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22 août 2006 2 22 /08 /août /2006 10:02

 

  Une génération de trois femmes en Géorgie, de nos jours.


Eka, déjà nonagénaire, pleine d’énergie, qui vit dans la célébration de Staline, pour elle, grand bienfaiteur de l’humanité, honnête et héroïque, incapable des crimes dont on l’a accusé. Marina, sa fille, née à la mort du dictateur, et qui a connu une histoire bien différente. Ada, fille de Marina, étudiante, a  vécu, enfant, la fin du communisme.  Les trois femmes vivent chichement dans un appartement, vendent  périodiquement  leurs biens aux fins de mois difficiles.  Ada ne connaît pas son père, a un flirt médiocre, Marina un ami cher qui l’aide à vivre humainement et économiquement, mais elle s’ennuie avec lui « ne parvient pas à en être amoureuse ». Eka, la vieille dame  vit pour son fils Otar, parti à Paris pour y  tenter sa chance avec son ami Niko. Otar a fait des études de médecine.  La famille parle français depuis longtemps et Ada lit Proust à sa grand-mère, le soir pour l’endormir.

 

Un jour  les plus jeunes des trois femmes reçoivent une mauvaise nouvelle. Otar, malgré son diplôme, n’a trouvé qu’un travail au noir dans la maçonnerie et sa chute d’un échafaudage lui a coûté la vie. Ni Marina ni Ada ne se décident à annoncer à Eka la terrible vérité. Ada écrit des lettres censées venir d’Otar, imite son écriture et lui invente une existence parisienne tout entière sortie de ses rêves ( Otar fréquente le café du Flore, rencontre des artistes et des écrivains…). Les voisins jouent aussi le jeu et Niko venu de France annoncer la nouvelle et rendre les maigres effets de son ami, doit se résigner lui aussi à feindre et emporter le colis que la mère attentionnée « lui » destine.

 

Eka profite de la vie qui lui reste, quoique courbée de rhumatisme : toujours élégante, chemisiers, tailleurs et foulard aux vives couleurs, coiffure impeccable, elle monte dans la Grande Roue, fume des cigarettes,mange des sucreries avec entrain, affiche en toutes circonstances une mine épanouie et une attitude volontaire.

 

Mais Eka, s’ennuie de son fils, qui ne téléphone plus et  profite d’une absence des deux  autres femmes pour prendre trois billets  pour Paris et obtenir des visas. Elle a vendu toute sa bibliothèque française pour payer le voyage. Ada et Marina ne peuvent toujours rien dire, enferrées qu’elles sont dans le mensonge. Installées à l’hôtel, Ada et Marina sortent pour aller au cimetière de Thiais, retrouver la tombe dans un quartier réservé aux indigents. Ignorante de leur destination, Eka se rend à l’adresse où Otar est supposé vivre. Un voisin lui apprend ce qu’elle devrait savoir  «  le toubib ? il est mort depuis plusieurs mois » et lui rend la lettre qu’elle lui avait écrite…

 

Eka retrouve Ada et Marina au café.  Devant le trouble de ses fille et petite fille elle leur apprend tranquillement qu’elle sait tout : « Otar est parti sans laisser d’adresse ; il a dit aux voisins qu’il partait pour l’Amérique, Otar, il est comme ça, j’ai toujours pensé qu’il partirait… » le jeu vicieux  qu’avait adopté la fille et la mère  se retourne contre elles. Plus Otar est introuvable, plus il est magnifié gagne un statut de personnage imaginaire.

 

Toutes trois regagnent l’avion avec un Otar  mort pour toutes les  trois et que chacune devra feindre de croire vivant pour les autres.  Au moment du départ, Ada les quitte pour vivre sa vie à Paris. Elle et sa mère se parlent à travers des vitres épaisses un langage muet.

 

Le film génère une certaine angoisse. Les trois femmes sont malheureuses dans  leur pays : les conditions économiques précaires  y sont patentes à travers de petits faits : Marina prend une douche, et l’eau est brusquement coupée. Ada court longuement après un tramway qui  reste à sa hauteur sans pour autant s’arrêter pour la prendre. A l’hôpital, Marina doit demander une forte somme à son mai pour payer le cardiologue qui s’occupe de sa mère ; lequel est pressé de retourner dans on cabinet poursuivre une partie d’échecs avec son confrère. Ada fait un job de guide dans un musée où elle sert d’interprète ;elle reçoit pour sa journée  5% de ce que l’on a dû payer au cardiologue pour la vieille dame.

 

 

 

Que va devenir Ada à Paris ? Qui peut dire qu’elle aura plus de chance qu’Otar ?

 

 

 

 

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