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1 février 2013 5 01 /02 /février /2013 20:58

 

Persécution

 

 

Liana Lévi, 2010. 421 pages.

 

Banlieue romaine (‘lOlgiata)  1986. Le professeur Léo Pontecorvo est installé à table pour le repas du soir avec Rachel sa femme, et ses deux fils adolescents, Filippo et Samuel.  Le monde s’écroule subitement pour Léo.

«Quelqu’un à la télé sous-entendait que le professeur avait baisé la petite copine de Samuel… quand je dis petite copine, je parle d’un oisillon de douze ans et demi aux cheveux couleur citrouille et au museau de fouine parsemé de taches de rousseurs »

Léo Pontecorvo est médecin spécialisé en cancérologie- plus spécialement dans le traitement d’une forme de leucémie qui n’atteint que les enfants. Il a sa propre clinique, est efficace et fort apprécié.

 

Cependant, depuis quelque temps tout va mal : il a confié la gestion de cette clinique à des personnes qui ont détourné de l’argent à leur profit, et c’est finalement lui qui est accusé de malversations. De plus un de ses assistants à qui il avait prêté de l’argent et qu’il a dû virer, se venge en l’accusant d’usure.

 

Et maintenant, cette nouvelle accusation bien plus grave «Finalement, elle avait réussi ; la gamine que son fils avait fait venir chez eux  environ un an plus tôt et que Rachel et lui-le couple le plus ouvert et le plus tolérant de leur milieu-avaient accueilli sans histoires, avait réussi à détruire leurs vies. »

 

Léo se lève de table et s’enfuit au sous-sol où se trouve une pièce qu’il utilise pour se détendre. Il n’en sortira plus guère. Il est séparé de sa femme et ses enfants, qui ne lui parlent plus et font comme s’il n'existait pas.

 

Pendant sa réclusion, Léo revient sur les circonstances qui l’ont fait accuser.Camilla, la  copine de son fils Samuel,  venue avec eux en vacances,  ne veut pas faire du ski avec les garçons, et reste au chalet. Rachel, qui en fait ne voulait pas d’elle, part tous les jours en courses, la laissant à Léo à charge pour lui de la divertir. Il est intimidé par cette fillette, qui le regarde un peu trop fixement, et s’enthousiasme de petites attentions banales. Puis elle tombe malade et Léo, médecin,  la soigne. Mais le lendemain, Léo trouve une serviette hygiénique à côté de la baignoire, puis une lettre déposée dans un endroit intime.  Il voudrait en parler à sa femme, mais …


Le drame de Léo habilement raconté, laisse entendre des motivations complexes à sa conduite  faite pour s’attirer les pires ennuis. La peur de sa femme, très vertueuse, et qui régente tout dans la maison.  Egalement médecin de formation, Rachel a dû renoncer à sa carrière pour s’occuper du mari et des enfants comme le veut la tradition juive stricte à laquelle elle s’est soumise. Soumise, mais elle le fait payer cher !

Léo  n’a jamais trompé son épouse, trouvant plus de plaisir à refuser les avances des femmes qu’il croise qu’à céder à l’une d’elles. 


Tout ce qui dans ce récit à rapport avec cette affaire, intéresse le lecteur. Problème de couple de Rachel et Léo, relations avec les enfants, attitudes différentes des époux envers la tradition juive, problèmes de classe sociale, bêtise et corruption de l’appareil judiciaire : C’est assez bien vu. Il manque cependant le point de vue de Camilla "la petite salope" et de ses parents, personnages importants dont on ne nous dit presque rien.

 

La déchéance de Léo dans le sous-sol est comparée à celle de Grégoire Samsa dans la Métamorphose : il est souvent fait référence à ce texte, et le narrateur s’amuse à copier plus ou moins le destin de Léo sur celui de Samsa.  Y compris la terrible jouissance de Léo à se laisser glisser sur la pente fatale.


Mais le narrateur se perd aussi en digressions ennuyeuses et trop convenues sur la possessivité de la mère juive, sur de petits détails de l’histoire de la famille, qui n’ont guère de rapport avec le sujet principal.  De trop nombreux personnages à peine esquissés alourdissent le récit,  les parents de Rachel et ceux de Léo dont on raconte trop l’histoire, des anecdotes sans intérêt.

 

Un ton inutilement cynique parfois, et condescendant vis-à vis de Léo, une insistance, des redondances désagréables sur les étapes de la déchéance du héros. Si Piperno admire la Métamorphose, il ne prend pas exemple sur la prose discrète précise et impitoyable de Kafka qui ne fait mouche que parce qu’elle est dépouillée. Le narrateur, lui, est un grand bavard, se sent supérieur à son personnage,  et à cause de cela son récit n’est qu’à moitié convaincant.

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commentaires

Anis 02/02/2013 14:25


Ce "pas vraiment " le sauve sans doute. Mais je crois que je ne supporte absolument plus la misogynie.

Anis 02/02/2013 11:02


Effectivement cela ne me tente pas.

Dominique Poursin 02/02/2013 13:51



Ce Piperno m'a l'air assez misogyne...mais son roman n'est pas vraiment mauvais.



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