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6 février 2007 2 06 /02 /février /2007 21:54

Parle-avec-elle.gifLe troisième opus d’Almodovar  qui a retenu mon attention( " Parle avec elle", film sorti en 2002), met en scène des couples hommes/ femmes.

Deux couples suivent des destins  séparés qui vont se rejoindre.

 Veuf de sa mère, Benignio  se réconforte   en suivant par sa fenêtre les évolutions d’Alicia, qui prend des cours de danse dans un local en face de chez lui. Il  la suit dans la rue, fait des avances répétées. Contrariée, elle traverse une rue trop vite et se fait renverser par une auto.


Marco, journaliste, interviewe une autre danseuse, Lydia, qui se produit dans les arènes aux côtés des taureaux.  Marco et Lydia entament une liaison houleuse. Troublée, Lydia est victime de la bête.


Les deux femmes tombent dans  un coma profond.

 L’accident met fin à la liaison de Marco et Lydia, tandis que celle de Benignio et Alicia commence.

Devenu son infirmier, Benignio s’occupe d’elle enfin et en priorité ; la nettoie lui enduit le corps de crème… non seulement il lui parle ( titre) mais il ( se ) lui répond.

Il parle à Alicia de ce qu’il croit savoir lui plaire, lui raconte en détail le film muet qu’il a vu,  l’Amant qui rétrécissait ; ce film dans le film est aussi d’Almodovar : un homme qui a pris un breuvage de drogues devient semblable à Gulliver, escalade les mamelons d’une géante, entre dans son sexe pour y passer le reste de son âge.

Dans la chambre contiguë, Marco reste prostré devant  le corps inerte de la belle torera. A observer Benigno au service d’Alicia, il ressent curiosité, répugnance, admiration. Benignio est un homme heureux : «  Alicia et moi, formons un couple parfait »

Le couple idéal : jamais la moindre querelle…

Dans les arts   de l’image, l’attrait pour le corps inanimé est une évidence et il a suscité de très belles œuvres. Mais lorsque je cherche à me repasser le film, je n’ai qu’un vague souvenir d’Alicia .

Lorsque la belle au bois dormant se réveille, Benignio n’est plus à son chevet. Son infirmier lui ayant fait subir quelques sévices, elle a fait une fausse couche, et il a été interné. On ne saura jamais ce qu’elle en a perçu ou conclu. Alicia n’a pas la parole.

 Le film est, dans une première approche,  une variante radicale du « sois belle et tais-toi ». C’est un penchant typiquement masculin : que pourrait faire une femme d’un homme dans le coma, je vous le demande !

On laisse entendre que Benignio a vécu un grand amour, qu’il a sauvé Alicia, et en est mal récompensé ! Marco, devenu son ami, se sent coupable de la mort de Lydia parce qu’il n’a pas eu les « qualités nécessaires » pour supporter le corps comateux et s’entretenir avec lui !

  

Le vrai message du film ( Almodovar l’a pressenti…mais en est-il conscient ?) c’est que l’on ne peut s’adresser à un interlocuteur en disant « tu » sauf à passer par soi-même, et que l’interlocuteur fait toujours le mort ; cette situation de communication entre Benignio et Alicia gisante est le lot quotidien que vit chacun de nous.

Ce qui fausse le jugement du spectateur c’est que cette situation est ici présentée comme exceptionnelle alors qu’elle est commune.

 
 
  
 
 
 

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Published by Dominique Poursin - dans Cinéma
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commentaires

Sourifleur 19/07/2009 13:57

Ce film est magnifique et votre compte rendu est excellent. La non communication à laquelle vous faites allusion dans votre paragraphe final, est hélàs souvent avérée, mais je ne voudrais pas la généraliser, ce serait trop triste!. Un échange de partage où le moi s'efface devant le tu, ou plutôt où le moi vibre avec le tu, est toujours possible (il faut beaucoup de travail sur soi - puisqu'on ne peut pas travailler sur et à la place des autres-de patience, et de temps pour y arriver, je suis d'accord), mais la rareté même de cet échange rend le voyage précieux.

Dominique Poursin 19/07/2009 16:12


Il semble bien qu'une  communication ait été établie entre l'infirmier et la jeune gisante, mais elle tourne mal.

La vraie communication dont vous parlez , oui elle est fort rare. Certains en ont fait l'expérience , d'autres non. Ce serait une sorte de mysticisme...


dasola 25/11/2007 16:03

Merci d'avoir rouvert la possibilité de vous mettre des commentaires. Je suis contente de le faire pour Parle avec elle d'Almodovar qui est le premier film que j'ai vu de ce réalisateur. Depuis j'en ai vu d'autres mais celui-ci a été une révélation. L'histoire est sublime et j'ai vraiment adoré (beaucoup mieux que Volver que j'ai moyennement apprécié.).Les comédiens masculins sont sensationnels. Je recommande.

Dominique Poursin 25/11/2007 19:00

Oui , il y a dans ce film une réflexion sur la communication humaine, les liens amoureux et leurs limites.

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