

Une vie qui comporte beaucoup d'invraisemblances dans les situations, et des morts violentes.

Malgré tout le narrateur est aussi très fleur bleue, sentimental à l'occasion, analytique dans d'autres cas, (érotique? pas tellement...)  ce qui fait un mélange bizarre.


Suisse franco-anglais, il a rencontré à l'âge de 13 ans Annabelle, aussi jeune que lui, en Italie, en est tombé amoureux, et ils se sont séparés.

Vingt-quatre ans plus tard, Humbert tombe amoureux une seconde fois de Dolorès ( Dolor) qu'il appellera Lolita ou «  ma Lo », lors d'un séjour en Amérique.

Nous sommes en 1947.

Il est professeur de littérature et écrit des manuels de français à l'usage des étudiants anglo-saxons. Il a connu plusieurs dépressions et fréquente des maisons de santé. Il cherche une retraite en Nlle Angleterre, et se sent d'humeur à travailler...

Or, il va hélas, cesser toute activité intellectuelle pour avoir aperçu la fille de sa future logeuse à Ramsdale où on lui propose d'emménager. Humbert constate qu'il plaît à Louise Haze sa logeuse. Ce fait l'insupporte, il  a horreur des femmes faites.

C'est sur une imitation de la Riviera, que Louise Haze la logeuse un peu snob  a posée sur sa pelouse, qu'il voit Lolita ,12 ans ½, nonchalamment allongée.

Il croit revoir Annabelle, son amour de 13 ans «  Annabelle Lee » que Poe chanta.



Il s'explique longuement sur son choix amoureux «  les nymphettes de 9 à 14 ans ». Les filles pépubères, ni complètement petites filles, ni tout à fait adolescentes, avec force références littéraires, et tente de capter le charme qu'elles exercent sur lui. Dante, Virgile, Pétrarque, selon lui,  ont aimé des fillettes et en ont fait leurs inspiratrices ( Béatrice, Didon, Laure).


A cause de Lolita, il emménage dans cette maison, supporte la maman, son club littéraire et ses bavardages, réussit à se satisfaire de Lolita en la touchant à peine. Il détaille une sorte de gymnastique acrobatique incroyable, comico-tragique, à laquelle il se livre, alors que la fillette lui est déjà devenue familière.

Les événements précipitent sa perte, son entrée dans l'illégalité. Lo est envoyée dans un camp de vacances. Pour la revoir, Humbert est contraint d'accepter les avances de sa mère et de l'épouser.

Hélas, la mère veut la mettre en pension. Pire, elle découvre l'agenda secret de son époux. Alors qu'il se croit perdu, assez comiquement, elle se fait écraser par une voiture en traversant la rue.

Nous voyons clairement que l'intrigue n'est qu'un prétexte, mais y prenons goût tout de même.



Le voilà en train de présenter son rival Clare Quilty, auteur dramatique de son âge, qui va aussi s'intéresser à Lolita....


Humbert se rebaptise plaisamment Mr Hyde. Jeune veuf, (il a trente-sept ans) il va retrouver Lolita au camp de vacances, et le périple commence. Il n'osait rien trop lui proposer à « l'hôtel des Chasseurs enchantés », mais elle «  se donne » et n 'était plus vierge. Humbert avait préparé de la drogue pour l'endormir mais n'a pas eu à en faire usage.


La deuxième partie c'est « notre grand voyage à travers les Etats-Unis ( d'aout 47 à 48 et jusqu'en 1952.) La Nlle Angleterre, Le sud, Dixieland, le Pays du coton, les Montagnes Rocheuses, les déserts du sud ( en hiver), la côte Pacifique jusqu'au Canada, l'est jusquà la côte Atlantique, avec pour point de chute le site universitaire de Beardsley où Lo fut à l'école quelque temps.

 

Car " Lolita " c'est aussi et peut-être avant tout, un road-movie très réussi, avec une remarquable course-poursuite...

 



Dans le dernier chapitre Humbert s'adresse à Lo.


L'aventure tourne assez mal.La relation de ce couple un peu spécial évolue vers la séparation.

Le professeur Humbert s'ennuie à mourir avec Lolita, fillette au demeurant assez vulgaire et sans goût pour se cultiver ; il se sent bientôt suivi et remarque que Lo disparaît et revient pour de courtes périodes. Il repère une voiture mais ne pourra empêcher Lolita de lui fausser définitivement compagnie en 1950, lors d'un séjour à l'hôpital.


Deux ans plus tard n'ayant pas trouvé son rival, qui se fait inscrire dans les hôtels sous des noms facétieux, il reçoit une lettre de Lo, mariée et enceinte. Elle a vécu avec Quilty, et s'est sauvée pour échapper à des partouzes. Elle a trouvé un ami de son âge, un ouvrier,l'a épousé...

Humbert va chercher Clarence...


__________________


L'auteur retient ce qu'il y a de pervers dans l'amour, pour à partir de cette perversion, en dégager une transmutation esthétique. De la perversion à l'art s'opère une transformation, qui n'est ni de la sublimation ( Humbert ne renonce pas à la sexualité) ni de l'idéalisation ( il reste cynique et lucide, quoique éperdu d'amour).


Il n'aime pas le Souvenir de Léonard de Freud.

Forcément, car il voudrait que son art soit inné, alors que Freud désignait ,à l'origine des œuvres d'art, des expériences fantasmatiques de l'enfance, que certaines personnes auraient ensuite arrangée de manière à produire une œuvre esthétique.


Nabo nous dit de remarquer le jeu de tennis de Lo . Sa façon de jouer au tennis est « perverse par excellence, » car elle ne cherche pas à atteindre le but fixé par le jeu, ni à marquer des points. C'est même dans cette façon de perdre qu'elle a les poses les plus singulières et les plus esthétiques.


