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11 mai 2010 2 11 /05 /mai /2010 09:15

Zola page d'amour

 Le Livre de poche, 1961 

 

 


 

 

Huitième volume de la série des Rougon-Macquart, publié en 1878, Une Page d’amour est sans doute le moins connu.

Mérite-t-il ce passage aux oubliettes ?

 

Hélène Grandjean, l’héroïne est la fille d’Ursule Macquart ( pour ceux qui ont lu la Fortune des Rougon).

En 1853, c’est une jeune veuve de trente ans elle vit à Paris dans le quartier de Passy, un appartement spacieux, avec Jeanne sa fillette de presque douze ans.

Le récit s’ouvre sur Jeanne atteinte de convulsions en pleine nuit ; sa mère fait alors connaissance avec le docteur Henri Deberle venu pour soigner l’enfant. Ce docteur est le premier homme pour lequel Hélène va éprouver le sentiment amoureux. Son époux n’était pas désagréable, mais elle ne le prenait guère au sérieux. Jeanne, qui a eu le temps de connaître son père n’y fera jamais allusion.

 

En fait,  Hélène et sa fille vivent une relation fusionnelle, ne se quittent jamais, vivent cloîtrés, ne rencontrent que l’abbé et son frère qui viennent diner une fois la semaine. Elles n’ont d’autres occupations que les travaux d’aiguille, et la contemplation de Paris par la fenêtre de leur pièce principale. La fillette ne fréquente pas d’école, n’étudie rien, parce qu’elle est en mauvaise santé, et cette oisiveté ainsi que l’enfermement, aggravent son état.

 

On la dit atteinte d’une névrose chloro-anémique, soit un état mélancolique avec un cortège de symptôme physiques variés et inquiétants, bien ciblés pour attirer le docteur, que Jeanne pourtant hait, car elle devine qu’il intéresse sa mère.

 

Hélène et elle vont se risquer dehors, dans le jardin du docteur. L’auteur a enfin l’occasion de faire un peu de critique sociale à l’encontre de Juliette Deberle la femme du docteur, frivole très enfant, qui donne des réceptions court les bonnes œuvres, bavarde à propos d’articles de mode, s’entiche mollement d’un jeune homme fat le « petit Malignon » , toujours flanquée de Pauline sa jeune sœur godiche à marier.  Tout ce monde ne divertit guère Hélène et sa fille qui retournent à leur fenêtre assister aux coucher levers de soleil( flamboyants) à la pluie et aux brumes qui embellissent les monuments parisiens, dans le meilleur goût impressionniste.

Aujourd’hui, elles contempleraient d’autres fenêtres, la télé, en ouvriraient mille autres sur Internet, et Jeanne serait accro aux jeux vidéo… ce qui ne changerait sûrement pas grand-chose à leur mal de vivre…

 

J’ai presque tout dit. Le sentiment amoureux ne va pas s’épanouir, on le sent, chez Hélène, et une situation quasi vaudevillesque est créée qui ressemble peu à cette héroïne si timide.

Zola n’explore aucun milieu socio-économique dans ce roman. Le portrait de Jeanne est celui d’une fillette qui dépérit, par absence de socialisation,  et d’acquisitions culturelles, coincée qu’elle est toujours dans l’attente de sa mère. Un personnage pitoyable et qui rend triste.

Les portrait des personnages secondaires sont assez bien enlevés, on peut citer celui de la mère Fétu, une vieille dame miséreuse, qui voudrait intriguer.

Sur 435 pages, j’en ai passé au moins cinquante…

 

Un Zola en tout cas très très noir, une situation qui va toujours vers le pire, sans évolution…

 

mon exemplaire  est vieux, vous trouverez plus sûrement ces couvertures :

 


Page d'amour 3Page d'amour 4

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commentaires

canthilde 13/05/2010 19:40



Une plume toujours aussi lucide ! Le thème m'intéresse et, traité par Zola, il devrait être détonant. Je suis aussi partante pour la lecture des Rougon-Macquart dans l'ordre, l'an prochain,
promis (je disais déjà ça l'an dernier ) !



Dominique Poursin 14/05/2010 11:14



Je ne sais pas si je réussirai à lire tous ceux que je n'ai pas encore lus !


Autrefois, j'ai carrément abandonné " la Terre" ... et suite à cette expérience,  je n'ai pas repris un Zola avant l'an dernier 2009! c'est à dire au moins quinze ans plus tard.



Dominique 13/05/2010 15:02



Je n'en suis qu'à la Faute de l'abbé MOURET j'ai donc encore un peu de temps pour arriver ici, je viendrai relire le bien en temps utile, les moins connus des livres de Zola sont ils moins bons ?
pas certain ...



Dominique Poursin 14/05/2010 11:10



Parmi ceux que j'ai lus dernièrement, j'ai une préférence pour Germinal. Pour ceux que j'ai lus autrefois, c'est surtout l'Assomoir et Pot-Bouille qui me plaisent davantage.


