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15 octobre 2009 4 15 /10 /octobre /2009 08:56

 

Descriptions des milieux artistiques dans le Paris du second empire.


Claude Lantier, fils de Gervaise ( l'Assommoir ), peintre, est monté de Plassans, son village provençal, pour faire carrière à Paris. Il est accompagné de Pierre Sandoz, écrivains, et de Dubuche ( architecte).

Tous trois veulent faire de l'art, sans concession, mais parvenir à gagner leur vie.

Leur chemin croise ceux d'autres jeunes gens, qui évoluent aussi dans les milieux artistiques, plus ou moins opportunistes.

L'art de Claude est révolutionnaire : il s'inscrit contre l'académisme de son temps, voulant un art plus proche de la nature, peindre sur le motif, employer des couleurs gaies et claires, plus de liberté dans le traitement des sujets. Il s'inspire de Delacroix Ingres, et Courbet, désireux d'aller plus loin qu'eux. Mais il semble n'arriver qu'à faire de magnifiques ébauches, qu'il gâte en les travaillant trop.

 

Lorsqu'il rencontre Christine, jeune orpheline que des religieuses ont placé comme demoiselle de compagnie, il travaille à un grand tableau représentant un homme vêtu allongé dans l'herbe entouré de baigneuses nues. Le modèle sera Christine qu'il convainc de poser. Le tableau est refusé; mais l'on met en place un « salon des refusés »où l'art d'avant-garde peut tout de même s'exposer...

 

 

Ce roman explore plusieurs domaines et se veut témoin de son temps.

1 Les milieux artistiques où évolue Claude : Zola met en évidence la difficulté de créer selon sa propre exigence, sans tenir compte de la mode, et des conventions en cours. Le marché de l'art est sans pitié : Au début de son installation Claude est recherché par des marchands ( Malgras ) véritable amateur, qui n'achète que des œuvres qu'il juge bonnes. Mais l'année suivante, un marchand tel que Naudet considère les oeuvres pour ce qu'elles peuvent rapporter sans considération artistiques ; il achète un tableau pour une somme modeste et le revend très cher, aidé en cela par des amis de Claude un journaliste ( Jory) qui excelle à lancer des modes, et un autre peintre Fougerolles qui copie Claude tout en assaisonnant ces trouvailles de détails qui plairont : ces messieurs sont – comme on dirait à présent- des experts en communication doublés de carriéristes affairés et Claude qui n'est qu'un artiste, ne peut bientôt plus suivre !

 

2 Son ami Sandoz, en qui on reconnaît Zola lui-même lorsqu'il explique son projet :

«  Je vais prendre une famille et j'en étudierai les membres un à un , d'où ils viennent, où ils vont... D'autre part, je mettrai mes bonshommes dans une période historique déterminée ce qui me donnera le milieu et les circonstances... une série de bouquins, quinze, vingt bouquins...»), s'en tire mieux, parce qu'il ne s'en laisse pas conter... mais il est plu habile que Claude, et réussit à persuader son éditeurs qu'il suit une voie mi novatrice mi conformiste...alors que Claude ne sait rien faire d'autre que montrer ses toiles, sans jamais argumenter.

 

A suivre Sandoz, on apprend à connaître Zola qui s'est mis en scène dans ce personnage. On remarquera qu'il s'est représenté à son avantage : Sandoz est le meilleur de tous, il réussit à force de travail, sans éclat mais avec mérite, sans faire de compromis. Il est de plus un ami fidèle, raisonnable, sensible , stable... bref un exemple pour tous les autres. Et en outre c'est lui qui régale tous le monde les jeudi soirs ( les fameuses soirées de Médan). Malgré cette peinture subjective, on a un bon aperçu de Zola et de son évolution.

Par ailleurs on goûte fort les études de moeurs de ses amis, Dubuche l'architecte( promis aussi à un triste sort), Gagnaire un rêveur à peine éveillé, Mahoudeau le sculpteur,et les opportunistes décrits plus hauts.

 

3 Une autre piste de lecture est l'évolution de la peinture, au temps où certains mouvements, alors révolutionnaire,tel l'impressionnisme, font des débuts difficiles.

Zola se veut peintre aussi : ses descriptions de Paris tel que Claude le voit et le veut peindre sont remarquables et rendent justice à la capitale de cette époque là.

Paris allumé s'était endormi, il n'y avait plus là que la vie des becs de gaz, des taches rondes qui scintillaient, qui se rapetissaient pour n'être, au loin, qu'une poussière d'étoiles fixes. D'abord, les quais se déroulaient, avec leur double rang de perles lumineuses, dont la réverbération éclairait d'une lueur les façades des premiers plans, à gauche, les maisons du quai du Louvre, à droite, les deux ailes de l'Institut, masses confuses de bâtiments et de bâtisses qui se perdaient ensuite en un redoublement d'ombre, piqué des étincelles lointaines. Puis entre ces cordons fuyant à perte de vue, les ponts jetaient des barres de lumières, de plus en plus minces, faites chacune d'une traînée de paillettes, par groupes et comme suspendues. Et là, dans la Seine éclatait la splendeur nocturne de l'eau vivante des villes, chaque bec de gaz reflétait sa flamme, un noyau qui s'allongeait en une queue de comète.

