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17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 23:49

Pauline

Douzième tome des Rougon-Macquart, publié en 1884 juste après «  Nana » ,  Pauline est tout son contraire…

 

La famille Chanteau recueille Pauline Quenu 10 ans, orpheline d’un couple de charcutiers déjà connus des lecteurs du Bonheur des dames. Mme Chanteau présente cela comme une bonne action. En réalité, Pauline dispose d’une bonne fortune qui tranquillise cette dame, bien qu’elle n’ait pas l’intention d’y toucher : les Chanteau sont ruinés. Le mari est handicapé précocement par la goutte et n’a fait que de mauvaises affaires.

 

Pauline a pour compagnon son cousin Lazare déjà jeune homme. Comme elle est gaie de nature elle le distrait de ses tristes pensées. En effet Lazare est tourmenté par l’angoisse de mort, lecteur de Schopenhauer, souvent nihiliste, de caractère instable.

Les Chanteau vivent à Bonneville un petit village perdu sur la côte normande, souvent battu par les tempêtes.

Le temps passe et Lazare se lance touts les trois mois dans une occupation différente, vite abandonnée. Tour à tour il veut devenir médecin, puis compose de la musique, enfin exploite chimiquement le varech, fait construire un barrage pour retenir la mer lors des tempêtes… ces dernières occupations avec l’argent de sa cousine.

On prend l’habitude de  puiser dans la fortune de Pauline, même pour les dépenses courantes.

En grandissant, elle a l’espoir d’épouser son cousin qui lui plaît. Mais survient Louise, une voisine qui se révèle être  une rivale….

 

 

Ce roman est particulièrement éprouvant, et, je partage l’opinion de ceux qui ont vu dans le titre « la joie de vivre » un sous-entendu ironique. En effet, ce n’est que malheur et misère que l’auteur nous décrit : le père Chanteau ne fait que souffrir abominablement de la goutte du début à la fin du roman, et comme il survit à tout, cette souffrance rappelée à chaque page nous accompagne sans relâche. Lazare souffre moralement et gâche tout ce qu’il entreprend, la maîtresse de maison meurt dans d’horrible souffrance ; nous avons encore la maladie de Pauline, un accouchement difficile et fort long, la misère des villageois abondamment décrite, leurs maisons périodiquement détruite par la mer, sans compter le suicide de la servante… et le médecin Cazenove, qui assiste à tous ces malheurs en déclarant qu’il ne peut rien faire.

Et nous avons  Pauline, l’incorrigible optimiste qui semble être la bonté même, abandonne ses rentes à tout le monde, la famille, les miséreux du village, et sacrifie son bonheur à Lazare.

En y regardant de plus près, on voit que Pauline, recueillie par Mme Chanteau par intérêt et n’y pouvant rien, en donnant son bien ne fait qu’anticiper une spoliation qui aurait lieu de toute manière. Lorsqu’elle a grandi et pourrait quitter la famille, que le docteur Cazenove lui propose un établissement plus prudent, il est déjà trop tard. Elle s’est engagée dans un processus, et surtout fabriqué une identité de femme généreuse et sublime dans ses sacrifices à laquelle elle ne peut renoncer sans danger pour sa propre image d’elle-même.

Sa manière de sacrifier son bonheur en mariant Lazare avec sa rivale, n’est là encore qu’une façon de sauver son honneur, car elle se rend bien compte que le jeune homme lui a échappé, et que s’il l’épousait elle, il ne renoncerait pas à l’autre…

Bref, à mes yeux, Pauline ne fait que se tirer d’affaire au mieux, dans  une situation fort délicate.

Zola a décrit plutôt bien ses manœuvres avisées, la cupidité et l’hypocrisie effrayante de sa tante, le personnage ombrageux de Lazare, l’omniprésence de la mer, même les animaux sont bien observés, le chien fidèle qui ressemble à Pauline et la chatte maniérée,  version animale de Louise.

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commentaires

Zenzen 05/11/2016 00:05

Et qu'elle est l'attitude de chanteau vis à vis de Pauline

Dominique Poursin 28/11/2016 11:16

je crois que Chanteau a de l'affection pour Pauline, mais c'est sa femme qui porte la culotte, comme on dit.