 


Il n'y a pas de mauvais Zola, certains sont un peu datés.


Les lire dans l'ordre, c'est se donner la chance d'apprécier celui en cours par rapport au dernier lu, ce que voulait l'auteur.



gilren 13/05/2010 10:21



Que de plaisir j'ai eu à lire les Rougon M . Une leçon sur la vie et la nature humaine. Les rapports entre les êtres  avec leurs  travers et trop rarement leurs vertus n'ont pas
vraiment changé. Peut-être le décor ? Tout autre chose: mon exercice d'écriture du mois de mai doit être rendu avant le 28 ! . L'avez-vous noté dans votre cahier de textes? Je
sais bien que vos goûts littéraires ne se limitent pas à l'écriture des autres . (catégorie jeux d'écriture)


Bien cordialement


 



Dominique Poursin 13/05/2010 11:22



J'ai oublié le sujet de cet exercice! Je vais me renseigner et tenter le coup. Même si, en ce moment je n'ai guère d'inspiration.


Bonne journée!



La librivore 12/05/2010 21:38



C'est le problème avec Zola, c'est toujours très noir. Il faut dire qu'il y a des sociétés si fermées et si rigides qu'il est difficile de s'y épanouir ou d'y vivre. Les femmds, dans ce livre,
souffrent aussi de leur condition, de l'étroitesse de leur vie. Beaucoup de femmes mouraient simplement de mélancolie.



Dominique Poursin 13/05/2010 10:31



Oui, dans ces romans on sent vraiment que leur condition n'est pas brillante.


Dans les Rougon-Macquart Zola met en avant l'hérédité physique et psychique, un système qu'il suppose scinntifique.


Chez Jeanne, c'est  un ensemble complexe et confus de gène maladifs, et de socialisation défaillante chez certains de ses ancêtres,  dont elle pâtirait, parce que ces dispositions plus
ou moins innées se joignent à sa situation actuelle défavorable : l' absence d'un père et le fait que les adultes autour d'elle ne la mettent pas en contact sérieusement avec d'autres jeunes et
ne lui permettent aucune acquisition culturelle.



Bénédicte 12/05/2010 18:23



Un livre de Zola qui se termine amèrement et qui semble bien noir Je le note, je ne l'ai jamais lu



Dominique Poursin 13/05/2010 10:15



Pourquoi pas?



Eeguab 11/05/2010 20:34



Un peu atypique c'est vrai dans les Rougon-Macquart.Mais j'ai lu tout ça il y a si longtemps.J'ai lu les 20 tomes dans l'ordre.Ca m'avait passionné.parfois l'envie me prend de les relire mais il
y a tant à lire par ailleurs.



Dominique Poursin 11/05/2010 20:56



Les vingt tomes dans l'ordre! merveilleux... je n'en ai lu que six ou sept dans le désordre le plus complet...


c'est bien de rester avec un bon souvenir de Zola ! En effet, il est préférable de découvrir d'autres bons auteurs, si on l'a beaucoup fréquenté.



keisha 11/05/2010 18:00



Hé oui, un Zola bien noir, qui ne se termine pas comme un petit coeur romantique aurait espéré, mais quand même, quel talent!



Dominique Poursin 11/05/2010 20:57



Je suis bien d'accord : Zola n'est jamais globalement mauvais. On ne regrette pas de l'avoir lu.



rose 11/05/2010 17:11



Un titre trompeur, donc ; le roman m'intrigue quand même (et de toute façon Zola me déprime toujours ;)) !



Dominique Poursin 11/05/2010 21:01



On s'attend à une chronique de relation amoureuse; et si l'amour est  là, en effet, c'est bien davantage celui de la fille et de la mère, et il n'est pas dénué de haine.


L'amour de cette fillette pour sa mère est désigné par le mot "passion violente".



choupynette 11/05/2010 15:44



Un roman au goût amer. Je l'ai lu quand j'étais au lycée, et j'avais été frappée par l'histire de cette fillette. Du grand Zola, hors de ses "sentiers battus" de la critique sociale.



Dominique Poursin 11/05/2010 21:07



C'est en effet Jeanne qui est la véritable héroïne du roman. Tu as très bien vu.


Cette enfant est en plein désarroi ; elle voudrait sortir du giron maternel, et en même temps rien de consistant ne se présente pour lui faire sauter le pas.



Lilly 11/05/2010 12:54



Cela fait un moment que j'ai envie de poursuivre ma découverte de Zola, mais celui-ci n'est a priori pas prioritaire. Cela dit, j'y viendrai un jour !



Dominique Poursin 11/05/2010 21:09



Mon objectif est plutôt de lire des Zola peu ou pas chroniqués, et j'en ai encore trois... 



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