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30 juillet 2006 7 30 /07 /juillet /2006 12:19

 

Louise et moi étions installées devant le poste. Le petit Jérôme vint nous rejoindre. Jacques voulut l’envoyer au lit.

Louise protesta. 

« Taisez-vous, le film est déjà commencé ! Je n’ai encore jamais vu de western.»


Sur l’écran, un grand type à la mine patibulaire était assis à une table dans un affreux saloon. En face de lui, un blond plus jeune, l’air gai et débordant de vitalité ,buvait son énième whisky. Je suis devenu shérif disait le grand type, je suis plus de ton côté Billy. Maintenant je… il avala le contenu de son verre, je fais régner l’ordre. 

Quoi? fit l’autre. Suivit une bordée de jurons…t’es dingue ?

Non, sérieux, marre de jouer les vanupieds, je chasse tous les hors la loi à présent, tu ferais mieux de rentrer dans le rang, sinon mes hommes te flingueront.

 

Billy haussa les épaules et éclata de rire. J’m’en fous ,hors la loi c’est ma vie ,je veux rien faire d’autre. Pas question de faire partie de ta police. La vie c’est pas fait pour s’ennuyer. 

Tant pis pour toi, dit le grand mec tu fais pas le poids.

 

Je sais ce que j’ai à faire je fais ce que j’aime, dit Bill lui tapant sur l’épaule.

Rit. 

Bravo ! approuva Louise.

Jérôme regardait de tous ses yeux : une bande de cavaliers chapeautés et armés de fusils, foulards rouges autour du cou, arrivaient à toute allure laissant derrière eux une épaisse fumée de sable qui masqua les cactus au premier plan. Un peu plus loin les drôles s’arrêtèrent, s’observèrent, goguenards, mâchouillant des cigarettes jaunes. « Je ne vois plus Billy » s’inquiéta Jérôme. « T’en fais pas il ne mourras pas avant la fin puisque c’est le héros » dis-je. 

- Si tu lui dit tout, c’est pas marrant, je te reconnais bien là.

- On ne sait jamais avec les films de maintenant, dit Louise, c’est tellement tarabiscoté…


  - Un western c’est tout ce qu’il y a de simple, fit Jacques supérieur. Y’a ceux qui ont des flingues et ceux qui n’en ont pas. Les premiers tuent les seconds. Ceux qui ont gagné prennent les femmes.


Les cactus réapparurent. 

Des balles claquent, Jérôme et Louise sursautent.  Se passe-t-il quelque chose ? Une vieille boîte de conserve bondit entre deux cactus. Trois poules blanches filént en caquetant vers un tas de rochers, un essaim de guêpes tombe à terre,  les insectes se répartissent en vrombissant sur l’écran. Un bandit s’inscrit dans le cadre et les chasse en ricanant. « Qui est mort ? « s'inquiète Jérôme.

Trois coquelicots apparurent, gracieux avec leurs fragiles tiges, un individu s’écroula dessus avec cette maladresse que donne la chute non désirée. Les pauvres fleurs furent écrabouillées et l’hémoglobine se mêla à leur couleur. Le bandit ne bougeait plus et les guêpes le prirent d’assaut.

Ce n’est pas Billy, ouf ! dit Jérôme.

Billy fit, dans sa famille, une entrée remarquée, par un clair matin au son d’une musique langoureuse qui contrastait avec sa vigueur. Cinq femmes de treize à soixante-dix ans étaient assises autour de la table et plusieurs hommes ; Billy prit place devant un bol de café au lait. Certains pleuraient, d’autres se fâchaient et Jérôme demandait qu’est-ce qui se passe. 

- Enfin, voyons, dit Jacques c’est un western, c’est pas bien compliqué… 

- Billy fait ses adieux à toute la famille car il est coincé , il sait qu’il n’en a plus pour longtemps.

De fait, c’était triste. Billy embrassa plusieurs femmes d’âges et de couleurs différents et le bébé. Les jeunes enfants pleuraient. Une petite fille tentait de se moucher avec la nappe en toile cirée. 

-Ses enfants, tout ça ? 

Il est trop jeune pour regarder ça, dit Louise. 

-Je lui explique.

Le ciel plonge de nouveau sur l’écran sa bleuité et y précipite les spectateurs. Horizons immenses, et monotones, fourrés, buissons, monticules rocheux. Bill se sauve au galop avec quelques amis. Il n’est plus qu’un point à l’horizon. La chanson du film annonce sa fin prochaine à moins qu’elle ne l’encourage à suivre sa route avec un genre de mélancolie country. 

