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19 septembre 2006 2 19 /09 /septembre /2006 15:05
le-portrait-de-Dorian-Gray.jpgSibyl Vane....
 
Le Portrait de Dorian Gray est un roman publié en 1890 par Oscar Wilde.

Dans mon rêve sur Sibyl Vane,  le film d’Albert Lewin (qui adapte Dorian Gray
en 1945) et ses images, se télescopent avec le roman. Le film est plutôt sentimental ; les personnages s’en ressentent.
 
Sibyl Vane est une actrice, de condition modeste, qui joue un répertoire de qualité dans un petit théâtre. Dorian s’éprend d’elle en la voyant jouer « Juliette ».

Il retourne la voir plusieurs fois, se croit véritablement amoureux et fréquente sérieusement la jeune fille, également éprise.
Mais l’amour transforme les deux partenaires au point que Sibyl ne joue plus comme avant ; c’est du moins ce que juge Dorian ; elle joue mal depuis qu’ils se sont rencontrés. Pire encore : Sibyl déclare vouloir renoncer au théâtre pour se consacrer à lui.

Elle aime dans la réalité : c’est bien mieux que jouer un rôle au  théâtre.

Dorian découvre alors que son intérêt est tout autre : il n’aime Sibyl que sous le masque d’une héroïne ; dans la réalité ils n'ont pas d'affinités. Peut-être y a-t-il aussi un problème d’impuissance sexuelle au moins partiel, ou de déception. On ne va pas  le dire dans un roman du dix neuvième siècle mais le lecteur peut interpréter certaines phrases dans ce sens.

Dorian découvre n’aimer que le spectacle, de qualité si possible, conformément à ses goûts d’esthète. La jeune fille croit à la réalité et aux charmes d’un amour qui se satisferait de la vie quotidienne et du mariage. Leurs intérêts divergent complètement. C’est en toute logique que Dorian rompt. Ce n’est pas une « faute «  de sa part. Il s’est seulement trompé et n’a pas agi pour le plaisir de séduire et rompre. Si elle se suicide, il n’en est pas responsable.
On dirait que je me fais le plaidoyer de Dorian!
Pourquoi pas?
 
La problématique mise  en jeu dans l'épisode Sibyl, c' est le peu de réalité de la vie quotidienne et la fascination exercée par les arts qui modifient cette réalité, la transcendent, la rendent plus brillante.
Un prénom qui n’est pas choisi au hasard. Sibyl est la prophétesse qui annonce sa vérité à Dorian.
A partir de cet épisode, il se plaira sérieusement à la contemplation de son portrait ; il croit découvrir  que celui-ci a changé notablement de traits. Il se trouve à présent un « regard cruel » et le tableau lui renvoie sa propre culpabilité.
 Il n’agira plus désormais que pour découvrir des transformations sur ce portrait. Bonnes ou mauvaises actions ne lui seront que prétextes à contempler ce que révèle le tableau.

Ce n’est pas exactement du libertinage ; si l’infortunée Sibyl a été déçue par cet amant, lui aussi l’a été par elle. Il aimait une actrice qui jouait « Juliette » ;  après avoir fréquenté l’actrice il n’a plus d’objet de désir  : ni l’actrice ni la vraie Sibyl.
 Il  lui reste le « portrait ».  
Installé dans sa chambre d’enfant,  le Portrait, au milieu d’autres objets ( également importants) est entouré d’un rituel. Le retour au portrait, après chaque action considérée comme bonne ou mauvaise, participe du rituel. Pire, après l’affaire «  Sibyl Vane » le Portrait devient une sorte de monstre (avant elle, c’était un visage inexpressif, une sorte de page vierge) .
Le Portrait  ne s' humanise qu’à l’occasion  de l’épisode « Sybil Vane ». Il acquiert  une expression.
A l’épisode suivant, il commence à devenir monstrueux.


Ce monstre du tableau est , dans le film, grotesque, carnavalesque, plutôt que terrifiant. C’est, vers la fin, une sorte de tête de cadavre qui pourrait, s’il parlait, dire comme Maldoror «  Je suis sale, les poux me rongent, les pourceaux vomissent en me regardant… »( Chant IV).


Mais que s’est-il passé ?
Dorian s’est fait voler son être par Basil ( le peintre)qui l'a portraituré.

Il récupère le  tableau, et, en croyant avoir le pouvoir de le modifier par ses actions, il le recrée pour lui-même, il se l’approprie. C’est sa seule façon d’exister. A tel point que lorsque Basil veut voir « son » portrait, Dorian ne peut qu’assassiner le peintre, dont le regard sur le tableau met en danger la création de Dorian.      
 
Le film le montre prêt à obéir à une machination proposée par Lord Henry, qui lui dit d’exiger de Sibyl qu’elle se donne à lui, sinon il ne la reverra plus. Puis de lui écrire une lettre de rupture parce qu’elle a cédé, et qu’il voulait voir si elle allait résister. La manigance rappelle les « liaisons dangereuses ». Valmont agit de même avec cette pauvre dame si jolie et si pieuse  (Mme de Tourvel)  qui  lui cède  aussi, et ne s’en trouve pas mieux…

Aujourd'hui, on ne dit plus " céder" à un homme. On accepte sa proposition d'avoir des relations sexuelles, si cet cet homme nous plaît, et que l'on est libre de tout engagement. Cela paraît simple! Hélas, ça ne l'est pas plus qu'auparavant...un jour ou l'autre, on regrettera... d'avoir cédé ( ou de ne pas avoir... c'est selon).
Dans le roman, Dorian obéit à Lord Henry pour se débarrasser de cette maîtresse devenue encombrante.
Il n’y prend pas de plaisir spécial, et s’en veut de sa mort. Le narrateur veut souligner une innocence graduellement perdue.
Dorian regarde le tableau pour la première fois ; conséquemment à ce qui précède le film accrédite l’idée que c’est le « péché » qui s’inscrit sur le tableau.
De ce point de vue le film est un peu simpliste. 

Je préfère le roman...



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