 

4 Les moeurs de Claude et ses amis sont étudiés aussi et offrent d'autre facettes du roman : Claude est décidément atteint d'un déséquilibre psychique : il se met en ménage avec une jeune femme qu'il désire, mais qui n'a que lui; or, il est impropre à la vie maritale «  et lui pendant ces promenades , ens e retrouvant seul après des mois de continuelle existence à deux,s'étonnait de la façon dont avait tourné sa vie,en dehors de sa volonté. Jamais il n'avait voulu ce ménage,même avec elle; il en avait eu l'horreur si on l'avait consulté; et ça s'était fait cependant,et ça n'était plus à défaire; ; car sans parler de l'enfant,il était de ceux qui n'ont point le courage de rompre ».

 

Ce mariage malheureux tourne au ménage à trois comme toujours chez Zola mais le troisième, le tourmenteur n'est pas le fantôme d'un amant jaloux comme dans Germinal ou Thérèse Raquin, c'est la peinture elle-même, l'art qui se dresse entre Claude et Christine...

 

Il ne contrôle pas plus sa vie que son oeuvre, ( détruit ses tableaux),et ce roman est un des plus déprimants que l'on puisse lire : la dure loi du marché, les collègues malhonnêtes, la tendance à l'autodestruction, la fatalité semblent se conjuguer pour perdre Claude son amie et sa malheureuse descendance.

 

Certains aspects du roman ont vieilli notamment cette manie de rapporter tous les problèmes psychiques à l'hérédité.  Disons aussi que la condition des femmes dans ce roman  n'est pas brillante : ménagère, modèle du peintre, femmes entretenues (plus ou moins bien ), elles ne sont bonnes qu'à servir les hommes, et cela est vraiment détestable.


Dans l'ensemble j'ai éprouvé de l'intérêt pour ce témoignage, et apprécié les somptueuses descriptions.

 

Challenge ABC lettre Z

 

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Published by Dominique Poursin - dans Lectures romans, nouvelles
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commentaires

Carl 07/01/2010 23:17


J'ai bientôt terminé ce livre ( à un chapître de la fin ), et je ne trouve pas que ce roman est entièrement noir, car le peintre Lantier alterne entre de grandes esperances et de sombres
mélancolies ( je ne sais pas si il faut penser que tous les artistes maudits sont bipolaires - Un débat intéressant à ouvrir par rapport à ce livre ).En tout cas j'ai une vague idée de comment
va se terminer le roman, l'ayant déjà lu.En fait ce que je préfère chez Zola, c'est les descriptions.


Dominique Poursin 14/01/2010 10:48


Dans ce roman, c'est le romancier qui réussit le mieux ( Zola s'est mis en scène dans ce personnage) et c'est lui qui gère le mieux sa carrière et son travail. C'est un peu comme si Zola avait
voulu donner des leçons (de conduite et de management!) et je n'aime pas trop cela.

Ce qui est très bien vu c'est à quel point le monde de l'art est corrompu...à quel point les artistes ne sont jugés que sur leurs capacités de médiatisation, et nullement sur leur talent réel.


Mango 15/10/2009 15:33


Etant une inconditionnelle de Zola, je ne suis pas très objective! Je me souviens du somptueux début de ce roman, quand Claude déambule, la nuit , le long de la seine, sous l'orage, et sa rencontre
avec Christine! Ah! je le relirais volontiers, tiens!


Dominique Poursin 17/10/2009 10:55


je suis bien de ton avis : ça démarre très fort! Et il y a de fort bonnes choses dans ce récit. Pourtant j'ai préféré Germinal.
Je me demande quel est ton Zola préféré?


Marie 15/10/2009 13:57


Je n'ai jamais lu celui-ci de Zola... Il me tente bien, je regarderai s'il est à la bibliothèque...



keisha 15/10/2009 13:56


Tu prouves par ce billet que Zola mérite d'être plus lu; à l'époque j'avais aimé, même si c'est bien noir (je me souviens de l'histoire de son enfant...)


Dominique Poursin 17/10/2009 11:00


Zola ne laisse aucune chance de descendance à ses personnages dans ce récit.  Même Sandoz n'a pas d'enfant. Quant à celui dont tu parles, c'est vraiment un épisode très dur. De même le
tableaude l'enfant mort ( son dernier) en regard de celui tellement gai dont il est question au départ ( les Baigneuses qui ressemble à celui de Manet d'ailleurs), témoigne d'une descente aus
enfers inéluctable.
On a dit que  Claude était une figure du "peintre maudit" ...


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