Une nouvelle scène de violence menaçe : des individus tiennent en joue un jeune cow-boy novice devant un comptoir où le patron, mine de rien, sert des alcools courants. L’intérieur est sombre, le patron chauve  il feint de ne pas voir que les canon pointent en brillant dans la pénombre. Essuie les verres avec un zèle joué. Silence de mort. Les individus forcent le jeune à lire ce qui était écrit sur les boîtes de conserves rangées sur l’étagère. 

- Après il vont le tuer, regrette Jérôme. 

Le jeune sortit une paire de lunettes. Louise s’esclaffa. « C’est la première fois que je vois un type mettre des lunettes dans un western. Comment dirais-tu, Dominique ? Que c’est surréaliste ? » 

- je ne dis rien. J’attends. 

- Qu’en savez-vous Louise, fit Jacques, vous avez dit que c’était votre premier western ? 

- Beans … beans . Beans… 

- Ça veut dire quoi ? 

- Que c’est la fin des haricots s’exclame Louise triomphante. 

- Ce n’est pas ça chuchotai-je.

 

Le rouge du couchant flamboie avec un maximum d'indiscrétion. 

-Idiot, ce film déclara Jacques tu n’aurais jamais dû laisser Jérôme le voir. Encouragement à la violence et à la brutalité. Louise vous auriez pu intervenir… 

Tout à coup Billy poussa la porte d’une salle de bain, et bondit dans une baignoire mousseuse où une femme, déjà, clapotait.

- C’est bientôt la fin, annonce encore Louise, sinistre et encourageante.

- Il fait la bringue, Billy ? demande Jérôme.

- C’est un homme libre ! apprécie louise.

- Louise ! Suppliai-je comment ose-tu dire de pareilles sottises ? Serais-tu contente d’avoir un mari qui a plusieurs femmes et se fait pourchasser par la police ?

- Ta pauvre vieille tante est d’un romanesque usé !

- Qui es-tu étranger ? aske Billy à un mec en face de lui.
Il était de nouveau à boire un coup à une taverne en terrasse. L’étranger à l’air réservé, sourit pourtant.

- Je m’appelle Alias. 

- Alias quoi ? fit Jacques.

- C’est qui ? dit Jérôme.

- Autrefois, on aurait dit un interlude, dit Louise.

- C’est son double, hasardai-je.

- Jamais de psychologie dans un western, informe Jacques connaisseur.
A vrai dire Billy n’a peut-être pas compris, lui non plus. 

Il l’observe avec un sourire intrigué et par monosyllabes cherche à savoir si c’est ami ou ennemi. Sans compter qu'il le connait peut-être? Il conclut qu’il était opportun de trinquer.

Je suis allée chercher du rhum et du coca pour me faire un cuba libre. Louise eut l’air horrifié et se versa de l’eau d’une carafe. Le couchant tombait sur Billy et Alias qui ne se disaient rien. ça rougeoyait avec insistance.

- Il n’est pas taillé pour l’ouest, celui-là fait Louise. 

- Qu’en savez-vous, ma chère, vous avez dit que c’était votre premier… 

Billy est à nouveau en galante compagnie avec une mexicaine dans une chambre d’hôtel minuscule qui contient tout juste un lit et une armoire. Champ de bataille. En bas, la bande du vieux chérif attend. 

-Billy est un homme libre renchérit Louise, il a choisi sa vie. 

- C’est idiot, personne ne choisit sa vie : autrefois les indiens étaient pourchassés, ensuite certains blancs se sont sentis coupables. Ceux qui l’éprouvèrent le plus voulurent se faire tuer pour éprouver la même chose que les indiens et laver dans le sang la faute de leurs ancêtres en versant le leur. Ce n’est pas un choix. Mais plutôt un destin. Et il n’en sait rien. 

J’étais seule à causer ; ils sont déjà tous montés...

 

"There was nothing at the edge of the river

But dry grass and cotton candy

"Alias, Isaid to him. 'Alias,

Sombody there make us want to drink the river

Sombody want to thirst us"

"Kid, he said, " no river

Wants to trap men. There ain't no malice in it. Try

To understand."

We stood there, by that little river and Alias took off his shirt

and I took off my shirt

I was never real. Alias was never real.

Or that big cotton tree or the ground.

Or the little river;"

 

Jack Spicer "Billy The Kid" III , 1975.

 

 

 

 

 

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