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5 août 2006 6 05 /08 /août /2006 18:47

 

 Petit intermède avant la suite du bref parcours : la "psychologie" chez Musil :

 Meingast le frère de Clarisse, psychanalyste de service, est une figure extrêmement négative qui incarne certains des malentendus de l’époque ( et la mauvaise foi de l’auteur) concernant la psychanalyse naissante .Il est intéressant de comparer avec le personnage de « Kropotsky » et ses expériences érotico-occultes dans la « Montagne magique » ainsi qu’avec le Docteur fou de la « Pitié dangereuse «  de Zweig, qui veut persuader le lieutenant Hofmiller d’épouser l’héroïne ; on peut constater que ces portraits sont tout aussi chargés que celui du psychiatre musilien alors que l’on sait que Thomas Mann et Stefan Zweig, contrairement à Musil, étaient favorables à la psychanalyse et entretenaient des relations d’amitié avec Freud.

Musil haïssait tant la psychanalyse qu'il écrivit l'Elève Törless avec des références psychologiques et psychiatriques alambiquées, en évitant soigneusement tout ce qui  aurait pu paraître inspiré par Freud. Le livre n'en est pas moins assez réussi. Je  relis encore ce "roman de collège" à portée philosophique et même politique. 

 

 Partie III : Les Criminels : 56 séquences plus 70 inachevées ou ébauchées. 

Le donjuanisme d’Ulrich évolue : son père vient de mourir, il se rend dans la maison paternelle. Il n’aimait pas le vieux et ils ne se voyaient plus. 

 

Avoir perdu son  père ne  fait pas surgir le patronyme d’Ulrich que nous continuerons à ignorer. Ulrich se veut libre, donc sans filiation sérieuse. 

 

 Mais la mort du père fait advenir la « sœur oubliée » Agathe, 27 ans, blonde, belle (agathos : beau). Ils se rencontrent vêtus de la même façon avec des pyjamas qui font penser à Pierrot aussi bien qu’à Arlequin. 

 

« Sommes-nous jumeaux ? » 

 

Le ton change, ils évoquent des souvenirs d’enfance, se font les récits mutuels de leurs vies respectives.
Agathe est libre, et libre penseur aussi : la façon dont elle jette son porte-jarretelles dans le cercueil du défunt choque même Ulrich. 

La mort du père, levant l’interdiction d’inceste, (ou la préservant ?) introduit de nouvelles préoccupations : Ulrich et Agathe décident de vivre l’un pour l’autre. Ils se défendent de consommer leur union, tout en ne se l’interdisant pas. ni pour ni contre, ni dieu ni diable.

L’arrière plan social de la première partie devient sporadique, Musil en a fini ou presque avec la critique sociale. 
 

 

Agathe, un personnage auquel le lecteur ne devrait pas pouvoir croire aisément.

Elle n'a pas été "introduite".

Elle n’est pas évoquée dans la première partie du roman même sous une forme allusive. Ulrich alors n’avait pas de sœur, ou il était amnésique.

 Agathe n’est pas "une femme de plus". On voit qu’elle est créée pour Ulrich, pour être son double. Elle apparaît très naturellement certes, mais comme le font les esprits. Le  récit commence par le chapitre «  La Sœur oubliée ». Agathe lève des interdits en même temps qu’elle les fait surgir. Elle modifie le testament du père et le réécrit pour déshériter son mari et rester avec son frère. Ulrich sera seul héritier.  

 

Le roman ne se termine pas, l’ennui de l’HSQ, l’essayiste de lui-même, ne tourne pas à l’aventure mais à l’errance. 

Qui plus est, s’il  ne s’engage pas socialement, professionnellement, intellectuellement, c’est, nous sommes tenus de le  constater vu la tournure que prennent ses affaires, qu' inconsciemment, il se gardait disponible pour une passion  « incestueuse » non consommée mais qui l’occupera beaucoup.
La passion est ce qui enchaîne le plus.
Heureusement le roman ne s’achève pas. 
 

 

Musil meurt en 1942 et en exil sans avoir achevé son œuvre  qu’Umberto Eco appelle « une œuvre ouverte » par opposition à «  La Recherche » de Proust, contemporaine, close sur elle-même, et possédant sa conclusion  propre : restitution de la vie dans le projet esthétique.  Avec Musil nous restons dans la sphère du doute. L’œuvre s’ouvre sur des « possibles «  non sur  des certitudes.  

 

Musil est-il philosophe ou romancier ?
il est philosophe parce qu’il écrit un roman  et il écrit un roman parce qu’il veut écrire ses pensées sans être  philosophe.

Intéressé par la philosophie, il pense toutefois que c’est «  une dictature de l’esprit que d’enfermer le monde dans un système clos".

 

Etant jeune, j'ai adoré l'HSQ, dont à présent je relis certains passages, non sans irritation... !!

 

 

 

 

 

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