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21 février 2007 3 21 /02 /février /2007 12:16

Je viens d’un milieu où on lisait peu,  je ne goûte guère cette occupation, et n’ai pas le temps de m’y consacrer…car j’enseigne la littérature à l’université ce qui m’oblige à commenter des livres que la plupart de temps je n’ai pas ouvert…

c’est l’incipit du livre de Pierre Bayard "comment parler sans être lu" ; je veux dire "comment parler des livres  que l'on n'a pas lus"


  Un début  provocateur,  fait pour attirer la foudre  sur son auteur (pourtant il n’y a pas eu beaucoup de critiques enragées…)  qui   installe un narrateur « non lecteur » abordant le monde intellectuel handicapé et culpabilisé par son milieu d’origine et une scolarité qui ne relève pas de l’excellence, où il a été constamment suspecté de n’avoir pas réellement lu le livre à étudier.


Ce lecteur déficient,  devenu professeur d’université, dénonce l’hypocrisie qui règne dans son monde. A la place qu’il occupe, il peut maintenant dire  qu’il  n’a pas lu certains classiques incontournables, par exemple, « Ulysses » de Joyce. Personne ne le croira.

Ce prof n’ira pas jusqu’à dire je n’ai pas lu Proust ; mais je me suis mis à distance d’une lecture attentive (  par l’oubli, le défaut de mémoire) pour pouvoir en parler, se l'approprier, le réinventer, en faire pourquoi pas  la matière  d'un livre qui me serait propre.


Thèse de Pierre Bayard :

Nul ne peut prétendre à la lecture totale ou à la non lecture intégrale. Le lecteur se situe toujours dans un entre-deux.

 Etre cultivé  c'est pouvoir situer les livres jugés importants par le monde où l’on tente d’occuper une place, et conséquemment pouvoir  en discourir pour être reconnu dans ce monde. 

«  La culture est la faculté de situer chaque livre dans la bibliothèque collective et de se situer à l’intérieur de chaque livre (livres parcourus, évoqués, dont on a entendu parler…) ».

 

Pierre Bayard succombe encore à la tentation de remettre en question l’élucidation tenue pour certaine de l’énigme policière d’un  ouvrage célèbre. (Non ce n’est pas Œdipe… on nous a déjà fait le coup…)

D’un ouvrage qui  baigne dans les  livres, et  dont le raisonnement  qui résout le mystère, repose sur l’invention du contenu d’un livre que le détective n’a jamais lu, et dont l’existence n’est même pas sûre.

Cette démonstration de Bayard mène tout droit à ses idées les plus convaincantes :

-on lit rarement un livre : on l’interprète en le parcourant en le feuilletant (voire en en lisant la plus grande partie) ; on s'en  sert   pour  l’élaboration d’un livre intérieur qui est fait de fragments de nombreux livres que l’on s’est appropriés). 

- Ce qu’on croit savoir d’un livre ( plus ou moins lu) tient pour une bonne part  du fantasme : il existe des livres écrans comme Freud parlait de souvenirs-écrans. Inventés pour cacher une vérité dérangeante. Ils renvoient selon l’auteur à la bibliothèque collective, série de livres supposés « lus » c'est-à-dire dont chacun se fait une idée en les situant par rapport à l’ensemble.

Le livre réel  est toujours masqué par «  les commentaires infinis » ; nous nous  séparons des livres par ce que nous en disons et nous en protégeons par là même. Les discours sur les livres renvoient à un livre inatteignable. Le  livre dont  on parle  en société, ou même pour soi, est  un livre fantôme :

« objet insaisissable et mouvant que nous faisons surgir quand nous parlons d’un livre » appartenant à une bibliothèque virtuelle.

     

Se déprendre de l’idée que l’Autre sait, que l’Autre a lu.

Pierre Bayard a raison de déculpabiliser les personnes paralysées par une relative ignorance. Mais le contraire est tout autant problématique. Une fois que l’on a découvert que l’Autre ne veut pas savoir, c’est bien pire !

  Il est aussi des mondes où  il ne faut pas parler des livres qu’on a lus, feindre de ne pas les connaître  ou de ne pas  les aimer pour rester sociable et paraître  normal. Si le professeur d’université contraint par son milieu, revendique la non lecture, un petit fonctionnaire anonyme évoluant  dans un monde où avoir lu certains livres et en parler est mal vu, pourrait vouloir écrire comment parler des livres qu’on a lus sans les nommer ? 

 

Bah ! il est nul ce texte!

normal : j'ai lu le bouquin de la première ligne à la dernière !

 

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Published by Dominique Poursin - dans Lectures essais et documentaires
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commentaires

dasola 06/02/2008 11:47

J'ai bien aimé lire ce livre qui n'est pas d'un accès facile. Ce n'est pas un livre tout public. LIvre assez philosophique qui m'a donné envie de lire et / ou relire certains des ouvrages cités. Sinon, son essai doit être lu en entier pour pouvoir en parler. Le survoler, parcourir, feuilleter n'est pas suffisant. D'ailleurs, en faire un billet n'est pas facile. Félications, vous y êtes arrivée. Moi, j'en ai un fait un court billet mais j'ai eu du mal.

Dominique Poursin 06/02/2008 19:40

Mais je l'ai lu en entier! si j'ai dit autre chose,  ne me croyez pas s'il vous plaît... d'ailleurs Pierre Bayard est un sacré farceur, même si  cette position lui permet  de développer quelques vérités.

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