Schlabaya 01/07/2010 20:41



Je me souviens avoir lu ce roman il y a longtemps déjà ! Que de souvenirs...



Saleanndre 02/06/2010 18:35



Ce roman de Zola est une illustration de la philosophie de Shopenhauer exposée dans le Monde comme Volonté et comme Représentation. Il dit que pour ne pas souffrir, il faut que l'homme
comprenne qu'il ne faut plus qu'il ait de désirs (autrement dit, impossible!), puisque les désirs répétés sont un obstacle au bonheur. D'ailleurs Lazare dans le roman lit l'oeuvre de ce
philosophe,et ce sont ses ambitions et ses projets répétés et inhaboutis qui le font souffrir.


Je profite de ce commentaire pour vous dire que le peu que j'ai pu voir de ce blog me plaît beaucoup, surtout qu'il y a de la littérature française mais aussi américaine et britannique, ce que
j'adore!


Je vous invite à venir visiter mon blog fraîchement créé : lemonde-dans-leslivres.cowblog.fr


Bonne continuation!



Dominique Poursin 03/06/2010 15:51



Oui! je le sais... Lazare a lu Schopenhauer, mais "Pauline" n'est pas pour autant un roman philosophique. Ses alternances d'enthousiasme et de dépression font plutôt penser à un problème
cyclothymique. Il est également hypocondriaque.
Ce docteur auquel il reproche de ne rien savoir faire pour guérir,qui ne vient que pour constater le progrès de la maladie, sans toujours réussir à mettre un nom dessus, et qui réussit de
justesse à accoucher une femme en tirant un pauvre foetus par les pieds... il y a de quoi être en colère et avoir peur! moi Lazare je le comprends.Je crois que Zola le comprenait aussi!
Merci! je viens visiter votre blog bientôt.



Marie 20/05/2010 22:10



Décidément, il faudrait vraiment que je me remette à lire Zola ! 


J'ai apprécié de nombreux titres de cet auteur, mais je l'ai abandonné depuis la fin de mes études...


 



Dominique 20/05/2010 11:09



Dominique a tout a fait raison, Pauline n'apparait que brièvement dans le Ventre de Paris mais c'est aussi pour la "protéger" que ses parents vont finalement dénoncer l'ancien bagnard
j'aime bien cette continuité entre les personnages même si elle est légère parfois
Je n'ai pas eu du tout l'impression que ton billet s'adressait à ceux qui ont déja lu le roman, bien au contraire  



Dominique Poursin 26/05/2010 15:25



Mon prochain Zola c'est " L'Argent"...



keisha 18/05/2010 10:01



Je me souviens de cette histoire, l'argent qui sert à financer des entreprises ratées, etc... Oui, quel titre en effet.


Il faudrait bien que je relise cette série, je ne savais plus que Pauline figure dans le ventre de paris...



Dominique Poursin 20/05/2010 10:48



Elle n'est qu'une toute petite fille dans ce roman et je ne suis pas sûre qu'elle y joue un grand rôle. Je n'ai paslu le Ventre de Paris, mais je sais qu'elle est l'enfant d'un couple de
charcutiers qui joue un rôle important dans ce roman-là.



Dominique 18/05/2010 09:52



Je n'en suis pas là de mon parcours avec Zola mais j'aperçois la Pauline qui était déjà dans la boutique du Ventre de Paris , j'ai lu le billet un peu en diagonale pour ne pas perdre la saveur de
la découverte et je reviendrai la lire le moment venu



Dominique Poursin 20/05/2010 10:49



Jeme rend compte en effet qu'il s'adresse à ceux qui ont déjà lu le livre. Comme souvent lorsque je publie un article...



mango 18/05/2010 07:31



Terrible roman de la médiocrité! Aucune illusion à se faire avec Zola!



Dominique Poursin 20/05/2010 10:53



Bah Mango,ces personnages sont ordinnaires, mais pas médiocres! Certes, on peut avoir l'impression d'un certain héroïsme dans des romans tels que Germinal, que l'on ne va pas retrouver ici.
Cependant dans "Pauline" ls'exprime une sorte de Happy End unpeu ironique mais bienvenu.



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