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24 octobre 2006 2 24 /10 /octobre /2006 13:28
Martine est instable : elle change tout le temps de job sans jamais s’adapter. La voilà vendeuse par téléphone ; elle ne cesse de se fâcher avec ses clients. François l’a quittée pour une copine plus cool. Elle leur fait une scène et,  dans son courroux, rentre la tête la première dans une vitrine. Elle et sa famille décident d’un séjour dans une unité psychiatrique.
Surprise ! Elle se plait au milieux des malades mentaux qui pour la plupart, souffrent de psychose. Les sentant plus faibles qu’elle, elle peut les dominer et paraître à son avantage ce qui n’était pas le cas dans la société des « normaux ». Sous couvert d’amitié, de sympathie, elle s’imagine exercer un pouvoir sur ces « pauvres êtres » qui  ne peuvent rien faire de leur vie. S’occupe d’eux à sa manière. Tente de créer des couples entre  malades de sexe opposé.
Anna, jeune fille diagnostiquée « érotomane », détient la photo d’un garçon de son âge qu’elle a récupéré dans la cabine d’un photomaton. Intéressée, Martine se procure l’adresse de Germain. Le trouve seul dans une petite piaule au milieu d’un tas de livres, retranché comme dans une forteresse. Martine ne lui parle que d’Anna, voulant sincèrement les mettre ensemble, réussit à provoquer une rencontre lors d’un pique-nique.Mais  lorsque le couple semble  se former, elle se hâte de les séparer. Ne répond  pas non plus aux avances mesurées de Germain…
La réunion des internés tous les matins tourne à la galerie de portraits qui se veut sympathique, réaliste, et n’échappe pas à un certain conformisme.
Il est judicieux de se rappeler «  Vol au dessus d’un nid de coucous" de Milos Forman, vieux de presque vingt ans en 1996. L’évolution des mentalités et des approches de la psychiatrie est impressionnante. Dans les années 70 les psychiatres sont très bêtes et très méchants. On les appelle «  head-shrinker » rétrécisseurs de cervelles. Ils sont dangereux pour les malades, lesquels ne sont devenus fous que parce que la société les mutile et les aliène. L’antipsychiatrie domine le débat, et combattre le système psychiatrique fait partie des luttes politiques. Les deux protagonistes du « Vol au-dessus d’un nid de coucous » étaient des sujets sains égarés dans un hôpital psychiatrique pour avoir un rapport de force violent et mortel s’il le faut, avec les psychiatres,  castrateurs . On organise des évasions de malades… le héros se fait lobotomiser par représailles et son ami l’euthanasie.
Un autre film de cette époque, "Family Life"de Ken Loach, met en scène une jeune fille mal à l'aise dans la famille et la société, avise de liberté, que l'on fait interner pour la remettre dans le droit chemin, et dont l'état s'aggrave, suite à des maltraitances psychiatriques...
 
Et maintenant ? Les psychiatres sont devenus presque sympathiques, rationnels, sans être performants. La folie des malades est un ensemble de symptômes à combattre, rien de plus. Ce sont les malades qui doivent, sinon guérir, du moins s’adapter. 
Martine et Germain sont des sujets  ni fous ni normaux, des névrosés dans la grande tradition, l’hystérie pour la fille, l’obsession pou le garçon. Ils forment un couple qui se rencontre pour se quereller. Les protagonistes ne se rebellent pas contre un système social répressif ; ils se cherchent une place dans la société. Martine se fait virer de chez les fous, n’étant pas suffisamment atteinte, mais elle n’a pas non plus de place dans la société (Y a t’il une petite place pour moi quelque part ?). Le film est ironique : Martine a « un problème  d’existence », façon naïve d’indiquer le mal  être.
 
Le spectateur du « Vol au-dessus d’un nid de coucous » souhaitait venger les internés victimes d’une société malade, pouvait se situer et désigner un ennemi commun.
De nos jours,  la rébellion se vit différemment,  et depuis vingt ans,j'ai assisté à l'’effacement des conflits « forts », pas seulement dans le domaine de la psychiatrie d'ailleurs...  
 
Référence " Les Gens normaux n'ont rien d'exceptionnel " de Laurence Ferreira-Barbosa  sorti en 1996 avec Valéria Bruni-Tedeschi dans le rôle de Martine ( son premier grand rôle, elle est excellente) et Melvil Poupaud dans le rôle de Germain, très bon aussi.
Mais tous les comédiens sont intéressants.
 

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Published by domiwind - dans Cinéma
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