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24 octobre 2006 2 24 /10 /octobre /2006 13:33
Rêve :
Je me suis arrangée pour prendre le car avec une ancienne copine de lycée : Nelly Wolf. Elle n’en sait rien mais je fais partie du groupe qu’elle accompagne et que le véhicule mène à travers une campagne humide sous un ciel gris et chargé. J’attends que nous soyons rendus pour lui révéler ma présence. Je prépare mon texte comme pour un examen.
Le car s’est arrêté sur le bord d’une route. Je la trouve facilement. Je lui touche l’épaule :
« On s’est connues en seconde au lycée ! ».
Elle me regarde mais ne semble pas saisir et fait un geste évasif.
Je précise : « Tu es bien Nelly Wolf ? ».
Elle répond « En seconde il y avait Cornélius et Adrien, celui qui voulait être artiste comme son père. »
-Il n’y a pas beaucoup de types qui veulent faire comme leurs père, hasardé-je, pour entretenir la conversation naissante.
Je me demande de qui elle veut parler vu que notre classe n’était pas mixte. Je lui dis mon nom qui ne lui évoque rien. D'un signe de tête, elle semble accepter mon invite à la rencontrer de nouveau et note mon numéro sur un bout de papier : seulement c’est un fragment d’enveloppe minuscule et ce qu’elle écrit est illisible.
Avant de prendre congé, elle me dit : « On avait une surgé qui s’appelait Ferrant, et on l’avait surnommée le Ferrailleur ».
C’est moi, lui dis-je qui l’avais sobriquée ainsi et tout le monde a adopté le truc ».

 
Je me réveille. Rien de plus "réaliste" que ce rêve ; presque tout y est vrai : le nom de la copine, son apparence, la "seconde" qui n’était pas mixte, et même le nom de la surgé, Ferrant, à ceci près que je l’avais surnommée Le Maréchal et pas Le Ferrailleur.

Aussi bien n’ai-je pas trouvé Nelly Wolf en prenant un car, mais chez Gibert,
soldée au deuxième étage, rayon littérature, il y a deux trois ans : elle avait
publié chez Droz « Le Nouveau roman dans l’histoire (1995) » et « le roman et la démocratie » je les ai achetés tous les deux, pour une somme médiocre. Je n’ai encore lu que le premier : Cette lecture me paraît assez neuve, à propos du soi-disant Nouveau Romans, des propos souvent sarcastiques, parfois on se prend à rire. Rare dans un essai. C’est vrai que Nathalie Sarraute écrit des romans psychologiques et Duras des romans sentimentaux…

 
 
 
J’ai eu peu de relation avec Nelly Wolf et il serait probable en effet qu’elle ne me remette pas.
Mais pour moi il en va tout autrement.

Octobre 1968 : au lycée Racine à Paris, le niveau est élevé pour ce que j’ai appris. Lorsque le professeur rend les premières dissertations de français, Nelly et Anne ont obtenu les meilleures notes, 16 et 14. Je me souviens encore aujourd’hui de mon immense désarroi. Je n’ai eu que 12, comme la grande majorité des élèves, en commentant une citation de Candide : « Il faut cultiver notre jardin ». Dans l’autre école la dissertation était une discipline dans quoi je me distinguais ; au lycée Racine je ne suis même plus créditée d’un tel savoir-faire. La correction ne me permet pas de saisir les erreurs commises.
 
Nelly Wolf possède toutes sortes de qualités ; elle est bilingue, et peut- être aussi parle-t-elle allemand, elle l’est à ce point qu’elle s’exprime avec la prof américaine de « conversation anglaise » d’égale à égale et je ne comprends même pas ce qu’elles se disent. Elle a toujours les meilleures notes, cela se voit, même s’il n’y a plus de classement.
 
Malgré tout, elle n’a pas le profil de la bonne élève : jusque là les bonnes élèves étaient des petites filles modèles. Nelly remue en classe, bavarde à l’occasion, s’adresse aux professeurs avec une déférence ironique, sur un ton un brin moqueur, la voix plutôt grave, le débit irrégulier, pas la voix plate et terne ni les postures figées. Ni son langage ni son attitude ne sont compassés. Tout en elle indique la désinvolture, la libre-pensée, l’habileté. Mélange de familiarité et de mise à distance. Bientôt j’aime aussi ses boucles brunes, son air de garçon manqué, sa démarche disgracieuse, un peu bancale, et même sa façon bruyante de mâcher du chewing-gum à longueur de journée, bref tout ce qui irrite me paraît sympathique chez elle.
Elle est gauchiste et milite à « Lutte Ouvrière ». Je n’ai nullement l’intention de militer pour une quelconque cause ; toutefois je me dis que ce serait agréable de faire partie d’un groupe, de discuter sans les préjugés et l’étroitesse de vue de mes précédentes copines, de profiter d’un savoir intellectuel que d’autres m’apporteraient.

En outre « Lutte Ouvrière » est frappé d’interdit ce qui lui donne du prestige. Je me représente une association politique nouvelle-née comme un groupe de jeunes qui se réunissent pour discuter, débattre de sujets importants, et faire des sorties. Je crois que les liens noués peuvent devenir de l’amitié. On ne peut demander à quelqu’un son amitié, alors que cette personne n’y songe visiblement pas, il y faut une parade, un artifice.

Un jour de novembre, je l’aborde donc, prétextant une intention sérieuse de militer.
Elle me pose quelques questions banales sur le sérieux de mon supposé engagement. J'y répond avec le maximum d'enthousiasme possible.
Nelly veut venir chez moi, sous prétexte de me donner des leçons d’anglais. Des questions me sont posées sur ma famille et je dis comme à l’accoutumée que mon « père est ingénieur », ajoutant qu’il doit gagner 5000 F. par moi ; c’est ce que devrait gagner mon grand-père s’il était encore en activité. Nelly trouve que c’est beaucoup, et je me sens flattée, alors que cette surprise vient probablement du fait que ce bon salaire ne correspond pas à mon allure générale ni à mon accoutrement, vêtements rares, bon marché et peu seyants.
Nous arrivons chez " les miens", et Nelly l’air amusé, observe ma mère ses gesticulation et son verbiage, et mon beau-père qui, par un fâcheux hasard, se trouve présent, tassé sur sa chaise dans le séjour (Ayant eu un problème de col du fémur en juillet, il est sans doute encore en arrêt maladie.)

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