«  Ma Lolita, en arrangeant l'essor ample et ductile du cycle de son service, avait une façon inimitable de lever son genou gauche légèrement plié et pendant une seconde on voyait naître et flotter ans le soleil la trame d'équilibre vital que formaient le bout de ce pied pointé, cette aisselle pure, ce bras poli et brun, sa raquette levée haut en arrière ».


Déesse «  Elle souriait, les dents étincelantes, au petit globe suspendu dans le ciel, au zénith de ce comos puissant et délicat qu'elle avait créé à seule fin de l'abattre d'un coup bref et retentissant de son fléau d'or ».


«  le long essor de la balle, dépourvu d'effet et de mordant »


elle y est toujours gaie ( «  elle l'est si rarement dans sa sombre existence auprès de moi »)


«  Son style de tennis... était au sommet de ce qu'on peut atteindre dans l'art du faux-semblant »

-clarté exquise de ses mouvements

  • contre-partie acoustique dans le claquement de chacun de ses coups.

Lorsqu'il tue Clarence c'est avec un « claquement ridiculement menu et infantile que le coup partit. La longueur du meurtre, le corps à corps dérisoire,le fait qu'il mette Clarence et lui sur le même plan ( un vieux drogué et un pervers au cœur malade) fait penser qu'il tue une mauvaise partie de lui-même, non artistique.


Nabokov cite largement la «  Recherche «  : il est clair que Lolita est une sorte d'Albertine  "je voudrais appeler la dernière partie «  Lolita disparue ».


La conclusion, Nabokov nous la joue « jamesienne » : Lui et Lolita « ce serait la vieille Europe, tendant ses bras fatigués à la Jeune Amérique ».


la « jeune Amérique », Lolita, c'est cette gamine de douze ans, forcée de vivre maritalement avec l'époux de sa défunte mère, puis avec l'homme qui les suivait, espérant être tombée en de meilleures mains; hélas, ce fut pire, et à 17 ans, sans ressources la voilà mariée à un ouvrier de son âge. Et enceinte. Elle se croit enfin tirée d'affaire, et mourra en couches...


Je n'ai pas répondu à la question: Lolita ne fut-elle, en dépit de toutes les grandes théories esthétiques de l'auteur qu'un petit singe que l'on dresse et dont on prend plaisir à voir qu'il sait dessiner les barreur de sa cage? Où est-ce le narrateur qui est prisonnier, et son roman le dessin des barreaux d'une cage?



Lolita a été adaptée au cinéma en 1962, par Stanley Kubrick. Un film critiqué, que, personnellement j'aime beaucoup, au moins autant que le roman. On y voit bien l'évolution de la relation d'Humbert avec l'adolescente qu'il fait passer pour sa fille avec plus ou moins de bonheur, les conflits qui naissent au sein de ce couple, et la composition de Peter Sellars en Quilty est remarquable.


 

 

Pour une autre expérience Nabokovienne, je vous conseille aussi et surtout " La vraie vie de Sébastien Knight" que j'ai chroniquée.


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Published by Dominique Poursin - dans Lectures romans, nouvelles
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commentaires

canthilde 09/08/2009 16:33

Pour ma part, je n'ai vu que le film avec Jeremy Irons où Lolita était âgée, vive la censure, de 14 ans. Sinon, j'ai lu le livre en anglais il y a une douzaine d'années et quel souvenir ! Remarquablement écrit, malgré le sujet sensible. Autant je suis révoltée par l'indulgence envers la pédophilie, là, j'ai du mal à l'analyser de cette cfaçon car Lolita n'a rien d'une enfant. Le terme est donc employée à tort aujourd'hui, pour désigner une ado pimpante limite aguicheuse. Lolita est une femme fatale et le sait !

Dominique Poursin 09/08/2009 17:39


Je n'ai pas vu ce film avec Jeremy Irons.  La Lolita de Nabokov était pubère même si elle n'avais que douze ans. Pour le narrateur, elle est davantage qu'un objet sexuel, une inspiratrice,
qui, plus ou moins trouve son compte dans la fréquentation de ces messieurs.

c'est bien de l'avoir lu en anglais. je ne sais pas si j'aurais pu. lire ses livres en langue originale, du moins pour l'anglais, implique ( pour moi) de lire beaucoup moins de livres.


Mango 07/08/2009 21:35

Ce n'est pas simple de résumer un tel livre! Tu t'en es drôlement bien sortie! J'ai adoré ce livre et j'ai beaucoup aimé aussi le film que j'ai vu récemment à la télé pour la première fois! J'ai été surprise moi aussi d'aimer autant un film tiré d'un livre que j'avais aimé. C'est rare quand ça m'arrive!

Dominique Poursin 09/08/2009 17:25


Dans ce cas précis, les deux sont intéressants. Il y a d'autres cas! pour l'instant, ça ne me vient pas àl'esprit.


dasola 05/08/2009 13:56

Bonjour Dominique, quel billet! Personnellement, je n'ai jamais lu Lolita (pas tentée). En revanche, j'aime beaucoup le film de Kubrick. Bonne journée.

Lilly 04/08/2009 18:44

C'est un livre que je prévois de lire depuis très longtemps, mais en voilà encore un dont je repousse la lecture encore et encore. Ton avis détaillé me laisse penser que je vais aimer, alors j'espère que la lecture est proche.

zarline 04/08/2009 11:26

Sacrée analyse! Pour ma part, j'ai lu ce livre quand j'étais assez jeune et je dois dire qu'il ne m'a pas vraiment plue. Je devrais peut être essayer de le relire...

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