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15 novembre 2006 3 15 /11 /novembre /2006 12:27
2020194236-08--SCLZZZZZZZ-V24241512-AA240-.jpgnouvelle, 1891 (72 pages en français) 10/18 Domaine étranger.

Pemberton, jeune homme désargenté n’a plus de quoi payer sa chambre d’hôtel. Il a acquis de bons diplômes de Yale et Oxford qui ne lui servent à rien et une petite expérience de l’enseignement. Par relation il en arrive à se proposer comme précepteur dans une famille américaine les Moreen, installée à Nice. Morgan, le futur élève a douze ans. c’est le dernier né de la famille ne peut aller au collège, pour cause de faiblesse cardiaque.
Pemberton trouve l’enfant assez laid et intelligent. L’histoire s’ouvre sur un problème crucial. Combien Pemberton peut-il espérer être payé ? Il ne sait comment aborder la question et Mrs Moreeen à laquelle il trouve des airs de grande dame, le rassure sans l’éclairer. Quant à Morgan qui écoute la conversation, il lui décoche quelques flèches ironiques (« vous aurez tout ce que vous voulez » ; « nous sommes du dernier bien ») nettement au-dessus de son âge.
Pemberton n’a d’autre choix que de se faire embaucher sans avoir plus de précision sur son salaire. La famille habite une belle villa, ne semble manquer de rien mais « les deux sœurs se coiffent et se font leurs robes » le frère aîné Ulik « semble vivre de son club ». Comme d’ordinaire chez James les modalisateurs abondent et noient le lecteur sous les hypothèses de Pemberton.
La famille et l’élève le déconcertent par leur façon de vivre, imprévisible, bohème, quoique essayant d’être « chics ». Le fait qu’ils parlent un dialecte inventé par eux, mélange d’italien d’anglais et de français leur donne un charme particulier aux yeux de Pemberton.
Le temps passe insidieusement. Les Pemberton déménagent sans cesse de la Suisse à Florence, puis retour à Nice et subitement les voilà à Paris. Plus d’un an s’est écoulé et, Pemberton toujours sans salaire, soupçonne la famille d’accumuler des dettes et de se sauver au moment de payer, là encore ils déploient un savoir-faire digne d’admiration. Au cours d’un froid hiver parisien il reçoit trois cent francs : son premier et ultime salaire. Morgan est logé quasiment à la même enseigne et partage avec lui son argent de poche. Un jour il lui achète une cravate.
Les deux grandes sœurs reçoivent des « princes » certains jours de la semaine. Il s’avère que ce sont des vieux messieurs auxquels on essaie de les marier et qu’elles les reçoivent très mal, et les découragent. Grande fierté mais attitude suicidaire.
Malgré les avertissements répétés de Morgan qu’il devrait « filer », que c’est lui qui va être contraint de le mettre à la porte, que l’on ne se laisse pas exploiter ainsi, Pemberton n’écoute pas son élève et reste : à mesure que l’argent se fait des plus en plus rare, les découvertes de P. sur les Moreen lui fond perdre ses illusions sur une famille qu’il persistait à trouver remarquable : les Moreen pensent-il maintenant sont de petits aventuriers, voleurs autant qu’il peuvent, n’ayant goût que pour le paraître et ils l’entraînent avec eux dans la déchéance.
P trouve le moyen de se tirer de ce mauvais pas. Un élève stupide mais dont la famille le paie bien l’attend à Londres. Il n’y reste pas longtemps. Les Moreen lui font du chantage et peut-être Morgan aussi mais il n’ose pas le penser. Il quitte le confort et l’ennui parce que Morgan est « à l’article de la mort ». A peine est-il arrivé que la famille installée dans un hôtel parisien, visiblement menacée de graves problèmes financiers, lui enjoint pour toute récompense d’être venu, d’emmener Morgan (de les en débarrasser). Quelque mois s’écoulent, la famille est expulsée, se retrouve à la rue. Pemberton, vous devez partir avec Morgan supplie la maîtresse de maison ! Mais où ? P. n’a plus le sou vaillant lui non plus… heureusement, Morgan, trop ému soit par la détresse de sa famille, soit par la pensée d’aller vivre enfin avec son précepteur, meurt d’une providentielle crise cardiaque. Le récit se clôt sur Mr. Moreen , le père : « Mr. Moreen tremblait de tous ses membres et était à sa façon aussi affecté que sa femme. Mais dès qu’il se fut repris, il supporta sa perte en parfait homme du monde ».
Le récit est présenté comme un souvenir de Pemberton, à un âge non précisé. Le narrateur dit devoir suppléer à des souvenirs parfois défaillants, confondre les périodes les unes avec les autres. La transformation progressive de Morgan, d’abord enfant précoce intelligent qui charme son précepteur, en « fardeau anéantissant » est remarquable. P. apprend à être moins naïf, à moins se mentir, et c’est aussi la perte des illusions que le sujet de cette cruelle nouvelle. Le génial Morgan devient un garçon de 15ans qui fait pitié et irrite P. « c’était très joli de la part de Morgan de considérer comme une réparation le fait qu’il allait s’établir avec lui pour toujours, mais il y avait un vice irritant dans un pareil point de vue. Il voyait bien ce qui se passait dans l’esprit du jeune garçon. Puisque son ami avait eu la générosité de revenir, il devait lui montrer sa gratitude en lui donnant la vie. Mais le malheureux ami n’avait aucune envie de recevoir ce cadeau que pouvait-il bien faire de la misérable petite vie de Morgan ?...il se rappelait la raison première de tout ceci, raison très honorable pour Morgan et qui consistait tout simplement dans le fait qu’il vous faisait complètement oublier qu’il n’était q’un méchant galopin »
Le pauvre enfant est largement démasqué : tout simplement un enfant intellectuel qui s’emmerde dans une famille non attirée parles choses de l’esprit et fascinée par le paraître. Et qui ne peut les quitter parce qu’il est malade et sans le sou.
Le chantage : un thème qui court à travers toute l’œuvre de James, affectif et pécuniaire tout ensemble. L’examen des relation humaines comme marché de dupes voilà à quoi James excelle et il le montre avec talent dans un tel texte.
L’énigme restante : à la fin de cette nouvelle on ne sait toujours pas grand’ chose de cette étrange famille Moreen. On croit deviner bien des choses et l’on reste à ignorer l’essentiel. Ces gens profitent avec plus ou moins de bonheur d’un argent dont il peuvent s’emparer mais comment et jusqu’à quel point ?

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